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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Un semblant de négociation


Olivier ALLOCHEME, Editorialiste-Secrétaire de Rédaction

A quoi serviront les négociations gouvernement-syndicats portant sur les 25% d’augmentation ? Il faut être visionnaire pour croire en leur réussite. Après la décision de la Cour Constitutionnelle à propos des 25% d’augmentation salariale, et gouvernement et syndicats ont le dos au mur. Du côté des syndicalistes, la décision de la haute juridiction est venue mettre fin aux illusions.

Décidés à arracher les 25% qu’ils considèrent comme acquis, les agents du ministère des finances vont (re)déterrer la hache de guerre et agiter quelques chiffons rouges : affaire Dangnivo, les gros salaires politiques, les coûts des voyages du Chef de l’Etat, Cen-Sad… ils menacent de tout dire. A moins que la situation ne change donc, ils nous promettent des déballages tonitruants. Mais en fait, peu de travailleurs même au sein de ce ministère croient encore que l’Etat pourra donner intégralement les 25% d’augmentation à toute la fonction publique.

Le forcing qu’ils opèrent depuis le début de la semaine en reconduisant les grèves au possible, ne constituent en définitive que des manœuvres de pression psychologique sur le gouvernement. Pression cruelle s’il en est, d’autant qu’au même moment les négociations sont censées se poursuivre. Voilà donc le gouvernement obligé de négocier le couteau à la gorge, obligé de céder les 25%, qu’il le veuille ou non.

Quant aux centrales syndicales, elles sont prises au piège de leurs discussions antérieures avec le premier ministre. Ne sont-ce pas elles-mêmes qui ont reconnu dans les négociations antérieures que la généralisation automatique des 25% à toute la fonction publique relevait de l’impossible ? En optant pour une augmentation progressive, elles admettaient (implicitement du moins) qu’il était indiscutablement impossible d’envisager une telle perspective.

Ce qui apparaissait aux yeux de tous comme suicidaire il y a seulement deux mois ne peut devenir subitement exigible. Il y a une incohérence qui ne peut ici trouver de place en matière de finances publiques. Pascal Todjinou, Gaston Azoua et les autres ont fini par se retrouver dans un inextricable cul-de-sac. Ici précisément, leur crédibilité auprès des travailleurs est mise à rude épreuve.

Même en convoquant une grève générale illimitée, il est impossible d’obtenir du gouvernement une mesure que la Cour s’empresserait de déclarer anticonstitutionnelle parce que non conforme aux accords internationaux souscrits par le Bénin en matière de sauvegarde des grands équilibres macroéconomique. Il s’agit en l’occurrence des fameux 35% qui sont un seuil désormais sanctifié par les sages de la Cour. D’où la quadrature du cercle.

Du côté du gouvernement, l’embarras est tout aussi insondable. Accorder les 25% maintenant, revient à signer son propre arrêt de mort à travers la mise en berne de l’aide des PTF au Bénin. Non, Boni Yayi et Pascal Irénée Koupaki ne tolèreront jamais d’être ceux par qui le malheur arrivera. Car les menaces des partenaires techniques et financiers ont été claires.

Même alors, la baisse drastique des recettes fiscales suite aux derniers débrayages au ministère des finances, les contraint à ne pas obtempérer : l’avenir est bien sombre et ne garantit rien. Dans ces conditions, les négociations ne peuvent guère prospérer. Elles évoluent comme dans un bal masqué où chacun fait le clown. Le résultat est clair, la farce peut durer le temps que chacun voudra mais elle n’aboutira à rien.

Concrètement, pour le moment, l’immobilisme dans les négociations est le signe du blocage. Non pas parce que le premier ministre ou les leaders syndicaux le veulent mais parce que chacun des acteurs est pris à la gorge par l’immensité des risques qu’induirait toute augmentation salariale par les temps difficiles que nous traversons, surtout lorsqu’elle est envisagée à une hauteur qui effraie tous les observateurs.

Pourquoi alors négocier ? Apparemment, les « négociations » actuelles ne peuvent que déboucher sur des concessions à minima, loin des attentes des syndicats. Mais les agents du ministère des finances accepteront-ils de passer de 25% d’augmentation à moins de 10% par exemple ? Accepteront-ils de perdre la face après avoir défié le gouvernement et conspué le chef de l’Etat jusqu’à un niveau rarement vu ? Telle est la question.

Olivier ALLOCHEME

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