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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Togbé Cyriaque Agonkpahoun, spécialiste en aménagement du territoire et développement régional, sur la politique de la ville au Bénin:« Je suggère que la politique de la ville soit une priorité pour Boni Yayi »


Les villes du Bénin à l’instar des grandes agglomérations sont l’objet d’indices d’inégalités qui menacent leur cohésion. Par absence d’une politique de la ville ou par méconnaissance de ces avantages, les autorités ne réagissent pas comme cela se doit. Ce qui engendre d’énormes difficultés. Dans cet entretien, Togbé Cyriaque Agonkpahoun, Consultant en Montage d’Opération en aménagement, urbanisme et immobilier (MOAUI), fait le diagnostic de nos villes. Il incite à adopter une politique de ville pour le développement de nos localités et l’égalité des chances.

Togbé Cyriaque Agonkpahoun, spécialiste en aménagement du territoire et développement régional, sur la politique de la ville au Bénin

L’Evénement Précis

: Vous jugez que le développement socio-économique du Bénin exige des pouvoirs publics, une politique de la ville. Est-ce que nos réalités, je veux dire les réalités béninoises, surtout les statuts de nos localités permettent d’adopter une politique de la ville comme cela se fait ailleurs ?

Togbé Cyriaque:  Qu’est-ce que vous entendez par réalité ? Pour moi, une réalité c’est les hommes, le milieu et les habitudes. Il faut noter que nous vivons dans le même milieu à part que certains ont pu se prendre au sérieux et leur milieu est en avance sur le nôtre. Les habitudes, c’est une question d’éducation. Si on nous éduque à nous prendre autrement au sérieux, on peut importer des réalités d’ailleurs et les adapter à notre contexte d’ici. Donc, faire de la politique de la ville est bien possible chez nous au Bénin et c’est ce qu’il faut d’ailleurs pour nos localités. Tout part d’une situation de crise de la ville. Pensez-vous qu’il n’y a pas de crise de la ville dans notre pays, il y en a beaucoup.

Donnez quelques exemples

Le chômage des jeunes, la délinquance sont des exemples qui peuvent créer une crise de la ville. A part que nos revendications dans nos pays en voie de développement, nous les déplaçons, nous ne savons pas souvent quoi revendiquer et comment revendiquer sinon il y a plusieurs indicateurs qui peuvent être source de crise et pouvant donc amener les pouvoirs publics, les autorités du pays à passer par une réelle politique de la ville pour éradiquer un certain nombre de choses surtout la question de la délinquance. Dans toute localité où il a des indicateurs pouvant faire appel à la politique de la ville, elle peut être adoptée.

Si je comprends bien, le sous bassement de la politique de ville, c’est de réparer les inégalités sociales. Afin de mettre en place au niveau de la ville une certaine solidarité ?

La politique de la ville part tout d’abord d’un constat. Le constat majeur est la crise de la ville c’est-à-dire ce que l’on voit, ce que l’on sent et ce que l’on ne voit pas. La politique de la ville prend globalement en compte cinq volets. Il y a l’habitat, la sécurité, la santé, l’éducation et formation/emploi des jeunes.

Appliquer donc une politique de la ville au Bénin, pour vous, c’est créer ce cadre de solidarité urbaine pour réduire ces inégalités qui se remarquent à travers les problèmes de chômage, de sécurité, etc…

Absolument. La politique de la ville est simplement l’ensemble des solutions trouvées pour résoudre un temps soit peu les crises ou éradiquer carrément ces maux qui minent nos localités et touchent certaines couches dont j’avais parlées. Lorsque ces questions sont réglées, il y a une solidarité pas nationale, mais au niveau local. Maintenant on peut passer par la politique de la ville pour corriger un certain nombre d’inégalités entre certaines régions. Les problèmes dont souffre Cotonou, en dehors du nombre d’habitants qui change et le milieu qui a aussi subi un certain nombre de transformations, la pauvre localité de Matéri a les mêmes problèmes.

La politique de la ville ne concerne donc pas que les grandes villes comme Cotonou, Porto-Novo, Parakou, etc. C’est pratiquement toutes les localités qui doivent être concernées ?

C’est effectivement cela. C’est un peu de l’aménagement du territoire, mais à une échelle plus serrée d’une ville ou d’un quartier. Partout où vous avez des quartiers de ville, des villages, une politique de ville peut être facilement déployée.

Vous évoquiez tout à l’heure question de la sécurité. Je ne comprends pas ce que la sécurité peut venir chercher ici. Pour moi, c’est le rôle de la police. Il suffit que l’Etat donne les ressources humaines et financières à la police et elle fait son travail. C’est la répression pour venir à bout des délinquants.

Cela dépend. Moi en tant que spécialiste des questions liées à la politique de ville, je vais aborder l’aspect sécurité sous un autre angle. Pour réellement combattre l’insécurité, il faut d’abord faire un diagnostic et savoir ce qui crée l’insécurité. Ce n’est rien d’autre que la délinquance juvénile.

 Et qu’est ce qui est à la base de la délinquance juvénile. Quand les jeunes sont désœuvrés, ils s’adonnent à d’autres activités. Pour moi la meilleure solution pour combattre la délinquance et régler la question de la sécurité, c’est de former les jeunes. Quand les jeunes ont une formation, il faut les occuper. Lorsqu’ils ont une formation qui n’est pas adaptée aux besoins du moment, il faut trouver les moyens de les réinsérer. Palier la question de la délinquance juvénile et donc de l’insécurité, c’est chercher à faire un petit inventaire au niveau des jeunes.

 Combien sont-ils ? Combien ont une formation et combien n’ont aucune formation ? Parmi ceux qui sont formés, combien ont une formation en inadéquation avec les exigences du moment ? Il faut les classer. Quand on a tous ces facteurs, cela permet d’une part de savoir ce qu’il faut faire du point de vue formation et d’autre part d’avoir une idée de ceux qu’il faut réinsérer ou les occuper.

Ce qui veut dire qu’on peut exploiter les statistiques de l’Insae pour pouvoir agir ?

Je ne crois pas que l’Insae dispose de ces statistiques. Même si il en disposait, quand nous voulons mettre en œuvre une politique de ville, il faut penser en amont à un diagnostic c’est-à-dire recenser tous ceux qui sont sur le territoire et connaître leurs besoins tout en situant ce territoire par rapport à ces ambitions et aux moyens de les réaliser et tenir compte des acteurs. Cette démarche rentre dans le cadre du diagnostic territorial. C’est pouvoir partir d’un problème, trouver des solutions et être sûr de les appliquer.

La question de politique de la ville intègre également le volet logement et vous en avez parlé tout à l’heure

Le logement n’est qu’un volet de la politique de la ville. Dans ce volet, c’est de la question de l’habitat qu’il est question. On peut lutter contre les habitats insalubres qu’on appelle aussi habitats indignes. Je veux parler de ce que nous appelons communément bidonville. Dans une politique de la ville axé sur le logement, on peut développer le concept ‘’ville sans bidonville’’.

Pour faciliter ce concept, vous avez pensé à une solution d’aide de l’Etat sur le foncier et une prise en charge de 30% des coûts des constructions…

Si l’Etat veut développer ce volet habitat de la politique de la ville, il faut qu’il prenne des dispositions incitatives. C’est vrai que l’Etat doit aussi réprimer, mais du fait qu’on parle de solidarité, il faut veiller au grain pour éviter des émeutes. C’est pour cela que l’Etat doit penser d’abord à développer des mesures incitatives. Ce n’est qu’après cela que la répression intervient pour réguler. L’incitation dont je parlais peut passer par la contribution de l’Etat.

En exemple, vous vivez dans un habitat qui est indigne pour notre ville et ne vous garantit pas votre sécurité et votre bien être. Cela sort de notre politique de meilleur logement pour tous. Vous savez, ce n’est pas parce qu’on est pauvre, qu’on ne peut pas vivre dans un logement décent. C’est la quête de cette décence qui amène l’Etat à ces mesures incitatives qui peuvent consister à accorder jusqu’à 30% d’aide au logement. Je ne sais pas si l’occasion ici permet de tout développer. Cette contribution peut viser à travailler sur la façade, régler les questions d’électricité et d’eau.

Ce qui est essentiel dans ce cas est d’insister sur les parties sensibles pouvant permettre au logement de quitter l’étape indigne pour un minimum de commodité. A ce niveau, il y a plusieurs polices que l’Etat met à disposition. Des fois, le propriétaire peut ne rien apporter comme contribution. Pour faire de la politique de la ville, et surtout traiter la question logement il faut travailler avec les organes de sécurité sociale.

Avec tout ce que vous avez dit comme action à mener dans le cadre de la sécurité de la ville, il faut beaucoup investir. Mais paradoxalement vous trouvez qu’on n’a pas besoin du milliard pour que les gens soient à l’aise dans un quartier. C’est contradictoire !

La politique de la ville, c’est d’abord un projet, c’est des acteurs et aussi des crédits pour ne pas dire le financement. Si nous disposons d’une loi d’orientation de la ville, nous devons chercher les moyens pour la mettre en œuvre. Je crois que l’Etat peut partir d’abord du budget national et y insérer une ligne d’intervention pour mener de la politique de la ville. Selon la stratégie de l’Unité de gestion mise en place, elle a la possibilité de chercher des moyens complémentaires pour financer cette politique de la ville.

Il y a Onu Habitat par exemple qui contribue à ces besoins. La politique de ville du point de vue logement doit se faire dans une logique de proximité des services publics de base. Vous déplorez que ce ne soit pas souvent le cas et que dans certains quartier les gens soient obligés de parcourir des kilomètres pour payer leur factures d’électricité ou d’eau par exemple, aller se soigner, l’école ou même pour se référer à un commissariat de police…

L’Etat central a le devoir de rapprocher ses services publics de la population. Il doit veiller à ce que ce soit la même chose pour les entreprises publiques qui participent au bien être des populations. Si les gens doivent prendre du Zémidjan pour aller payer leurs factures, nous ne faisons alors rien pour combattre la pauvreté.

Combattre la pauvreté, c’est aussi rapprocher ces services. Je vais au centre de santé et il faut que je dépense beaucoup avant d’y aller, c’est une fuite de responsabilité de la part de l’Etat central. Dans la politique de la ville, on peut régler aussi cela. Il y a un service minimum de base que l’Etat doit pouvoir mettre à disposition et il suffit de manipuler la politique de la ville pour régler.

Dans une zone à forte concentration comme Godomey-Togoudo-Womey dans la banlieue de Cotonou où avec plus de 40 mille habitants, il n’y avait pas un seul commissariat de police. C’est très récemment qu’il y a eu un poste avancé de police. Vous appréciez alors cette initiative en matière de politique de la ville?

Je félicite d’abord l’Etat central pour cette démarche. C’est un très bien. Mais je crois sincèrement qu’il urge que l’Etat crée dans cette localité de Togoudo-Womey, une zone de revitalisation ou de redynamisation urbaine. Il faut ajouter d’autres mesures d’accompagnement pour rendre l’initiative efficace. Il y certes des malfrats et des délinquants qui laissent Cotonou pour aller se retrancher dans cette zone d’où ils partent pour opérer.

Mais aller à la mise en place d’un poste avancé, créer des brigades de gendarmerie sans penser à des mesures d’accompagnement, je vois cela sous l’angle d’un couvre feu permanent. Les gens n’ont plus la liberté de faire ce qu’ils veulent. Ces délinquants qu’on vise par la mise en place d’un poste avancé ont aussi le droit d’être occupés. C’est pour cela que l’Etat a le devoir d’ajouter à sa politique de lutte contre la délinquance dans cette localité des mesures d’accompagnement par des délocalisations d’entreprises en direction de Togoudo-Womey.

 Par des dispositions incitatives, l’Etat peut contraindre les entreprises à aller s’installer là où il veut. Tout dépend du type de mesure choisi et alors ces entreprises ont pour obligation de recruter même sur la base des contrats à durée indéterminée les présumés délinquants. Si cette politique est bien menée, vous allez voir que l’Etat finira par décider de déplacer ce poste avancé vers une autre localité ou bien le transformer en commissariat pour sécurité les personnes et les biens et non pour objectif majeur de lutter contre la délinquance.

On éradique pas la délinquance tant qu’on ne réfléchit pas pour former et employer les présumés délinquants. C’est pourquoi l’Etat doit associer à ces création de poste de sécurité, un politique de création de zone de redynamisation urbaine ou bien des zones franches urbaines qui sont quand même des choix à multiples avantages pour trouver des solutions aux crises de la ville qui peuvent subvenir.

Parlant de crise, est-ce qu’on peut dire que le problème d’électricité qui se pose aujourd’hui à Porto-Novo en est une ?

Ça tend petit à petit vers une crise de la ville. La population ne réagit pas par manque d’organisation. Si on était bien organisé, on sait quoi réclamer, comment le réclamer et à qui le réclamer. La population peut donc réagir à tout moment. Ce qui se passe à Porto-Novo est un peu un début de crise. Et lorsqu’il y aura la réaction de la population, l’Etat prendra des mesures urgentes.

Est-ce à dire qu’il faut requalifier la ville de Porto-Novo ?

Non. Il ne faut pas voir le sujet sous cet angle. Si nous prenons Porto-Novo comme ça, on ne va pas comprendre le sens ou l’intérêt d’une requalification. C’est quoi la requalification. Requalifier une ville ou requalifier un quartier, c’est redynamiser ce quartier ou cette ville. C’est donner une valeur ajoutée à cette ville. Si c’est une ville ou un quartier sans électricité par exemple, le fait d’abord d’apporter de l’électricité participe à la requalification.

Le fait de trouver une solution aux problèmes d’inondation dans certains quartiers est un genre de requalification. Il y a des quartiers dépeuplés, le fait de les repeupler participe à de la requalification. Amener une ou deux entreprises pour nous occuper, c’est une requalification du quartier. Rapprocher le lieu de couchette du lieu du travail est un avantage énorme. En résumé, il faut comprendre par requalification, qu’il s’agit d’apporter des équipements nouveaux qui manquent. Nous sommes des habitants dans un quartier et nous n’avons même pas de centre de lecture.

 Nous apporter le centre de lecture, c’est dans le sens d’une requalification. Un quartier, c’est une ville en miniature. Tout ce qui a dans une grande ville, on doit en avoir dans les démembrements de cette ville que sont les quartiers. Il faudra un minimum pour nous fixer dans le quartier pour que nous ne soyons pas obligés d’envier quelque chose d’un autre quartier. C’est cela l’égalité des chances et l’équilibre.

Avec l’importance de la tâche à abattre, il est bizarre qu’il n’y ait pas une structure en charge de la politique de la ville au Bénin. Si on considère la solidarité urbaine à laquelle fait appel la politique de la ville, est-ce qu’on ne peut pas laisser au Haut commissariat à la solidarité de s’en occuper ? Est-ce que cela ne fait pas partie implicitement de ces attributions ?

Je n’ai pas le cahier de charges du Haut commissariat à solidarité. Mais personnellement, à part leur intervention dans quelques dossiers d’inondation, je ne vois pas la vraie mission du haut commissariat à la solidarité. S’il m’était donné de changer, j’allais plutôt créer un conseil national pour la ville.

Adjoindre au Haut commissariat ou créer ?

Je vais dissoudre le Haut commissariat à la solidarité et créer un Conseil national pour la ville. Si ce conseil réussit sa mission, le problème de solidarité nationale est résolu. Si une politique de ville est bien menée, elle favorise la cohésion sociale et qui dit cohésion sociale parle de solidarité nationale.

Vous vous en prenez au Haut commissariat à la solidarité alors qu’il y a divers ministères qui s’occupent des aspects liés à la politique de la ville. On peut citer les ministères de la sécurité, de l’emploi, de la micro finance, de l’urbanisme, des jeunes, du secteur privé…

Ils sont des acteurs permanents et ils interviennent sur l’ensemble du territoire. Etant donné que la politique de la ville part d’un constat et est mise en œuvre pour résoudre un problème à court terme, ces ministères sont des acteurs permanents qui règlent les problèmes à court, moyen et long terme. Le cas spécifique de la politique de la ville, c’est des actions d’urgence. Le ministère de la santé, par exemple, chargé de doter une localité d’un centre de santé peut ne pas prévoir cette action dans son plan de travail annuel pendant que l’on sent un problème réel.

Il en est de même pour les ministères de l’éducation, de la jeunesse qui travaillent tous sur le territoire, mais leurs actions peuvent ne pas régler un problème d’urgence. Avec la politique de la ville qui intègre chacune de leurs attributions, les meneurs de cette politique peuvent entreprendre des actions vers eux pour leur expliquer que contrairement à ce qui est prévu, l’urgence se fait plus ressentir dans telle localité plutôt que telle autre.

La structure qui pilote une politique de la ville ne peut pas réussir sans collaborer avec tous ces ministères. Ce n’est pas que leurs actions n’étaient pas organisées ou planifiées, mais la politique de la ville leur permet de converger les actions vers les milieux qui en ont vraiment besoin. Si je prends le cas du ministère de l’éducation. Il arrive des moments où il prévoit des salles de classes à construire dans une localité. Il passe l’appel d’offre, attribue le marché.

 C’est au moment de la remise de site qu’on constate qu’entre la période qui a séparé l’attribution de marché et le démarrage des travaux, une Ong ou un projet est en train d’intervenir. On est alors obligé de déplacer. Je ne veux pas dire que les actions sont menées en désordre, mais je dis quand même que s’il y avait des organes de pilotage de la politique de la ville dans ces localités, on pourrait éviter ces problèmes sur la base d’une évaluation rigoureuse de la politique d’aménagement du territoire régulièrement tenue.

Est-ce que la meilleure solution n’est pas de créer un ministère ou un ministère délégué chargé de la ville ?

Je sais que le Bénin a beaucoup d’ambitions depuis la Conférence nationale de 1990. Depuis lors on airait pu créer un ministère chargé de la ville. Ce serait encore mieux que ce soit un ministère délégué auprès du Président de la république chargé de la ville. Ce qui oblige à plus de performance.

Voyez le ministère des travaux publics. Vous vous rendez compte de la manière dont cela bouge du fait que c’est directement rattaché au Chef de l’Etat ? Les grands travaux ont été une préoccupation du Chef de l’Etat. Et les résultats sont probants. Le fondement même de la politique de la ville est que cela doit préoccuper les autorités au plus haut niveau. Si le chef de l’Etat fait de la politique de la ville sa priorité, il crée un secrétariat d’Etat chargé de la mise en œuvre de la politique de la ville ou un ministère délégué

. Ça va décoller et nous aurons moins de plainte sur notre territoire. Je crois qu’il urge de penser à cela. Une telle structure conseille le chef de l’Etat et met en exécution ses recommandations. Ce qui favorise une évaluation périodique régulière directement par le Président de la République vu qu’il en a fait sa priorité.

Ailleurs ont est allé très loin déjà. Au-delà d’une structure comme celle dont on vient de parler, il y a eu des initiatives telles que les contrats urbains de cohésion sociale, les CUCS, et les Agences de cohésion sociale et d’égalité des chances au profit des quartiers défavorisés reconnus comme prioritaires. Est-ce que ce n’est pas un rêve vain au Bénin ?

Pas du tout. En matière d’urbanisme, il y a ce que nous appelons le benchmarking. C’est une matière qui dispense de la conception. Ce que l’on veut faire est déjà réalisé ailleurs. Il faut aller voir et recopier tout en l’adaptant à son territoire. On gagne du temps parce que la réflexion nécessite aussi une durée et un coût.

Il y a des pays qui ont pris par l’étape où nous sommes aujourd’hui. Ils ont déjà élaboré des outils et des polices qui ont donné des résultats. Si ceux là ont déjà des dispositifs bien conçus comme les CUCS, il faut voir comment les adapter à nos réalités. Ce sont des contrats signés entre les préfets, représentants de l’Etat et les maires. Cela part d’un projet urbain social.

Cela nécessite des moyens pour les communes ?

Il faut mettre les moyens à disposition sous le contrôle de l’Etat d’une part. D’autre part les communes chargées de piloter la politique de la ville doivent avoir une autonomie qui puisse leur permettre de chercher les moyens auprès des privés, des investisseurs afin de mettre en œuvre leur projet urbain qu’elles ont rédigé.

 C’est une question de performance. Et c’est à la recherche de cette performance que ceux dont vous parlez ont créé les agences de cohésion sociale et d’égalité des chances comme des organes de veille qui disposent d’unités décentralisées de gestion de la politique de ville. C’est pour avoir plus de sérieux.

Parmi les acteurs de la politique de la ville, il y a inévitablement les entreprises. Quel est leur rôle réel ?

Pour réaliser le volet formation/emploi des jeunes, il faut nécessairement travailler avec les entreprises. L’Etat crée moins d’emplois que les privés. On ne peut donc pas négliger les entreprises dans la mise en œuvre de la politique de la ville. L’installation d’une entreprise sur un territoire permet d’assurer aux communes des rentrées fiscales et de faciliter la réinsertion des jeunes. Vous avez vu en France l’expérience du Conseil national des entreprises pour la banlieue.

 Une expérience pareille est bien possible au Bénin. L’essentiel est qu’on se mette sur la ligne, qu’on adopte une loi d’orientation pour la ville et que ces entreprises, prises une à une, trouvent leurs intérêts dedans afin de se constituer en association pour se mettre au service des bénéficiaires.

S’il faudra réussir une politique de la ville, il est indispensable d’avoir une base juridique sur laquelle s’appuyer ?

Je suis content que l’actualité soit marquée par un nouveau parlement. Les nouveaux élus doivent travailler sur ces questions. Je souhaite aussi que le Président de la république, pendant ce nouveau quinquennat, intègre réellement la politique de la ville dans ses actions. Je le lui suggère sincèrement. Il faut que la politique de la ville soit l’une de ses priorités majeures. Je me réjouis qu’il ait la majorité à l’Assemblée. C’est dire que toutes les conditions sont réunies pour que le gouvernement et l’Assemblée travaillent en cohésion pour sortir les lois d’orientation pouvant aboutir à cette solidarité urbaine.

Même s’il y avait la base juridique, il n’y a pas de boussole ?

C’est vrai qu’on ne peut pas exécuter une politique de la ville qui n’existe pas. Il faut donc l’écrire. L’Etat n’a pas besoin d’aller chercher l’expertise ailleurs. Il y a des ressources au niveau local pour écrire une bonne politique de la ville après avoir fait le diagnostic. En tant que consultant en matière de montage de projet urbain, je peux vous dire que cette démarche est indispensable pour avoir de bons résultats.

Vous vous référez souvent à la ville de Tammasut pour donner l’exemple d’un succès de politique de la ville en Afrique ?

Cela a été un projet très ambitieux dans une localité de Marrakech au Maroc. J’ai fait partie d’une équipe qui a été conviée pour établir un bilan critique après que le projet a duré quatre ans. Nous avons suggéré la deuxième phase du projet. Tammasut, c’est la lutte contre l’habitat insalubre. Pour éviter que les personnes dégagées à la rue, l’Etat les accompagne à réaliser un projet immobilier. Un foncier gratuit et une aide de 30% pour la construction. C’est fascinant !

Propos recueillis par

A. P. Virgil HOUESSOU

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