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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:In memoriam


Rien qu’à voir les photos, on en coule des larmes. Et lorsque les chaînes de télévision font passer en boucle les tristes images des célébrations d’hier, le 11 septembre apparaît sous son jour le plus tragique. Dix ans après les attentats de New York, l’Amérique a exhibé au monde sa plaie, une plaie béante d’une décennie dont l’anniversaire n’a fait que raviver l’immense douleur des parents et amis, des survivants comme de toute la conscience humaine.

Non, ce ne sont pas seulement les Américains qui ont senti hier le déferlement des larmes, mais aussi une bonne partie du monde libre. Peur, rage, incompréhension, tristesse…peu de gens peuvent expliquer l’inhumaine fureur qui a poussé les terroristes du 11 septembre à perpétrer ces attentats qui ont inauguré le XXIè siècle sous le signe de la terreur.

Le monde qui sort de cette date tragique est un monde de violence et de terreur. Violence capillaire où des groupes minuscules peuvent frapper à Abuja à la représentation locale de l’ONU au Nigeria, à mille lieux de l’Afghanistan ou de l’Amérique. La multiplication de ces groupes terroristes accroit d’autant l’insécurité des Etats, de tous les Etats en vérité.

Les lieux de terreur, que ce soit au cœur du désert (le Sahara par exemple) ou en plein milieu d’une station balnéaire (le cas de Charm-El-cheikh en Egypte en juillet 2005) ne sont plus prévisibles. La menace peut frapper des symboles du pouvoir ou de l’occident comme elle peut toucher de simples passagers d’autobus ou des enfants sur le chemin de l’école. La violence est partout.

Violence aveugle ensuite, par sa capacité à frapper où elle veut, avec une puissance de feu qui dénote de la maîtrise technologique chez les terroristes. Autant les terroristes peuvent toucher le commandant Massoud en Afghanistan, autant ils peuvent faire des dizaines de morts dans le Sahel en frappant de façon aveugle et sans discriminer. Dans ce champ de terreur, même Dieu sert d’instrument au sang que l’on fait couler à profusion au nom de la foi.

Mais à la vérité, il est clair que les revendications des terroristes sont à rechercher dans la grande masse de celles des peuples opprimés qui entendent venger des siècles d’asservissement et d’infantilisation. Laissés à la marge du développement et même piétinés par les plus riches dans leur marche vers la prospérité, les fanatiques du Tiers-monde ne peuvent que voir dans les kamikazes une manière de règlement de comptes historiques afin de contraindre l’Occident à changer de cap. Dans l’espace françe-africain, ce ne sont pas les exemples qui manquent pour montrer comment les Etats ont été livrés en pâture à la meute de dirigeants sans foi ni loi.

Le dernier livre de Pierre Péan (La République des mallettes) est une illustration de cette idéologie du pillage et de la prédation qui a servi à drainer une bonne partie des ressources du continent en vue d’alimenter les caisses des partis politiques français ou de leurs candidats lors des joutes électorales. Cette vengeance qui avance sans visage se construit sur les amalgames faciles et la récupération obscène des frustrations des peuples dominés.

Et c’est pourquoi, l’on comprend difficilement le manque de débat sur le sujet à l’échelle nationale au Bénin. Entouré de deux pays touchés de plein fouet par le terrorisme (Niger et Nigeria), le Bénin fait la politique de l’autruche. Ce voisinage explosif pourrait s’aggraver pourtant avec la crise libyenne qui a mis en circulation des centaines de milliers d’armes légères et lourdes volatilisées dans la nature. Une bonne partie d’entre elles sont certainement tombées aux mains de groupuscules dangereux qui ne manqueront pas d’en user à leur gré. Qu’elles passent du Niger ou du Nigeria au Bénin ne relève donc que du simple ordre des choses.

La menace terroriste devenue globale n’épargne aucun pays. Si la première puissance du monde continue tous les jours de prévenir un autre 11 septembre, il est désormais crucial que les Etats comme le Bénin ne servent pas de champ de démonstration à des groupuscules fanatisés dont la force de nuisance s’amplifie au fil des frustrations accumulées. En mémoire de toutes ces victimes broyées, brûlées, exécutées, déchiquetées, handicapées ou traumatisées, l’humanité reconnaissante…

Olivier ALLOCHEME

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