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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Demolition man


La casse. La méthode musclée utilisée par la mairie de Cotonou pour faire entendre raison aux occupants illégaux des abords immédiats des grandes artères de la ville, est tout à fait inhabituelle. C’est bien la première fois depuis près d’une décennie de gestion, que l’autorité municipale prend les taureaux par les cornes en opérant des déguerpissements forcés.

Personne ne l’a jamais vu sous les Soglo. Il n’y a eu que Jérôme Dandjinou, alors Chef de la Circonscription urbaine de Cotonou, qui ait tenté pareille audace. L’impopularité ? Dandjinou ne cherchait ni la popularité ni l’impopularité. Il avait une mission à remplir, et son poste n’était pas électif mais nominatif. Les casses opérées seront plus tard reconnues comme des actions de salubrité publique.

Que les Soglo aient pu passer cette dernière décennie sans jamais oser aller dans le même sens avait pu paraitre comme une faiblesse condamnable. Jusqu’à ces derniers jours, Cotonou était devenue une ville-poubelle, repoussante image d’une cité prise d’assaut par des amoncellements d’ordures et l’anarchie. Mais en choisissant de donner un coup de pied dans la fourmilière, la mairie rompt le silence, en s’attirant par la même occasion les foudres des électeurs qu’elle avait voulu ménager jusqu’ici. L’arrivée du Pape était une occasion trop belle pour ne pas être saisie. Les contrecoups ne sauraient tarder.

Si Dandjinou a pu pâtir de ses tentatives, c’est moins pour la nécessité reconnue de ces opérations que pour l’insomnie qu’elles ont pu provoquer chez bon nombre de Cotonois. Les victimes ne lui ont jamais pardonné. Cette fois encore, il faut s’attendre à ce que les déguerpis, leurs familles et leurs proches qui se comptent par centaines, deviennent des agents farouchement anti-RB. La vengeance électorale sera au rendez-vous dans deux ans.

Ce qui a fait dire à certains canards que « la RB fait un travail ingrat », car les répercussions risquent de se solder par une érosion des voix, dans un contexte marqué déjà par l’inquiétante avancée du yayisme. Et Léady Soglo a pu s’en rendre compte, lui qui s’est obligé à demander pardon aux victimes de l’opération. C’est donc par cette main douce gantée de fer qu’ont lieu les déguerpissements menés au pas de charge dans la ville. Mais le pardon suffira-t-il ?

Il faut espérer que oui. Dans la réalité pourtant, ces opérations chirurgicales ne pouvaient réellement avoir lieu que maintenant, après des élections majeures et surtout à deux ans d’autres échéances tout aussi cruciales. La population aura le temps de panser ses blessures et puis…d’oublier.

Rien n’est moins sûr pourtant. C’est pour y parer que Léhady Soglo, agissant en Président de la RB, est allé en fin de semaine solliciter un meilleur engagement de son parti au sein de la mouvance. Ce n’est pas anodin. Il s’agit d’agir pour avoir le soutien franc et sans retour du Chef de l’Etat pour disposer de la confiance nécessaire pour mener à bien les actions salvatrices dont la ville a besoin pour jouer son rôle de vitrine du Bénin.

Les relations entre les deux parties sont dictées pourtant par une méfiance assise sur les plaies du passé, d’un passé même très récent. Des accords non respectés, des chiquenaudes qui se multiplient, des meetings de dénigrement, des protocoles secrets exposés dans la rue…le passé est douloureux. L’arrivée in extrémis de la RB au sein de la mouvance lui enlève même toute sincérité. Aujourd’hui, plus qu’hier, elle aura besoin de la main présidentielle pour continuer l’assainissement sans craindre de se faire harakiri au moment des choix décisifs.

Personne n’est dupe. Boni Yayi pourrait agir à rendre la RB suffisamment impopulaire pour 2013 afin d’y placer l’un de ceux qui attendent déjà depuis longtemps un retour d’ascenseur après les grandes batailles de cette année. Si l’action du parti des Soglo se détourne un peu seulement de la mouvance, il en aura les contrecoups électoraux, surtout avec le spectaculaire revirement opéré après les élections de cette année. Mais ce faisant, le parti se met dans un rôle très peu confortable et ne pourrait qu’être sujet à tous les chantages à l’approche de 2013.

Olivier ALLOCHEME

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