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Le triomphe de la vérité

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Sous l’arbre à palabres avec le Professeur DR. Jean-Claude Hounmènou, psychopédagogue, Directeur Adjoint de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Porto-Novo):« L’école béninoise souffre d’enseignants non qualifiés et d’une méthodologie mal pensée »


Le Professeur Jean-Claude Hounmènou tire un bilan négatif de l’application de l’approche par compétence dans l’école béninoise. Invité sous l’arbre à palabre de l’Evénement Précis, il note que les innovations pédagogiques apportées dans l’école béninoise depuis plus d’une décennie sont le fruit d’une mauvaise assimilation de l’approche. Au plan politique, il estime que le caractère composite du bloc national oblige les le pays à se tourner vers l’institutionnalisation d’une gouvernance inclusive, permettant à chaque groupe régional de jouer un rôle essentiel dans la gestion du pays.

 

Jean-Claude Hounmènou, «Je vous dis qu’à l’heure où nous parlons, il n’y a pas 30% d’enseignants qualifiés dans nos lycées et collèges».

Et si on en parlait

Le problème de la formation des enseignants

La formation des enseignants apparait comme un grand défi que le Bénin doit relever aussi bien dans l’enseignement supérieur, dans l’enseignement secondaire général, dans l’enseignement technique, que dans l’enseignement maternel et primaire. Pour ce qui me concerne en tant que Directeur Adjoint de l’Ecole Normale Nupérieure (ENS) de Porto-Novo qui est un établissement professionnel de l’Université d’Abomey Calavi, je suis surtout concerné par la formation des enseignants du secondaire général. Il faut dire que dans l’enseignement secondaire général au Bénin, nous avons un grand déficit en personnel qualifié.

Je vous dis qu’à l’heure où nous parlons, il n’y a pas 30% d’enseignants qualifiés dans nos lycées et collèges. Je parle des établissements publics et privés. Sur 100 enseignants qui enseignent aujourd’hui dans nos lycées et collèges, 70 sont des enseignants non qualifiés. Etant donné que les jeunes grandissent, qu’ils vont au collège et qu’il faut quelqu’un pour les encadrer, tous ceux qui sont disponibles, tous ceux que le système a sous la main, qui ont peut-être eu leur baccalauréat, qui ont fait deux ou trois ans à l’université qui ont un Duel, qui ont eu une licence, ou qui ont peut-être eu la chance de terminer avec la maîtrise, que ce soit dans les matières scolaires ou non, eh bien, on leur fait appel pour contribuer à l’encadrement des adolescents dans les lycées et collèges.

 Le système a quand même pris conscience qu’on ne peut pas continuer avec 70 enseignants non qualifiés sur 100 dans nos établissements. Ça ne contribue pas à la bonne qualité de l’enseignement secondaire. Je crois que c’est ce qui a poussé le gouvernement depuis un certain temps à mettre en place une politique de formation.

La formation proprement dite

Nous avons commencé par ceux qui ont été recrutés sur concours. Il s’agit de ceux qui ont leur licence ou leur maîtrise dans une matière enseignée dans l’enseignement secondaire. Par vagues, l’Etat les envoie en formation dans les écoles normales supérieures. Je dis les écoles normales supérieures parce qu’aujourd’hui l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo n’est plus seule.

Le gouvernement du Bénin a créé également l’Ecole normale supérieure de Natitingou qui est rattachée à l’Université de Parakou et également l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique qui est à Lokossa. Il n’en demeure pas moins que l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo reste la principale puisque c’est elle la première et c’est elle qui a formé le personnel enseignant que l’Etat a envoyé en formation. Avant, on avait des contractuels qu’on recrutait sur concours avec le Bac, la licence ou avec la maîtrise dans toutes les filières.

L’Ecole normale supérieure se charge de les former afin qu’ils aient un certain degré de qualification pour agir positivement sur la qualité du système. Malgré cette politique, on s’est rendu compte que le problème de déficit n’était toujours pas résolu. C’est ce qui a amené le gouvernement à un moment donné à coopter ceux qu’on appelle aujourd’hui les «reversés» qui sont plus de 11.000 répartis sur tout le territoire national. Et il faut préciser que c’est en 2010 que le gouvernement a pris la décision d’envoyer ceux-là en formation.

L’Ecole normale supérieure de Porto-Novo a reçu ceux qui enseignent les matières littéraires et les sciences sociales. Ils sont environ 5800. L’Ecole normale supérieure de Natitingou a reçu ceux qui enseignent les sciences : les mathématiques, les sciences physiques et autres. Ensuite, il y a un petit nombre, trois cents environ, qu’on a envoyé à l’Ecole normale supérieure de l’enseignement technique de Lokossa, pour ceux qui enseignent la technologie dans les lycées : santé, génie-électrique, mécanique auto, hôtellerie-tourisme, droit, économie, génie industriel, ouvrage en bois, etc. C’est ce défi que nous sommes en train de relever depuis Août 2011.

Les capacités d’accueil de l’ENS de Porto-Novo

C’est vrai que les capacités d’accueil actuelles de l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo ne dépassent pas 200 ou 300 apprenants à la fois. Mais voilà que brutalement, on nous envoie près de 6000 élèves enseignants à former. Alors, face à cette situation, nous avons dû adapter nos stratégies habituelles. D’abord, nous avons délocalisé le campus de l’Ecole sur les collèges et lycées de Porto-Novo. Nous avons récupéré les classes d’un certain nombre de lycées et collèges de Porto-Novo et nous avons réparti les 6.000 enseignants par groupe de 50.

Il n’y a aucun amphi pouvant garder 1000 à 2000 étudiants à Porto-Novo. Nous avons dû alors les répartir en groupes de 50 et si par exemple on programme un enseignement, s’il y a 15 groupes de stagiaires qui doivent recevoir le même enseignement, il faut mobiliser 15 formateurs qui enseignent cette matière-là. De sorte que, lorsque l’un est avec le groupe 1 l’autre est avec le groupe 2 ainsi de suite, jusqu’à ce que les 15 groupes soient couverts de formateurs dans le même enseignement.

Cela nous a amené à mobiliser tout ce que notre université a comme ressources humaines: les professeurs d’université qui enseignent les sciences humaines, les sciences sociales, les lettres, les professeurs de pédagogie, de sociologie et psychologie de l’éducation, de méthodologie de la recherche. Tous ceux-là, on les a mobilisés et même ceux qui étaient à la retraite. Dieu merci ! Nous avons pu relever le défi. Nous avons pu trouver les formateurs, une centaine environ, pour pouvoir absorber ce groupe-là dans tous les domaines.

Ainsi, nous avons assuré la première partie de la formation qui s’est déroulée du 22 Août au 24 Septembre 2011, étant donné que la formule qui a été retenue était de regrouper ces enseignants uniquement pendant les vacances et les congés. Parce qu’il n’est pas question qu’on les sorte des classes. Imaginez qu’on sorte 11.000 enseignants des classes, c’est clair que le système éducatif béninois va tomber.

Donc, on a trouvé cette formule pour les encadrer avec l’obligation d’assurer la masse horaire nécessaire afin qu’ils puissent passer les examens qui leur permettront de devenir professeurs adjoints de collège et professeurs certifiés dans les disciplines qu’ils enseignent. Il a été mis en place sur les sites de formation, un dispositif de contrôle à plusieurs niveaux. Nous avons positionné dans les établissements retenus, 2 à 3 de nos agents. Ils sont là pour gérer la présence, contrôler les cahiers de texte, orienter les enseignants et les stagiaires.

 Parallèlement à ce dispositif, il y a la Direction de l’Enseignement Secondaire qui a aussi positionné un certain nombre de superviseurs. Et chaque jour, ils font circuler une liste de présence. Il y a un troisième niveau de contrôle qui relève de la coordination nationale de la formation.

CAPES OU BAPES

Ce n’est pas en 2011 qu’on a pris la décision de former les gens. C’est depuis 2009 que la réflexion se menait et il y a eu plusieurs scénarii de formation. Certains de ces scénarii prévoyaient que des gens titulaires d’une licence dans une matière enseignée dans le secondaire puissent directement faire leur CAPES en deux ans. Mais après toutes les estimations, l’Etat s’est rendu compte que ce n’était pas gérable parce que notre pays ne pouvait pas disposer ni des ressources humaines ni des ressources logistiques nécessaires pour assurer une telle formation.

 Imaginez que l’on veuille effectivement former ces gens là, ceux qui ont la licence dans une matière scolaire , et les conduire au CAPES. Cela voudrait dire qu’on doit d’abord leur assurer les enseignements de l’année de maîtrise qu’ils n’ont pas faits. Ces enseignements doivent être donnés dans chacune de leur filière. Mais il se fait que la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) n’a pas autant de ressources humaines.

Je dois vous dire en passant qu’ils sont les plus nombreux. Ceux qui ont une licence dans une matière enseignée au secondaire sont près de trois mille (3.000). Alors, il aurait fallu former dans toutes les disciplines : histoire, géographie, anglais, français, philosophie, allemand, espagnol. Il aurait fallu mobiliser les rares ressources dont nous disposons à Calavi et qui étaient encore au cours au moment de la formation, pour donner des cours de spécialité en Lettres modernes, en Anglais, Géographie, Histoire, Allemand, Espagnol, Philosophie Vous voyez que c’était ingérable.

En plus, il y avait des implications logistiques, des implications en termes de gestion des carrières que notre Etat n’aurait pas pu supporter. C’est pour cela que ce scénario là a été abandonné pour revenir au schéma classique que nous appliquons à l’Ecole normale supérieure de Porto- novo. Lorsque vous venez avec une licence dans une matière enseignée au secondaire, on vous prépare au BAPES (Brevet d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) en un an et vous sortez professeur adjoint. N’accèdent au cycle de CAPES que ceux qui ont une maîtrise dans une matière enseignée dans le secondaire.

Ceux-là, l’Ecole normale supérieure les prépare en un an et ils peuvent passer le CAPES. S’ils réussissent, ils deviennent professeurs certifiés. C’est cette formule qu’on a dû retenir et naturellement les trois mille (3.000) qui étaient concernés par le scénario qui a été abandonné n’ont pas été très contents.

Ils auraient bien voulu aller directement à leur CAPES et devenir professeurs certifiés. C’est ce qui explique ces remous qu’on a remarqués au début de la formation. Mais après, tout est rentré dans l’ordre et toutes les catégories de stagiaires ont suivi activement les formations.

Mobilisation des enseignants formateurs

Pour nous, en tant que responsables de cette formation, c’était un défi à relever. Nous avions à agir, nous avions à réaliser dans les meilleures conditions possibles la mission que l’Etat nous avait confiée. Alors imaginez, je vous ai dit tout à l’heure qu’on a réparti ces gens-là en groupes de cinquante. Prenons par exemple ceux qui enseignent le Français. S’ils sont 800, ça fait environ seize groupes. Si on programme un enseignement comme littérature fantastique, combien de professeurs titulaires de littérature fantastique y a-t-il dans notre université ?

Vous n’en trouverez même pas trois. Alors supposons que nous arrivions à mobiliser ces trois-là, il va nous en rester treize. Alors ce que nous avons dit, nous mobilisons ces trois titulaires-là et leurs anciens étudiants qui ont fait au moins le DEA. Celui qui a le DEA peut donner un enseignement universitaire. Même un bon professeur certifié qui a le niveau peut encadrer des étudiants de première année à l’université.

C’est comme cela que fonctionnait l’Université d’Abomey-Calavi. Avant que les gens ne deviennent Docteurs, tous ceux-là passaient par le stade d’assistant stagiaire. Le système recrutait les meilleurs professeurs certifiés, les meilleurs maitrisards. On les reprenait à l’université et ils passaient quelques années là. Ils aidaient les enseignants titulaires à encadrer les étudiants de la première année. On ne leur donnait peut-être pas douze heures de cours, mais au moins six heures. Et les matières qu’ils maitrisaient bien, on leur confiait cela.

 Nous nous sommes dit qu’il faut utiliser la même formule pour gérer la masse des enseignants reversés et je ne pense pas que cela entache outre mesure la qualité de la formation. Moi je trouve que celui qui a le DEA est capable de donner un cours de première année. C’est clair et net. Tout comme vous maintenant. Malgré tout votre niveau, si vous voulez apprendre l’informatique, on peut vous donner comme maître celui qui n’a même pas le BEPC. S’il est spécialiste en informatique, c’est lui qui va vous enseigner malgré votre doctorat. On a donc mobilisé les gens qui étaient compétents dans les différentes structures pour pouvoir encadrer nos stagiaires.

Des moyens existent sans doute ?

L’Etat a promis les ressources. Pour le moment nous n’en avons pas encore vu la couleur. Vous savez que dans nos pays, on prend d’abord les décisions. On demande de commencer en attendant les moyens qui vont suivre. C’est un peu ce que nous faisons. Mais nous gardons bon espoir que les ressources vont venir. Je pense que nous avons des ressources un peu exceptionnelles et les procédures habituelles de gestion budgétaire ne sont pas tellement concernées.

Les formateurs travaillent-t-ils à crédit ?

Ce qui est certain, si les ressources ne sont pas disponibles, vous êtes bien d’accord avec moi que les professeurs ne voudront pas encore venir pour cracher leur poumon s’ils n’ont pas été payés pour les premiers enseignements qu’ils ont assurés. Mais nous avons bon espoir que notre Etat est responsable.

Le coût de la formation

Je vous ai dit que nous allons former plus de 11.000 enseignants. Là, nous raisonnons en termes de milliards. Selon les prévisions qui ont été faites, la formation de ces gens devra coûter un peu plus de onze milliards de FCFA et va durer jusqu’en décembre 2015. Ceci parce qu’il y a plusieurs catégories. Par exemple, il y a des gens qui ont la licence dans les matières qu’ils enseignent et d’autres la maîtrise.

Ceux qui ont la maîtrise vont être formés pendant un (01) an, cela veut dire qu’au plus tard en fin 2012, ils vont terminer leur BAPES ou leur CAPES. Il y a des gens qui ont une licence dans des matières qui ne s’enseignent pas au secondaire. Mais on doit les former aussi parce qu’ils enseignent quand même sur le terrain. Il est prévu donc de les préparer pour le BAPES. Ils deviendront donc des professeurs adjoints mais en deux ans. Ça veut dire que ceux-là vont terminer en 2013. Vous avez également des gens qui enseignent avec le BAC.

Pour avoir le BAPES, ceux-ci doivent suivre les trois ans de formation et donc passer l’examen du BAPES en 2014. Pour ceux qui ont une maîtrise dans une matière qui ne s’enseigne pas au secondaire, il est prévu qu’on les mène jusqu’en CAPES, mais en trois ans puisque c’est seulement pendant les vacances qu’on les forme et pour couvrir la masse horaire réglementaire, nous sommes obligés d’aller jusqu’en 2015.

L’APC au Bénin

Est-ce qu’il y a déjà eu un examen de BAC en groupe, de BEPC en groupe, du CEP, de Cap en groupe une fois ? C’est chacun qui sera évalué. On met chacun en situation de devenir compétent. Parce que le travail en groupe est générateur de ce que l’on appelle la fainéantise sociale. Dans la vie de tous les jours, si vous être dix et on vous demande de faire un travail, est-ce que tous les dix participent ?

 Même ici à L’Evénement précis, si le directeur met tel et tel ensemble pour faire un travail, est- ce que tout le monde travaille ? Peut-être deux ou trois vont se mobiliser et les autres vont tirer au flanc et profiter du travail des autres. Tous les enfants n’apprennent pas. Alors, si on doit travailler en groupe, à deux on peut travailler en groupe.

Alors pourquoi ne pas donner un travail en groupe et laisser les tables dans leur disposition classique, étant donné que la grande partie de l’enseignement que l’on donne, vient de l’enseignant ? C’est dire que la majeure partie de l’information, la meilleure partie des compétences, c’est l’enseignant qui les rend possibles pour les apprenants. Tous les apprenants doivent être dans les mêmes conditions pour suivre les cours.

C’est vrai que les apprenants vont contribuer. Mais si on doit faire un travail en groupe, que ça se passe par table et que les tables soient face au tableau. Puisqu’à un moment, l’enseignant va prendre la parole pour expliquer à l’attention de tout le monde, il va écrire des choses au tableau et les apprenants sont censé prendre note dans leurs cahiers. Alors, pourquoi certains vont prendre note de côté et les autres de face et les autres de dos ? Ce n’est pas ça l’équité pédagogique. On doit mettre tous les apprenants dans les mêmes conditions de confort, et même de sécurité pour apprendre.

Possibilité de modernisation ?

Si les enseignants sont formés et si on leur tient le bon discours, le discours pertinent et beau, ils sont bien capables de modernité. Si on sort du totalitarisme pédagogique actuel, parce que l’APC a donné lieu à un totalitarisme pédagogique où nous marchons sur la tête, même si la formule ne convient pas à un apprentissage, c’est ça qu’il faut faire.

Les inspecteurs vont dans les classes, si un enseignant ne fait pas comme on a dit, marcher sur la tête, il n’est pas compétent. Or, il s’agit d’être intelligent, il s’agit d’adapter sa méthode à la situation dans laquelle on se trouve, adapter sa méthode aux enfants qu’on a devant soi. Ils sont tout petits, moyennement petits ou bien ils sont de grands adolescents, des adultes.

Qualité de l’enseignement dans nos universités publiques

De plus en plus à l’Uac, les enseignants sont astreints à la formation pédagogique. Depuis le début des années 2000, l’Université d’Abomey-Calavi s’est dotée d’une Cellule de Ressources en Pédagogie Universitaire et d’une Commission LMD. Chaque année, il y a des formations en pédagogie, sur les méthodes pédagogiques, comment définir un objectif pédagogique, comment on fait un plan de cours, comment on rédige les notes de cours; tout cela a contribué à améliorer les qualités des cours à l’UAC.

De vétustes enseignements des années 1950 existent encore

Non, je ne dirai pas qu’il y a encore des cours de 1950, on ne peut pas le dire. Si un cours rend compte d’un document de 1950 et qui est unique aujourd’hui à l’Uac, il y a un mécanisme qui fait que les gens doivent se remettre perpétuellement en cause, parce que maintenant pour évoluer, il faut aller au Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames). Tout à l’heure, je lisais l’un de vos journaux où vous avez rendu compte des résultats du concours d’Agrégation qui s’est passé à Abidjan.

 Vous voyez, pour pouvoir réussir à ces concours il faut se remettre en cause perpétuellement. Si vous envoyez un dossier et que c’est avec des vieilleries que vous pensez sortir professeur agrégé en Economie ou bien en Droit, c’est impossible. Donc, il faut toujours se remettre en cause et je crois que les enseignants de notre université sont pour la plupart dans cet état d’esprit.

Des professeurs éternels face à la relève

Avant, les gens se considéraient comme tout puissants, incontournables et ils y croyaient. Les départements étaient leur chasse-gardée, leur chose et ils gardaient la porte fermée à ceux qu’ils avaient eux-mêmes formés. Mais ils ont oublié qu’ils doivent vieillir, certains doivent aller à la retraite. Ils ont oublié que la mort ne nous fixe pas de rendez-vous forcément et qu’à un moment donné il peut y avoir déficit rapidement.

 S’il n’y a pas de relève comment les formations vont continuer ? Fort heureusement, de plus en plus, cette mentalité décline, et on trouve beaucoup de départements qui pensent à la relève. Quand vous prenez un département comme la géographie, ils ont formé plein de jeunes Docteurs, ils n’ont pas de soucis. Quand je dis géographie nous sommes à la Flash, même en linguistique quelques jeunes ont déjà rejoint le groupe des anciens.

En Psychologie et Sciences de l’Education, nous sommes un jeune département et on a commencé déjà à former la relève. Parlant des Sciences de gestion ou du Droit, les photos d’agrégés que j’ai vues dans votre journal, sont des photos de jeunes. Quand vous parlez de Joêl Aïvo, ou de Emmanuel Hounkou, ce sont des jeunes.

 Cela veut dire que les responsables de la FADESP et de la FASEG ont ouvert quand même leurs départements à des jeunes. Ils sont avec eux aujourd’hui et évoluent. Je crois que la mentalité au niveau de l’université change. Les gens ont compris qu’on doit former la relève.

Le soutien au Professeur Brice Sinsin

Moi je ne suis pas candidat. Je veux bien remplir ma fonction de Directeur Adjoint de l’Ecole normale supérieure jusqu’à la fin du mandat et après je verrai. Sinon, j’aurais pu être candidat. Les conditions me permettent d’être candidat. Ce n’était pas mon projet. Moi-même je n’ai pas manifesté d’ambition.

Mais naturellement, je soutiendrai l’équipe du Professeur Brice Sinsin. Et vous constatez avec moi déjà que cela fait effet depuis. Cela fait longtemps que nous souhaitions que le Professeur Brice Sinsin arrive aux affaires universitaires. Simplement parce qu’il a une personnalité qui rassemble, une personnalité attrayante et il nous parait crédible.

Une croix sur le mandat Awanou ?

Awanou, nous l’avions choisis, mais il a fait son temps. Il ne revient plus. Nous parlons de l’avenir maintenant. Je crois que Brice Sinsin a fait montre de grandes capacités de chercheur, il a les qualités humaines qui font un bon gestionnaire d’une université. C’est pour cela que nous le soutenons et que nous appelons tout le collectif des collègues à soutenir sa candidature. Je peux dire que l’équipe sortante, a fait ce qu’elle a pu.

 Tout à l’heure j’ai parlé de l’institution d’une cellule qui s’occupe de la pédagogie universitaire. L’équipe actuelle a renforcé cette formation-là et c’est sous l’équipe sortante que nous avons eu la Commission universitaire LMD. Donc tout le parcours que l’Université d’Abomey-Calavi a fait jusqu’à présent, dans le système LMD, a été rendu possible par cette équipe. Pour l’entrée dans ce système, c’est l’équipe sortante qui a balisé le terrain et a mis les ressources disponibles.

C’est vrai qu’elle n’a pas relevé tous les défis. Il y a encore beaucoup de besoins d’ordre infrastructurel, qui n’ont pas été satisfaits. Il y a aussi beaucoup d’étudiants de notre université qui font cours dehors. Donc il n’y a pas eu tous les amphithéâtres qu’il fallait. Vous avez des facultés entières qui n’ont pas encore d’amphithéâtre propre. Cela a été l’échec de l’équipe sortante. Cependant, on a quand même eu beaucoup d’accords de coopération avec des universités partenaires, que ce soit au Pays-Bas, en Belgique, en France ou au Canada.

 Ces partenariats ont été profitables pour l’université, et ont permis d’avoir un peu plus de Docteurs. Cela illustre la flexibilité que doit avoir l’universitaire. Tout à l’heure on a parlé de l’APC, de notre système éducatif. On a donné l’exemple d’un système qui doit revenir aux fondamentaux pédagogiques. Si vous faites une expérience après un temps, il faut faire une évaluation pour voir si vous êtes sur le bon chemin ou si vous n’êtes pas sur le bon chemin. C’est diabolique de persister dans l’erreur.

 C’est ce qui a poussé les têtes pensantes à réviser les textes qui ont servi de base à l’élection de la première équipe. Il faut savoir s’adapter aux évolutions de la vie. La vision peut être prospective et il peut arriver que les circonstances vous en donnent une autre, après quelques années.

La preuve, est-ce-que les Européens ont prévu la crise qu’ils vivent actuellement quand ils ont mis en place l’Euro ? Pour eux, la mise en place de l’euro, c’était vraiment le boulevard de la prospérité pour tous les pays membres.

Jean-Claude Hounmènou, entouré des journalistes de l’Evénement Précis

K.O pour ces élections ?

Je ne parlerai pas de K.O encore parce que je ne connais pas la force des autres. En tout cas c’est l’équipe du Professeur Sinsin que je soutiens. Parce que c’est une liste consensuelle, assez représentative de la diversité scientifique de notre université.

La dispersion de la carte universitaire

Il faut dire que je suis un peu réservé face à cette façon de disperser les centres universitaires sur tout le territoire national. Pour la carte universitaire, je préfère qu’on crée quatre grands pôles. Je pense que le gouvernement devrait courageusement adapter la carte universitaire à l’évolution démographique de la réalité universitaire au Bénin. Cela veut dire quoi : je préfère que l’on crée quatre grands pôles universitaires.

 Il y a déjà Calavi et Parakou. Moi je propose que l’on crée en plus un pôle à Porto-Novo, un pôle qui va donc absorber le centre universitaire de Porto-Novo, l’INJEPS, l’Institut de Mathématique et de Sciences Physiques, l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole d’agronomie de Kétou et le centre de Sakété.. On va garder Calavi dans son format actuel, peut-être en détachant de ce campus là quelques centres universitaires.

Autour de Parakou, on va rassembler le centre universitaire de Natitingou, de Djougou. Au centre, peut-être à Abomey, on crée une autre grande université et cela fera quatre universités nationales en tout. Les établissements et entités seront créés autour de ces pôles là. On peut faire ça plutôt que de disperser et on ne sait à quoi c’est destiné. Est-ce que nous voulons créer dix universités, vingt universités ?

 Il ne faut pas que la démagogie gouverne la création des centres universitaires. Il ne faut pas qu’on fasse cela à des fins de clientélisme ou bien à des fins électoralistes. Il ne faut pas non plus disperser les campus sur le territoire national. Ce n’est pas intéressant. Voilà ce que j’en pense.

L’Union fait la Nation chez Yayi

Bon, je ne sais pas si ce concept de réconciliation même est pertinent pour rendre compte des événements politiques auxquels nous avons assistés dernièrement. Est-ce que les gens étaient ennemis? Est-ce que le camp de Yayi Boni était un ennemi du camp de l’Union fait la Nation ? Je crois que nous lisons mal les réalités de notre pays, aussi bien les hommes politiques qui sont au pouvoir que ceux qui ne sont pas au pouvoir.

Ces réalités ne doivent pas être analysées en termes d’adversité mortelle, d’inimitié. Non ! Comme je l’ai toujours dit, le Bénin est un pays composite. C’est un conglomérat et en fon on dira que nous sommes un pays « ako djo kplé ». Alors quand vous prenez les bords politiques auxquels vous avez fait allusion, vous dites qu’il y a le camp de Yayi Boni et le camp de l’Union fait la nation, mais vous allez voir que chaque bord politique représente en réalité des blocs régionaux dans le pays. Au sens démocratique du terme, c’est la représentativité différentielle.

C’est comme si vous mettiez d’un côté les populations du nord du pays, en gros, les populations du Mono et de l’Atlantique d’un côté. Ce sont ceux-là qui sont représentés vraiment dans le groupe politique qui soutient Yayi Boni et vous dites que ceux-là sont les ennemis des fons, des gouns, des yoroubas, des nagos, des adjas.

Est-ce qu’on doit lire la réalité politique béninoise ainsi ? Non, il faut qu’on sorte de cette configuration et cette compréhension de la vie politique au Bénin. Bon ! On parle de réconciliation, c’est vrai qu’il y a eu élection dernièrement. Un camp a gagné et l’autre n’a pas gagné, et les élections ne se sont pas déroulées dans les conditions les plus incontestables possibles.

Professeur Hounmènou, Yayi ou UN

Moi j’étais dans le camp qui militait pour une gouvernance inclusive du pays. J’ai toujours défendu la nécessité de la gouvernance inclusive. J’ai démontré tout à l’heure qu’en réalité, derrière les camps politiques, c’est des blocs régionaux. Alors, est-ce qu’on va dire que le bloc politique qui représente les fons, les gouns, les nagos, les adja est constitué des opposants et que les autres vont les dominer ?

 Non, ça c’est la porte ouverte à la guerre civile. Alors, la gouvernance inclusive, c’est quoi ? Le Président Yayi Boni a été élu parce qu’il a eu 53%, et qu’il était mathématiquement majoritaire, mais il se fait que cette courte majorité n’est pas représentative de la diversité géopolitique du pays. Quand vous prenez les ministres qui sont ressortissants de l’Ouémé, du Couffo ou du Zou par exemple à part Blaise Ahanhanzo, en quoi sont-ils représentatifs de ces régions? Politiquement, ils ne sont pas représentatifs, puisque l’écrasante majorité des habitants desdites régions ne s’est reconnue que dans l’Union fait la Nation.

Il s’ensuit que notre gouvernement n’est pas très démocratique. Est-ce que le Président Yayi Boni a gagné dans le Zou ? C’est l’UN qui a gagné. En réalité, les ministres qui devraient représenter le Zou normalement devraient être issus de l’UN. C’est ça un gouvernement représentatif. Personnellement, j’ai voté pour l’Union fait la Nation.

 Parce que pour moi nous ne sommes pas des ennemis dans le pays et je suis conscient qu’aucun groupe politique ne représente tout le Bénin. Depuis plus de trois ans, je milite pour qu’on instaure dans notre pays un système de gouvernance inclusive. Je veux dire un gouvernement d’union nationale. Il faut que les forces politiques les plus représentatives de notre Nation dans sa diversité gouvernent ensemble le pays, en conjuguant leurs efforts. Il faut que nous soyons prêts à travailler les uns avec les autres pour l’harmonie du pays.

Yayi a néanmoins tendu la main

Si vous tendez la main pour que les gens deviennent vos collaborateurs simplement, ce n’est pas la peine. Si vous voulez des partenaires, c’est différent. On s’entend sur quelque chose qui est profitable à tout le monde et non pas pour mettre en place une politique de domination des uns sur les autres. Nous devons réinventer un jeu démocratique adapté au Bénin. C’est cela et le Président Boni Yayi avait une bonne occasion de corriger les choses. On ne peut pas raisonner en termes mathématiques pour analyser la démocratie béninoise.

Puisque vous reconnaissez, vous les analystes, que le vote est ethnique et régionaliste au Bénin, ce n’est pas parce que vous avez eu plus de 50% que vous représentez tout le pays, et si vous reconnaissez que vous ne représentez pas tout le pays, il faut que les autres qui représentent d’autres composantes du pays soient au gouvernement et que la gouvernance soit la plus consensuelle possible. C’est quoi un programme de gouvernement ?

C’est mobiliser les ressources pour les répartir après ; cette répartition doit être équitable et ne doit pas être mue par des motifs clientélistes. Si vous êtes un Président de la République, vous ne devez pas partager les ressources à la tête du client ; car les citoyens sont égaux, les départements du pays sont égaux, les six régions du pays sont égales. Alors si vous êtes Président de la République et que vous avez 100 FCFA à distribuer entre six régions du pays, au nom de quoi allez-vous donner peut-être 50f à deux régions et dire aux quatre qui restent de partager 50F ?

Vous voyez que ce n’est pas équitable. C’est pour cela qu’il faut mettre en place une gouvernance inclusive, qui ne dépende pas du bon vouloir du Président de la République, mais qui dépend du consensus des forces politiques qui constituent l’émanation de la diversité politique de nos populations, la diversité ethno-régionale. On ne peut pas nier ça. Moi, je préfère qu’on remplace l’unité nationale par l’union nationale.

L’union suppose qu’il y a des différences au départ. Ce qui fait que personne n’arrive à représenter ces différences. Malgré ses 5 ans au pouvoir, Yayi Boni n’a pas été représentatif partout. Pour les présidentielles, il a eu 53% et essentiellement dans le nord du pays, l’Atlantique, parce que Koukpaki est avec lui et le Mono parce que Nago, le Président de l’Assemblée est avec lui, mais il n’a pas été représentatif dans les régions très peuplées du pays : l’Ouémé-Plateau, le Littoral, et le Zou.

La refondation et la gouvernance inclusive

Il devrait mettre un nouveau contenu dans la refondation. La refondation passe pour moi par l’instauration de la gouvernance inclusive, consensuelle, l’institution du gouvernement d’union nationale. Yayi a été le vainqueur d’accord. Cela veut dire que sa voix sera prééminente.

 Si vous êtes prééminent, ça veut dire que les autres aussi ont une voix. En conjuguant sa voix prééminente avec la voix minoritaire des autres, on peut trouver un consensus qui représente tout le monde. Dans la pratique, Yayi Boni en tant que chef du bloc majoritaire, prend les meilleurs de son groupe et il s’associe les meilleurs du groupe minoritaire, l’Union fait la nation, en termes de gouvernement. Par exemple s’il doit former un gouvernement de 26 membres, je conseille que lui ait 16 ministres et qu’il concède 10 ministères à l’Union fait la nation et qu’ils s’entendent sur le programme.

Il peut avoir le meilleur programme et les autres vont travailler à la réalisation de ce programme, pourvu que ce ne soit pas un programme à la gloire de Yayi Boni, mais un programme à la gloire du Bénin, un programme qui profite à tout le peuple béninois dans sa diversité, qu’il soit du Borgou-Alibori, de l’Atacora-Donga, du Zou –Collines, du Mono- Couffo, de l’Atlantique-Littoral ou de l’Ouémé-Plateau. L’essentiel est que que chacun y trouve son compte. C’est cela la gouvernance inclusive.

Les Soglo dans la mouvance !

Voilà, ils sont devenus collaborateurs pour gagner quoi ? Ils n’ont rien gagné jusqu’à présent. On a nommé Ahanhanzo ministre d’accord. Mais je constate qu’il n’a même pas encore pu nommer un attaché de cabinet. A quoi sert-il à son parti ? Je le dis parce que quand vous êtes ministre, c’est pour donner le pouvoir à votre parti, aux cadres. C’est ça qui fait vivre les partis.

Vision distributive du pouvoir d’Etat

Mais la vision doit être distributive de toutes les façons parce qu’un parti politique aspire à être pérenne, à durer dans le temps et c’est le pouvoir qui consolide le pouvoir. Au Bénin ici, quels sont les partis qui ont pu durer hors du pouvoir, à part le Prd ? Pour durer il faut être au pouvoir parce que le pouvoir nourrit le parti. Lorsque vous êtes là, ça suppose qu’au moins dix de vos cadres peuvent avoir des postes de responsabilité.

Je ne dis pas pour manger forcément, mais pour travailler. C’est une position politique quand même et votre électorat voit que tel village a donné son fils, il est au ministère, tel village a donné son fils. Demain, ils vont encore voter pour vous. C’est comme cela, c’est la représentativité. Donc ça rapporte quoi à la RB pour le moment, ce qu’ils ont fait en s’aggripant à une main tendue pour devenir collaborateurs ?

 On a dit qu’on leur a donné un poste bureau de l’Assemblée nationale. S’ils restaient unis, l’Union fait la Nation pourrait avoir trois postes dans le bureau de l’Assemblée nationale. D’ailleurs, si on respectait même les textes, l’Union fait la nation aurait dû avoir trois postes dans l’Assemblée nationale sur sept. Elle devrait avoir des présidents de commission. C’est ça le jeu de la démocratie, si les gens finissent par comprendre la gouvernance inclusive.

 Si on avait fonctionné selon le principe que j’ai expliqué tantôt, ce n’est pas un ministère que la RB aurait aujourd’hui, parce que la RB est l’un des grands partis de l’Union Fait la Nation avec le PRD, la RB aurait pu avoir trois portefeuilles ministériels, le PRD aussi trois portefeuilles ministériels, le Madep au moins un (01), Force clé, un (01), le Psd un (01) et chacun aurait son compte.

Pour un gouvernement des partis ?

Gouvernement d’union nationale, car ce n’est pas un problème de parti, c’est le gouvernement représentatif de la diversité du pays. Ceci parce que l’UN, quoi qu’on dise, représente la partie méridionale du Bénin au plan politique. Même si les Soglo sont les pères fondateurs de l’UN, et représentent une composante non négligeable, c’est un faux pas qu’ils ont fait. Et puis, le Chef de l’Etat a senti quand même la nécessité de recevoir l’UN, même vidée de la RB. Ça veut dire que quelque part le Président voit que ces gens-là représentent toujours quelque chose.

Respect de la recommandation de réconciliation du Pape !

On ne sait pas si c’est la prédication du Pape seulement qui a fait ça, parce que du choc des idées différentes jaillit la lumière. L’UN a des hommes de qualité dont les idées peuvent aider à la gouvernance du pays. Je dis bien à la gloire du pays et non à la gloire d’un homme, à la gloire du pays ; une gouvernance républicaine et non pas le jeu personnel. On doit sortir de la conception patrimoniale du pouvoir qui a présidé à notre constitution actuelle, où tout dépend d’un seul homme.

En tant qu’être humain, nous sommes faibles, nous avons trop de parti-pris. C’est pour cette raison qu’il nous faut trouver une forme plus impersonnelle de pouvoir, et c’est ça la gouvernance inclusive à laquelle moi je convie les forces politiques du Bénin. Le pays s’en porterait mieux. Il y aurat moins de frustration, nous allons conjuguer nos efforts pour aller au développement, et si vous voulez, on irait plus vite à l’émergence.

Les régimes de Kérékou à Yayi

Je sais de quoi je parle en ce moment. Vous allez voir que le vieux général, on peut tout lui reprocher, il avait le sens de la gouvernance inclusive. Vers la fin, même la RB était prête à travailler avec le général Kérékou. Pourquoi ? Parce que Kérékou a compris que notre pays, est un pays composite et qu’aucune force politique ne représente jamais tout le pays. Pour un gouvernement représentatif, il faut mettre ensemble les forces qui représentent la diversité du pays.

C’est pour cela que vous aviez vu qu’ autour de Kérékou, sauf la RB, il y avait toutes les forces représentatives du pays. Il y avait le Fard-Alafia qui représentait le Nord-Bénin, quoi qu’on dise ; vous aviez le PSD qui représentait le Mono et le Couffo à l’époque ; vous aviez le MADEP qui représentait les gens du Plateau au plan politique, et le gouvernement était très représentatif. C’était un gouvernement où la délégation de pouvoir avait un sens.

 Oui ! Kérékou donnait le pouvoir pour travailler pour le bien du pays. On peut être un bon ministre, on peut être un ministre républicain comme on peut être un ministre « kpayo », c’est ça. Kérékou responsabilisait les gens. Les ministres au temps de Kérékou avaient une valeur. On leur déléguait le pouvoir parce qu’ils étaient représentatifs politiquement.

Les ministres sous le régime Yayi ?

Je ne sais pas si la délégation de pouvoir est totale aujourd’hui. Oui, parce que si on vous nomme ministre pour dire « oui patron », « oui patron » chaque fois, vous ne serez pas un bon ministre. Alors si on vous met ministre et que vous n’êtes pas capables de choisir vos collaborateurs….

Du temps de Kérékou, les gens étaient libres de choisir leurs collaborateurs, ils avaient à rendre compte à Kérékou c’est tout. Quand on vous nomme général pour conduire une bataille, vous allez généralement choisir les aides de camp, les colonels, les lieutenants qui vont vous aider à accomplir la mission qu’on vous a confiée, c’est ça. Je ne pense pas que ceci soit comme ça, à part quelques-uns qui sont dans les bonnes grâces du chef et qui peuvent tout obtenir du chef.

Sinon il y a les autres qui ne sont pas dans les bonnes grâces et on leur donne leurs collaborateurs. Au temps de Kérékou, le ministre avait son autorité. Il avait le pouvoir et il devait rendre compte à son chef, à celui qui l’a nommé et les ministres discutaient d’égal à égal avec le chef. Parce que si vous ne pouvez pas dire la vérité au chef, vous ne pouvez pas l’aider. Le ministre doit dire la vérité au chef, sauf le respect du chef. Tout en respectant le chef, le ministre doit pouvoir dire: « chef ce que vous voulez faire là va nous mener droit dans le décor »; et le vieux Kérékou, il savait reconnaître quand il avait tort.

Il dit « ah toi, mon jeune ministre-là, tu as raison. On va faire comme tu as dit ». Et c’est ça le gouvernement. Vous allez voir que Kérékou prend les ministres parce qu’ils représentent politiquement différentes régions du pays.

Le choix du Prof. Hounmènou comme Directeur de Cabinet du Ministre Dohou

Le ministre Dohou dont vous parlez représentait les communautés Xwla-Djèkin et Sètto du sud-Bénin. Donc du Littoral jusqu’ à Sèmè-Kpodji et pendant ce temps, ces populations se reconnaissaient au pouvoir et les cadres émanant de ces communautés ont accédé au pouvoir aussi. C’est la diffusion de la gouvernance et ça reflète la diversité du pays. Je crois que c’est grâce à cette diffusion que moi j’ai pu accéder à certaines hautes fonctions au niveau de l’Etat en tant que cadre Xwla-Djèkin. Nous avions fait ce que nous avons pu.

Pouvoir juteux sous Kérékou !

Je suis quand même quinquagénaire déjà… Quand les gens sont directeurs de cabinet dans ce pays, en général ils construisent des bâtiments à étage. Je crois, beaucoup connaissent là où j’habite ici, je n’ai pas encore de maison à étage. Donc si on avait bouffé là, j’aurais déjà une maison peut-être à deux ou trois étages. Quand moi je suis sorti de mon poste de responsabilité, j’ai dû faire un emprunt à la banque avant d’acheter mon véhicule personnel.

Je vous dis la vérité. C’est la preuve qu’on n’était pas là pour bouffer. C’est la vérité. Vous pouvez faire l’enquête. Ils vont certainement dire que je suis bête. J’ai été son directeur de cabinet, vous avez dit que nous avons bouffé et je vous donne les preuves que nous avons servi le pays honnêtement, c’est tout.

1ère réforme, si Professeur Hounmènou est nommé conseiller technique à l’éducation du Chef de l’Etat

On change le contenu de l’APC. La compétence est une chose et la manière dont on fait construire les compétences en est une autre. Il faut doter nos enseignants de plusieurs formules pédagogiques. L’essentiel étant qu’il faut construire la compétence, il faut rendre le système éducatif plus intelligent. Et naturellement je vais remettre en cause le système de disposition des enfants dans les classes qui les contraint à des problèmes d’ordre physiologique.

La marche qui améliore la situation salariale au supérieur

Les professeurs ivoiriens gagnent toujours plus que nous. C’est vrai que le gouvernement a arrangé notre situation, il était temps. Il ne faut pas que nous les universitaires du Bénin, nous soyons des clochards par rapport à nos collègues de la sous-région. Même les nigériens étaient déjà des millionnaires tandis que nous étions encore à des centaines de mille. C’est bien que le Président ait compris ça et ait valorisé la fonction enseignante en général. Il faut lui reconnaitre cela. C’est rare que vous trouviez des universitaires aujourd’hui qui marchent encore à pied.

Carte d’identité

Le psychopédagogue coopté dans l’administration

Jean-claude Hounménou est né le 19 juillet 1960….à Porto-Novo…Il appartient (et il le revendique haut et fort) à la communauté Xwla. Encore appelée les Xwla-Djèkin, c’est une communauté de pêcheurs qui couvre une aire géographique allant de Godomey à Sèmè-Kpodji, en passant par Cotonou. Etudes primaires à Porto-Novo, Dasso et Kétonou, il termine à Porto-novo où il décroche le CEP en 1972.

Il passe l’entrée en sixième en 1973 et s’en rappelle encore : « le CM2, c’est la seule classe que j’ai redoublé dans ma vie ». A la rentrée d’octobre 1973, il est au CEG Gbokou à Porto-Novo puis après au Lycée Béhanzin pour le second cycle. Jean-Claude Hounmènou passe son BEPC en 1978 et est admis en 1980 dans la première promotion du Bac littéraire L1 en 1980. Quelques mois plus tard et comme tout futur cadre à cette époque, il fait son service militaire dans une mission d’enseignement toujours à Porto-Novo, au CEG d’Ananvié.

 Il commence alors l’université en 1982 et admis au Concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, s’inscrit dans la filière Français- Anglais, dont le premier cycle était sur le campus d’Abomey-Calavi. Il réussit directement pour aller au second cycle, avec les 12 de moyenne réglementaire. Le second cycle s’effectuant à Porto-Novo, c’est dans cette ville qu’il fait les trois ans nécessaires. En dehors de sa Licence de Lettres Modernes, Jean-Claude Hounmènou termine l’ENS avec un CAPES Lettres Modernes qui lui confère le titre de Professeur Certifié de Lettres.

Son premier poste d’affectation est alors le CEG Lokossa où il enseigne le Français pendant quatre ans. Il passe alors un concours pour faire des études de sciences psychopédagogiques en Belgique. Reçu deuxième du Bénin, il part pour l’université de Mons où il passe cinq années. Il fait alors un master en pédagogie puis après le doctorat, terminé en 1995. Sa thèse de doctorat porte principalement sur l’enseignement de la lecture littéraire. Depuis 1995, il enseigne la psychopédagogie à l’université d’Abomey-Calavi. En janvier 2004, une promotion politique frappe à sa porte.

 Grâce au Ministre Frédéric Dohou, il est nommé Directeur de cabinet du Ministère de la culture, de l’artisanat et du tourisme. Un an plus tard, en mars 2005, il quitte ce poste pour être nommé à nouveau Directeur de cabinet du Ministère de la communication et des technologies nouvelles où il reste jusqu’en Août 2006. Retourné à l’université, il devient Chef du département de Psychologie et des Sciences de l’Education, poste qu’il occupe jusqu’en 2010.

Car fin 2009, il est élu Directeur Adjoint de l’Ecole normale supérieure de Porto-Novo, poste qu’il occupe jusqu’à ce jour. En tant que tel, il est Directeur de la Formation et des Affaires Académiques de l’Ecole… Marié et père de deux enfants, l’homme se définit essentiellement comme un chrétien attaché aux enseignements du Christ.

Intimité

Une bonne forme naturelle

Il faut être proche de l’homme pour le savoir. Jean-Claude Hounmènou est un homme simple mais rigoureux. Aimant la marche et la course, il conserve une bonne forme physique qui lui vient essentiellement de ses habitudes alimentaires peu expansives. « Je n’ai pas de parti pris vis-à-vis des aliments de chez nous ou des aliments qui viennent de l’étranger.

 Si c’est bien fait, je prends », confie-t-il avant d’ajouter, pour peu qu’on se montre un peu incisif : « Est-ce que je n’ai pas mangé la viande de chien une fois ? Ça se mange dans certaines régions de notre pays. J’ai mangé aussi la viande de chat, de la viande d’oiseaux… Je mange du gari et si vous faites du èba (piron de gari) je vais en manger comme je mange aussi du dakouin ».

Il avoue quand même que le seul repas qu’il ne supporte pas au Bénin, ce sont les sauces gluantes. « Je ne prends aucune sauce gluante », précise-t-il. Et d’indiquer : « Je mange raisonnablement, quelle que soit la qualité de la table. » Les valeurs humaines les plus recherchées chez lui sont l’honnêteté, l’humilité, l’altruisme, l’esprit d’équipe et le sens de l’amitié. Marié et père de deux enfants, un garçon et une fille tous deux étudiants, le Professeur Jean-Claude Hounmènou reste encore un passionné de lecture.

Photo de famille après l’entretien

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