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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La déchirure textile


L’Etat béninois subventionne le wax hollandais. Aussi scandaleux que cela puisse paraître, les facilités tarifaires offertes à ce tissu importé ne peuvent s’appréhender que sous la forme d’une subvention déguisée. Pour un conteneur de 20 pieds de tissu wax, les tarifs douaniers normaux prévoient qu’il soit dédouané à au moins quarante millions de FCFA.

Mais aujourd’hui, les importateurs paient en lieu et place 14 millions, c’est-à-dire environ le tiers du tarif réel. Ce mode de dédouanement pratiqué jusqu’ici ne s’applique pas seulement au wax. Il y a une kyrielle de produits importés qui, pour des raisons prétendument sociales, sont allègrement déversés sur le marché national.

Il en est ainsi du wax comme de tous les autres produits textiles qui viennent fragiliser davantage le maigre tissu industriel béninois. Sous le poids de puissantes lobbies qui ont pris des décennies pour étendre leurs tentacules dans les cercles de décision, l’Etat crée les conditions les plus alléchantes pour les produits textiles d’ailleurs, pendant que l’industrie locale est à vau-l’eau.

C’est le cas du Complexe textile du Bénin (COTEB) visité mercredi par le ministre de l’industrie et du commerce, Séphou Madina. Vétusté du matériel, personnel vieillissant, insuffisance de matière première, unité de production fonctionnant trois mois sur douze, arriérés salariaux qui s’accumulent, les problèmes du COTEB sont innombrables. Et sa capacité de production est en chute libre.

 Le coup de main de l’Etat qui a injecté des millions de francs CFA depuis quelques années pour sortir la société de l’ornière, se révèle aujourd’hui inopérant. Sans doute du fait de la mainmise du secteur public et de ses corollaires, le COTEB n’a pas un niveau de performance reflétant les attentes placées en lui, ni même les potentialités du marché national des textiles.

Idem pour la Sobetex, la Sitex, la CBT et toutes les autres unités industrielles logées à une enseigne douloureuse du fait d’une concurrence écrasante des produits importés. Inondant le marché national, ils empêchent l’Etat de mener une réelle politique de sauvetage de l’industrie textile national.

En important massivement du wax et les autres produits textiles, le Bénin tue l’initiative nationale dans le secteur. Il y a bien entendu l’initiative privée qui est porteuse de dynamisme et de richesse. Elle ne peut être encouragée lorsqu’en dehors des produits subventionnés grâce aux valeurs consensuelles de dédouanement, la contrefaçon vient en plus tuer les minces efforts nationaux dans le secteur.

Le marché est couvert de produits subventionnés et contrefaits, vendus à bas prix, coûtant souvent moins cher que les prix de revient de ce qui est fabriqué localement. Face aux mirages extérieurs, même factices, le Béninois moyen préfère toujours ce qui vient d’ailleurs, favorisé en cela par la complaisance des tarifs douaniers qui introduisent chaque jour sur le territoire national, des dizaines de tonnes de tissus mises en consommation.

 Mais il y a surtout l’initiative publique de sauvetage et de promotion du textile, qui s’est considérablement ramollie. Les industriels laissés à leur sort sont obligés de se rabattre sur des parts de marché infiniment plus réduits. Sur un marché aussi dérégulé, nul ne pourra s’étonner de voir fuir les investisseurs.

Et c’est ainsi que les Béninois s’habillent à plus de 97% avec des tissus venant d’ailleurs. A vrai dire, la tendance n’est pas prête de diminuer. Parce que les difficultés de la filière coton ont largement contribué à aggraver la situation. La chute régulière de la production est devenue un sujet majeur de préoccupation.

De nombreux égreneurs ont dû mettre la clé sous le paillasson, faute de matières premières suffisantes. Et les triturateurs (SHB, Fludor par exemple) sont dans la tourmente. Il leur faut trouver d’autres alternatives au coton pour ne pas fermer à leur tour. Et des sociétés qui fabriquent le tissu et ses dérivés comme le Coteb ont vu baisser d’année en année leurs capacités de production. Ne peut-on pas importer le coton d’ailleurs ?

 Oui, mais la politique commerciale actuellement menée tend à instaurer une certaine forme de protection en faveur des cotonculteurs nationaux. Les manufactures ne peuvent réellement s’en sortir dans un tel environnement qu’à force de sacrifices lourds. A quand donc demain ?

Olivier ALLOCHEME

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