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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Son Excellence Marcel de Souza, Chef de la Délégation béninoise aux Assemblées Annuelles de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International:« L’agriculture sera le moteur de la croissance économique »


Les Assemblées Annuelles de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International se poursuivent à Washington. En marge des réunions, nous avons pu nous entretenir avec le chef de la Délégation béninoise, Son Excellence Monsieur Marcel de Souza, Ministre du Développement, de l’Analyse Economique et la Prospective, et Gouverneur de la Banque mondiale pour le Bénin. Les principaux points évoqués concernent les discussions avec la Banque, le portefeuille de la Banque mondiale au Bénin, et la qualité du partenariat Bénin-Banque mondiale.

 

Marcel de Souza, « L’emploi des jeunes est une bombe qui nous attend tous »

Les principales préoccupations évoquées par la Délégation béninoise auprès des autorités de la Banque mondiale

Marcel de Souza: Je voudrais d’abord rappeler que lors de sa rencontre avec la Directrice Générale de la Banque mondiale, Madame Ngozi, en Mai dernier, le Chef de l’Etat Boni Yayi avait exprimé un certain nombre de préoccupations. Ces Assemblées Annuelles de la Banque et du FMI nous ont permis de revenir sur ces points, et de voir l’état d’avancement de ces dossiers qui étaient très préoccupants pour nous.

 C’est ce sur quoi ont porté nos discussions avec la Vice-Présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Mme Obiagely Ezekwesili, et avec l’équipe de la Banque mondiale travaillant sur le Bénin, que nous avons rencontrées respectivement hier et aujourd’hui [21 et 22 septembre, 2011].

Le premier point a porté sur la santé et l’éducation. Le projet Fast-Track [Education pour tous] qui est de l’ordre de 60 milliards de francs CFA et qui a une durée d’exécution de 4 ans, a pour objectif d’améliorer l’enseignement maternel, l’enseignement primaire, et l’alphabétisation. Mais il y a un an, on était à un taux d’exécution d’à peine 15% pour ce projet qui doit prendre à fin Décembre 2011.

 Grâce aux efforts, ce projet connait des avancées remarquables et à une date récente, c’est-à-dire en Juillet 2011, nous sommes passés à un taux d’exécution de 81% ! Le projet a permis de construire environ 2 000 salles de classes, des salles pour l’alphabétisation, et il y a eu aussi la reconversion des enseignants, et leur formation.

 Nous sommes donc venus négocier pour que nous puissions bénéficier d’un autre projet de ce genre, étant donné que malgré les efforts, nous sommes encore au tiers de nos besoins pour ce qui concerne les salles de classe. Notre requête a été reçue favorablement.

Sur la santé, nous avons évoqué la préoccupation exprimée par le Chef de l’Etat sur la gratuité du traitement du paludisme. Evidemment, la Banque finance déjà un projet dans ce sens, mais nous avons obtenu que ce projet soit renforcé par un financement supplémentaire de 5 à 10 million de dollars.

Nous avons donc le soutien de la Banque mondiale pour pouvoir poursuivre ce projet. L’on sait que le paludisme tue encore plus que le sida, c’est une maladie qui sévit, et nous devons poursuivre la lutte.

Un autre point qui nous préoccupe au plus haut niveau, c’est la question de l’emploi, surtout l’emploi des jeunes. Vous savez très bien qu’il y a eu le printemps arabe ; et lorsque la case de votre voisin brûle, vous devez l’aider à l’éteindre, et si vous n’y arrivez pas, vous devez protéger votre case.

 L’emploi des jeunes est une bombe qui nous attend tous. Par conséquent, nous l’avons évoqué dans nos discussions avec la Banque mondiale, et nous allons avoir l’assistance pour concevoir un programme pour la promotion de l’emploi des jeunes, pour des emplois durables et décents. C’est ce que nous souhaitons pour ces jeunes. Dans ce cadre-là, deux experts de la Banque vont venir au Bénin la semaine prochaine pour faire l’état des lieux, et nous allons voir comment nous allons avancer. Mais pour nous, le principal moteur pour l’emploi, c’est l’agriculture.

Le gouvernement a choisi l’agriculture dans le plan de relance du secteur agricole comme le moteur de la croissance pour impulser notre économie et réduire la pauvreté.

Notre gouvernement travaille également sur les réformes dans le secteur des importations. Le guichet unique est un projet sur lequel nous travaillons avec l’appui des partenaires techniques depuis 11 ans, et qui maintenant a aboutit. Nous avons également un contrôle avant importation nouvelle génération, composé de scanners et de tracking pour que notre pays, qui est un pays de transit, puisse vraiment faire en sorte que les ressources puissent revenir à l’Etat, et pour que l’Etat puisse avoir des recettes pour réaliser son programme.

A titre illustratif, nous avons fait une petite enquête et nous avons vu qu’en 2010, les marchandises qui sont venues en direction du Bénin sont d’une valeur de 1 milliard de dollars, et que et les marchandises qui sont parties des pays exportateurs sont de 4 milliards de dollars. Est-ce que à mi-chemin à travers le bateau, il y a autant de perte ? C’est vrai, ce sont des valeurs consensuelles pour lesquelles il y a des valeurs estimées par la douane mais qui ne correspondent pas aux normes internationales.

C’est sur cette base-là, pour avoir une certaine idée et maintenir la concurrence surtout pour les importations et les exportations sur le Nigéria, que ce modèle a été trouvé. Mais les reformes nous permettent aussi de réduire en quelque sorte les faux frais, de diminuer la corruption au niveau du Port et surtout d’améliorer la productivité du Port. Ainsi, lorsque vous avez une importation, la marchandise a un manifeste transmis directement au Guichet Unique, et vous n’aurez qu’à payer à la banque et vos marchandises sortent. Mais ce projet rencontre de la résistance, et c’est normal qu’il y ait de la résistance.

 Tout changement entraine une résistance, mais le gouvernement trouve que cette reforme est irréversible, et nous tiendrons bon pour que à la fois les importateurs, les transitaires, et les douaniers puissent suivre cette reforme, afin que les recettes de l’Etat soient doublées. On pourra ainsi faire plus d’investissements, on pourra s’occuper plus de l’éducation, de la santé, et on pourra élargir l’accès à l’eau potable.

Ce sont-là des points qui nous sont chers et nous avons obtenu l’appui de l’équipe de la Banque mondiale, ce qui nous a rassurés. Je peux donc vous dire que nous partons satisfaits.

A propos du portefeuille actuel de la Banque mondiale au Bénin

C’est un portefeuille rajeuni qui comporte 27 projets. Nous avons connu quelques retards dans la ratification de certains projets (5 projets) par le Parlement. Mais étant donné qu’avec les élections législatives nous avons pu avoir une majorité confortable (63 députés sur 83), nous allons pouvoir avancer sur ces points. Les dispositions qui sont prises pour impulser la croissance vont pouvoir être mises en œuvre à travers des reformes idoines.

 Je pense donc que nous sommes sur le bon chemin. Le portefeuille a donc été rajeuni et nous avons prévu qu’en novembre prochain, nous allons passer en revue tout le portefeuille et voir quelles sont les dispositions à prendre pour que les taux d’absorption des crédits qui sont mis à notre disposition soient nettement améliorés. Il y va de l’intérêt de notre pays. Parfois c’est des dons que nous n’arrivons pas à absorber ; parfois c’est des prêts que nous n’arrivons pas à consommer.

Nous allons donc y réfléchir et voir quelles sont les dispositions à prendre pour recevoir rapidement les avis de non objection qui sont attendus, pour que les blocages au niveau des marchés publics soient levés, et que nous ne perdions rien de ce qui vient pour notre assistance.

La qualité du partenariat Bénin – Banque mondiale

C’est un partenariat excellent ! Nous avons un Représentant résident qui se montre dynamique et nous pensons que notre dossier qui est passé au Conseil d’Administration le 13 août dernier a été bien apprécié. Evidemment dans ce dossier il a été indiqué que le moment est venu pour accélérer la croissance et l’amener à un taux de 7,5%, ce qui nous permettra de réduire la pauvreté.

 Malheureusement, la conjoncture internationale qui pointe à l’horizon, c’est la morosité, et nous sommes presque certains qu’elle aura un impact significatif sur l’économie béninoise qui est une petite économie. Mais étant donné que nous prenons des dispositions pour anticiper, nous allons prendre des mesures pour y parer, en mettant l’accent sur l’agriculture, et en mettant l’accent sur les reformes au niveau du Port et des services de transit

. Nous pensons que ces deux moteurs pourront impulser la croissance et nous permettront de réduire la pauvreté par des actions prévisibles et significatives.

(Recueillis à Washington, le 22 septembre 2011 – Par Sylvie A. Nenonene, Banque mondiale)

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