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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:Opération mains propres


a gouvernance des entreprises publiques est en passe de changer. C’est du moins ce que l’on pourrait déjà conclure après la séance tenue hier entre le Chef de l’Etat et les treize auditeurs internes nommés au terme du Conseil des ministres du 09 juillet dernier. Le ton de son discours hier était celui de la fermeté, de la raison, de la performance. On retrouve en un mot un langage d’entreprise, débarrassé du verlan politique qu’il a porté ces cinq dernières années.

Pendant longtemps, ce fut le règne du double langage, art qui veut à la fois des performances réelles mais instaure une gouvernance empreinte d’ambitions électorales. C’est cette contradiction béante qui a favorisé les prévarications en tout genre qui se sont développées au sommet des entreprises publiques.

Au terme des audits diligentés dans ces unités de production, l’Inspection Générale d’Etat a pu relever la défaillance généralisée des organes de gouvernance, « l’irrationalité dans la gestion administrative, comptable, financière et matérielle ». Ces constats généraux ont été renchéris hier encore par l’Inspecteur Général lui-même qui a parlé de méconnaissance totale des règles élémentaires de la gestion par les directeurs généraux de ces entreprises. Et j’avais pu faire remarquer qu’une bonne partie d’entre eux sont des politiques qui ont gagné leurs galons de DG à la force de leurs activismes électoralistes.

ais le nouveau vent qui souffle sur les entreprises publiques était attendu par beaucoup. A la suite des scandales successifs qui ont éclaboussé les plus importantes d’entre elles, il était devenu impossible de conserver la gouvernance actuelle, au risque de les conduire à l’abattoir. Le cas le plus fameux en fut la SBEE qui est en train de conclure une décennie de scandales.

Rien ne semble pouvoir arrêter ce vent funeste qui oblige l’Etat à y engloutir chaque année des milliards et des milliards pour offrir aux citoyens l’électricité. Chaque nouveau DG s’empresse d’empocher quelques milliards et s’en va se mettre à l’ombre pour consommer les fruits de ses forfaitures. Malgré l’existence des directions de contrôle et d’audit interne, les sociétés ploient sous le poids de la mauvaise gouvernance. Que font-elles alors, ces directions ?

Une expérience récente m’a permis de constater dans une grande société publique de la place qu’elles fonctionnent dans la plus extraordinaire des passivités. Les trois ou quatre agents viennent à l’heure matin et soir. Et matin et soir, ils restent assis à suivre la radio, à lire les journaux et à faire de doctes commentaires dans le petit réduit qui leur sert de bureau.

Chacun s’ennuie ferme des mois durant, en n’oubliant jamais de prendre son salaire. Il me sera répondu à l’époque que tout contrôle de gestion voire même tout audit est perçu dans la société comme un acte de malveillance, une menace potentielle. Pendant ce temps, les problèmes administratifs et financiers s’accumulent, sans parler de la gestion tout court qui repose sur un leadership bouffon et médiocre. Aucune entreprise ne peut prospérer dans cette atmosphère fétide.

l s’agit désormais de mettre fin à ce carrousel en faisant un contrôle parallèle, permanent et périodique sur toute la chaîne de production. Même si les anciens contrôleurs de gestion peuvent continuer encore leurs activités, il est clair désormais que celles-ci se feront sous l’encadrement d’un nouvel esprit d’efficacité et de performance.

Curieusement, pendant que l’on pourrait s’enorgueillir de cette atmosphère d’entreprise à peine naissante, il ne faut pas perdre de vue la promotion des amis politiques du Chef de l’Etat à la tête des sociétés publiques.

Soumanou Toléba à la Sobémap et Joseph Ahanhanzo au Port, voilà qui pourrait démentir toutes les rumeurs…Les signaux lancés sont contradictoires. Mais la question de fond subsiste : les entreprises publiques ne sont-elles pas des officines de promotion des hommes politiques ?

Après en avoir usé à sa guise durant son premier mandat, Boni Yayi s’est jeté dans la bataille de la propreté avec la foi du néophyte. Mais tous ceux qui s’intéressent à l’opérationnalisation des contrôles de gestion dans nos entreprises publiques, peuvent au moins souffler un ouf de soulagement.

Les auditeurs viennent de l’Inspection générale d’Etat et n’ont de compte à rendre qu’à l’inspecteur général. Là du moins, ils pourraient bénéficier d’une attention particulière et avoir du crédit devant leurs DG.

 

Olivier ALLOCHEME

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