.
.

Le triomphe de la vérité

.

Portrait:Claude Balogoun, quand l’art est source de destin


Claude Balogoun a traversé monts et vallées pour être aujourd’hui une référence en matière de production culturelle et artistique au Bénin et en Afrique. Flash-back sur le parcours d’un passionné du beau.

Claude BALOGOUN

Mercredi 13 juillet, il est 11h03 mn. L’agence Gangan Production située à Mènontin (Cotonou), me reçoit dans l’ambiance des jours ordinaires. Son fondateur, Claude Balogoun, taille moyenne, robuste, le regard franc et amical est dans ses beaux jours. Mais pour en arriver là, il a fallu souffler le chaud et le froid. Né le 20 septembre 1967 à Allada, une commune du département de l’Atlantique au Bénin, Claude Balogoun s’est très tôt forgé un destin d’acteur majeur du 7ème art.

 Encore adolescent dans son petit village natal, le jeune Claude avait la passion de l’image. A l’époque, avoir un poste téléviseur était bien une affaire de privilégié. Pour suivre la télévision, il fallait parcourir des kilomètres. A 9 ans, il sera inscrit à l’école primaire publique de Hinvi-Dovo, le village de sa mère d’où il sortira nanti de son premier diplôme, le Certificat d’études primaires (Cep). Passionné des activités sportives et culturelles, le petit Claude se faisait toujours remarquer par ses talents d’animateur.

 Désormais son Cep en poche, Claude Balogoun entame ses études secondaires au Ceg Houègbo, situé à 35 kilomètres de son village maternel. Spectacles et compétitions sportives rythmeront désormais sa vie scolaire. Il accumule alors les distinctions : meilleur coureur d’endurance de son collège et du département de l’Atlantique, meilleur sauteur en hauteur, bon gardien de but… On le remarquera également dans les représentations théâtrales et spectacles de chorégraphie à l’occasion des activités culturelles organisées aussi bien dans son établissement que dans son quartier.

Face aux péripéties de la vie

Mais c’est aussi le moment où les amères expériences de la vie commencent. Les affaires de sa maman, Elisabeth Mondéhou Houadjèto, commencent à enregistrer quelques bouleversements. Unique soutien du jeune garçon, elle a versé ses économies dans les ennuis de santé de son fils aîné, le grand-frère de Claude. Définitivement, le jeune Claude prend conscience de ce que la vie est réellement un combat. Claude Balogoun entame alors une véritable lutte pour sa survie et son devenir.

Il lui faudra désormais commencer à entreprendre. Ainsi, il se lance dans les petits boulots pour survivre : vente de fagots de bois par-ci, commerce de fruits par-là, il sera comme la plupart des jeunes de son village qui font des pieds et des mains pour payer leur scolarité. Maçon, ouvrier agricole, aide-meunier, ce sont d’autres jobs qui lui permettent de s’acheter quelques fournitures scolaires et joindre les deux bouts. A la force du poignet il se forge donc un destin d’homme mûr, « un véritable homme ».

Mais aux yeux des amis, il faudra encore le démontrer. Et le démontrer passe nécessairement par l’initiation à certains clubs culturels du village. Fier du nouveau Claude qu’il est devenu, l’homme n’hésitera pas à se faire initier dans ces différents clubs, après quoi il participera au même titre que les jeunes matures du village à toutes les réunions secrètes réservées aux seuls initiés. Ce fut un ancrage culturel auquel aucun jeune digne du nom ne devrait déroger.

 Tout compte fait, il n’oubliera jamais les cours à l’école. Il décroche son Brevet d’Etude du premier cycle (BEPC) et quitte Houègbo, le collège ne disposant pas d’un second cycle. Direction Cotonou, la capitale économique qu’il rejoint juché derrière le vélo de son père qui tenait à ce que son garçon continue l’école, malgré les conditions difficiles. Par bonheur, le voilà inscrit au collège Notre Dame des Apôtres. Accro aux Mathématiques et aux Physiques, il ne manque pas de talent non plus en Lettres.

Là encore, dérangé par le virus de l’art qui l’a infecté depuis son adolescence, Claude s’inscrit dans la troupe de théâtre de son nouvel établissement. Mais ici, les choses sont autrement plus sérieuses. Il faudra jouer de véritables pièces dramatiques qui demandent un certain talent. Au bout de maints efforts, il parviendra à convaincre tout le collège de ses ressources artistiques.

Un destin d’artiste professionnel

Le jeune élève intègre une célèbre troupe de théâtre de l’époque. Il s’agit de la troupe « Les Muses du Bénin ». Tous les samedis pratiquement, il suit des séances de répétition avec les comédiens de cette troupe. Malgré ces multiples activités extrascolaires, l’artiste déjà naissant empoche son Baccalauréat. Il s’inscrit à la fois en Géographie et en Sciences juridiques à l’Université Nationale du Bénin aujourd’hui Université d’Abomey-Calavi.

 Deux ans après, l’art prendra le dessus sur les études et Claude ne pourra rien y faire. Il s’abandonne alors à son sort et sera plus que jamais déterminé à se forger une véritable carrière artistique. Après quelques stages en art dramatique à Cotonou, Ouagadougou, Bamako, et en France ainsi que quelques créations assurées avec des comédiens de renommée internationale, il fait un passage remarqué dans la célèbre compagnie Yêkê-Yêkê. Avec quelques amis, il tente une expérience : créer une troupe bien à eux.

Il s’agit du « théâtre Wassangari » spécialisé tout de suite dans les contes africains. Il en fut d’ailleurs le metteur en scène pendant une bonne dizaine d’années. Son nom est désormais connu dans la sphère artistique et culturelle nationale. C’est ainsi que naît sous sa houlette un creuset de discussion et de critique de spectacle au Centre culturel français de Cotonou. Dénommé « Le Cercle » , le groupe fera mouche.

 Claude Balogoun récupère également la compagnie Tohouinnnou spécialisée dans la comédie et la satyre sociopolitique. Alfred Fadonougbo, Sophie Mètinhoué, Osséni Souberou, Kate Aguégué, Joël Lokossou et d’autres, aujourd’hui artistes confirmés, passeront par cette compagnie où certains faisaient leurs premières armes.

Un saut regrettable à la télévision

Dans le milieu culturel et artistique, le nom du jeune artiste commence à devenir un label de qualité. Courtisé de part en part, Claude Balogoun entre à LC2, première chaîne de télévision privée en Afrique noire francophone. Recruté comme créatif, c’est-à-dire concepteurs d’émissions, il officie avec sa consœur de planche de la troupe Wassangari, Florisse Adjanonhoun. Les premières émissions de LC2 sortent de son génie créateur.

Il réalisera également pour le compte de la chaîne, plusieurs documentaires, concerts et émissions dont « Ça pas bon », « Mégaphonie », « Stars en herbe », « Ilé Oloyin » et « Biso na biso » qui faisaient le plein d’audimat à l’époque. Plusieurs hommes des médias passent alors par son moule, notamment ceux de Golfe télévision et LC2. Plusieurs réalisateurs nationaux comme étrangers vont le solliciter pour son expertise.

 N’diaye Adéchoubou, Idrissou Mora Kpaï, François Sourou Okioh, Ignace Yétchénou, Assogba Bonaventure du Bénin, Jean-Marie Téno du Cameroun, Baloufou Bakanida et Monique Phoba du Congo sont façonnés par son école de rigueur et de travail bien fait, mais aussi de passion. En dépit de ses compétences et de ses talents enviés de tous, Claude Balogoun part de LC2, licencié sans raison valable. De cette parenthèse de sa vie, l’artiste garde encore un souvenir amer: « Toutes ces reconnaissances internationales, au lieu de me promouvoir dans mon cadre de travail m’y avaient complètement détruit.

Des coups bas, de la jalousie, des incompréhensions au sommet de la structure avaient eu raison de moi. J’avais été licencié sans raison et sans appel malgré mes compétences avec pour récompense, une prime de licenciement de 532.000 Francs », révèle-t-il.

La course à la qualification

Après avoir participé avec succès au tournage d’un téléfilm en Fon sur le Sida pour le compte de la soutenance du Docteur Narcisse De Médeiros aux côtés de comédiens réputés comme feu Théodore Béhanzin, Marcel Orou Fico, et sous la respectable supervision du Doyen Albert Kinhouandé, il noue une véritable amitié avec le réalisateur du film, Pascal Dégboé. Celui-ci, fier de sa passion pour l’image, l’invitera à plusieurs reprises à l’assister en Montage dans les locaux de la télévision nationale.

 « Ces quelques séances de stages informels renforceront ma passion pour l’image et le son », affirme-t-il. Déjà comédien, conteur, metteur en scène confirmé, l’artiste se met à expérimenter le milieu de la télévision nationale où il participera à la réalisation de plusieurs spots et sketchs. Il travaille alors avec les réalisateurs de l’ORTB tels que son ami Pascal Dégboé, Bonaventure Assogba, feu Romain Assongba, alias Aziza. Toujours insatisfait de ses talents, l’homme décide de rompre avec les stages informels.

 Il se lance alors dans une série de stages de perfectionnement avec des institutions formelles. Ainsi, Claude Balogoun s’inscrit à l’Institut national de l’audiovisuel (INA) en France puis à l’ORT à Postdam en Allemagne. Il se fera former également à Bouaké et Abidjan en Côte-d’Ivoire, à Bamako au Mali et à Ouagadougou au Burkina-Faso. Désormais nanti de ce capital d’expériences enrichissantes, il signe avec l’agence de presse « Proximités » un contrat qui lui permettra de réaliser une bonne quinzaine d’épisodes de la célèbre série panafricaine « Taxi-Brousse ».

Il collaborera également en tant que fixeur et assistant avec plusieurs télévisions étrangères telles que France 3, la télévision canadienne et ARTE, la chaîne franco-allemande. 2002 marque un tournant dans la vie de ce jeune baroudeur. Une fois le professionnalisme et l’expertise enfin acquis, il décide de créer sa propre agence. Ce sera Gangan-Production mis en place en 2002. Il s’agit d’une véritable entreprise de communication et de production audiovisuelle dans laquelle s’exprime aujourd’hui le talent de jeunes professionnels. Ils ont d’ailleurs réussi à faire de l’entreprise une véritable industrie artistique en pleine ascension.

 Selon les dernières estimations, Gangan productions a à ce jour à son compteur, la réalisation d’une vingtaine de films populaires long métrage, plus de 75 téléfilms court métrage, plus de 200 documentaires, plus de 200 clips vidéos, une centaine de concerts live et plus de 500 spots publicitaires. Une bonne moisson qui force l’admiration et traduit en même temps le professionnalisme de ses cadreurs, réalisateurs, acteurs et autres graphistes.

Mais Claude Balogoun n’est pas encore satisfait, il en veut plus. Il s’inscrit en MPO (Management des projets et organisations) pour l’obtention d’un Master. Investi dans le domaine de la culture, il s’inscrit également en licence Professionnelle CMPC (Conception et Mise en œuvre de projets culturels), un cursus à distance organisé par l’Ecole du patrimoine africain (EPA) et l’Université de Provence (Aix-Marseille I). En reconnaissance pour ses talents, il a été élu par ses pairs artistes et siège actuellement au Conseil économique et social (CES) du Bénin. Il a été décoré Chevalier dans l’Ordre national du mérite.

Un amoureux prudent !

Marié et père d’une fille, Claude Balogoun a fait la rencontre de l’élue de son cœur dans son environnement immédiat. Rassurez-vous, elle n’est pas artiste comme lui. En matière d’amour, l’homme se montre plutôt prudent. La preuve, il a défié les habitudes en s’offrant une épouse qui n’est pas du tout de son monde. Et c’est une option qu’il justifie avec aisance.

 « Il vaut mieux ne pas mélanger l’amour et le métier. J’ai préféré prendre une femme qui n’appartient pas à mon monde ». Aimant le calme absolu surtout lorsqu’il se lance dans des conceptions de projets, il a absolument horreur du mensonge. Il n’a d’ailleurs pas sa langue dans la poche. Furieux, il est capable de vous dire ses quatre vérités si vous lui mentez. Pour mériter de lui des appréciations, soyez tout simplement passionné comme lui dans ce que vous faites. Car pour lui, seul le travail bien fait mérite récompense.

Donatien GBAGUIDI

Reviews

  • Total Score 0%



2 thoughts on “Portrait:Claude Balogoun, quand l’art est source de destin

  1. claude n'koue

    votre succès dans le domaine du cinéma me fascine beaucoup. Mais j’ai une question: pourquoi le benin ne dispose pas de série qui marquerais le monde cinématographique ou pourquoi les devancier tel vous ne pourrais aider des jeunes scénariste tel nous a natitingou .je suis au 64 92 56 54

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

You cannot copy content of this page