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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Cinq années d’agriculture administrative


C’est dès l’avènement de son régime que Boni Yayi a senti la nécessité de mettre en place un plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA). Toutes les diligences ont été mises en œuvre pour que tous les acteurs apportent leurs contributions pour nourrir cet outil essentiel de promotion du secteur agricole du Bénin.

Cinq ans après, la semaine passée, les cadres de nos administrations se sont retrouvés pour son adoption définitive. Echec. Après séminaires sur séminaires, foras sur foras, après une multitude de missions à l’extérieur et des accords internationaux paraphés, le Bénin en est encore à se demander s’il lui faut s’engager dans la voie de l’agrobusiness ou s’il faut conserver mais moderniser les exploitations agricoles de type familial.

Oui, cinq ans durant, des querelles doctrinaires ont opposé les cadres du ministère du plan et du développement à ceux du ministère de l’agriculture appuyés du reste par les organisations paysannes, dont la tête de proue est Synergie Paysanne. Pour le ministère du développement, le Bénin doit passer à l’agrobusiness qui est aujourd’hui la voie obligée pour atteindre une production massive à même d’assurer l’autosuffisance et la sécurité alimentaires.

 Mais il y a également le défi de l’exportation qui reste entier, puisque ce sont les devises engrangées qui servent à renflouer les caisses de l’Etat. Les exportations agricoles font plus de la moitié des exportations béninoises. C’est dire que les cadres du ministère du développement n’ont pas tout à fait tort de chercher à imiter ce qui se passe de bien au Nigeria, en Afrique du Sud ou en Côte-d’Ivoire. Dans ces pays en effet, la production agricole massive est réalisée grâce à de grands groupes agroindustriels qui investissent d’importants capitaux sur de vastes superficies dotées d’une production intégrée. Ces espaces réalisent une parfaite symbiose entre l’industrie et la production agricole.

Pour les organisations paysannes par contre, ce système agricole est inadapté. Les exploitations agricoles de type familial qui nourrissent les villages depuis des siècles sont des vecteurs d’équilibre de l’espace national. Si donc les paysans vendent leurs terres à de grands groupes agropastoraux, ils iront grossir le lot des délinquants qui sèment la terreur dans les centres urbains.

Une seule exploitation nourrit des dizaines de bouches au sein de la concession familiale, sans compter qu’elle contribue à la rétention des jeunes dans les campagnes. Même si la production n’est pas massive, elle comporte une variante sociale non négligeable. La gestion des flux démographiques ne peut être efficace si une horde de gens dépossédés de leurs terres se retrouvent à la rue avec leurs familles en quête de pitance.

En Malaisie, en Thaïlande, au Brésil, au Kenya des centaines de milliers de personnes abandonnant les villages, sont à la périphérie des grandes villes. Sources d’insécurité, ils constituent également des éléments de déstabilisation des Etats parce que ce sont des poches de petits boulots qui aggravent les difficultés de gestion de l’espace urbain. C’est le cas au Bénin avec le phénomène des zémidjans.

Mais le ministère de l’agriculture a tôt fait d’adopter la positon des organisations paysannes. La CEDEAO aussi a choisi de s’engager dans l’agrobusiness tout en optant pour la modernisation des exploitations agricoles familiales comme un passage obligé servant à éviter la catastrophe issue des expériences faites ailleurs.

Le fait est que jusqu’ici, tous les acteurs raisonnent sur des schémas virtuels sans que jamais l’Etat n’ait pu se doter d’une étude spécifique sur la question. Il n’existe aucune étude sur l’agrobusiness au Bénin alors que le PSRSA vient de faire cinq ans dans les tiroirs des ministères. Au bout de ce carrousel, lors du séminaire de la semaine dernière, les différents acteurs ont décidé de mettre en place une (énième) commission ad’hoc pour réfléchir sur la question.

Pendant ce temps, la spéculation foncière fait rage. Les terres coûtent de plus en plus cher, ce qui éloigne d’autant plus les perspectives d’investissements agricoles conséquents. Actuellement, seule la société Agrisatch du groupe CDPA a pu s’installer. Toutes les autres expériences ont tourné court. Pire encore, avec le projet de sécurisation foncière du MCA, les parcelles dites sécurisées sont définitivement aux mains de propriétaires qui ne les exploitent pas mais entendent les revendre cher à d’éventuels repreneurs qui ne viendront sans doute jamais. A ce train, la révolution verte est promise à des jours sombres.

Olivier ALLOCHEME

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