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Le triomphe de la vérité

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Editorial : Tout va si mal


 Le Bénin est déjà au fond du gouffre. C’est le cri apocalyptique qu’un collectif d’ONGs se réclamant de la société civile, a poussé dimanche suite aux ratés enregistrés au défilé du 1er Août. « On a touché le fond », clament-ils avec verve dans une déclaration qui fera date. On découvre un Bénin déjà en enfer, un pays sans Etat, sans justice, sans liberté, sans droit et sans repère. Et conclusion : « Nous n’avons jamais été confrontés avec autant de trivialité à nos propres putréfactions. Mais l’objet qui touche le fond de la cuvette ne peut que remonter. Il faut se nourrir donc d’espoir. » Le paysage apocalyptique ainsi décrit est largement imputé au « Prince », c’est-à-dire au Chef de l’Etat et à son gouvernement accusés  de conduire ou d’avoir déjà conduit tout le pays au tréfonds même du désespoir. Curieusement, on se surprend à être dans un pays où à part les bruits du microcosme politique, tous les autres secteurs d’activité fonctionnent. On découvre que nous sommes dans un pays où à part ceux qui vivent de la politique ou au crochet des politiques, la quiétude et la paix règnent comme si de rien n’était. C’est la preuve que nous n’avons pas encore touché le fond. C’est la preuve que ceux qui jouent à nous faire peur,  ignorent que le Bénin réel vit en marge de ce monde politique qui voudrait contrôler nos pensées, nos émotions et toutes nos énergies. Sous le couvert de la société civile, ils jouent à nous rendre fous.

            Non, je ne suis pas convaincu que le Bénin vit les pires moments de son histoire. Que notre pays traverse des moments critiques qui appellent la vigilance de tous les acteurs de la vie publique, voilà qui est vrai. Je ne voudrais pas focaliser mon attention  sur l’affaire ICC-Service pour justifier cette crise. Si 100 000 personnes se sont fait gruger en cherchant l’argent facile, il y a encore plus de 7 millions d’autres Béninois, aussi Béninois que vous et moi, qui n’ont pas mordu à l’appât. Il y en a, et ils forment l’écrasante majorité, qui n’ont jamais cru en ICC et consorts, bien que la pègre ait réussi à agir sur les consciences en usant des couvertures religieuses et politiques bien connues. Je refuse de croire qu’il n’y a plus de justice, qu’il n’y a plus de droit, qu’il n’y a plus de liberté dans un pays où tous les jours de virulents opposants critiquent le Chef de l’Etat à juste titre, sans être en train de croupir dans une prison à Ségbana ou au PLM.

Je crois au contraire qu’il y a des insuffisances, parfois très graves, qui méritent d’être corrigées par la synergie des ONGs engagées pour le bien-être social de tous. En prenant appui sur le spectacle raté des majorettes, le collectif d’ONGs a tiré des conclusions précipitées qui trahissent ses intentions tout à fait politiques et partisanes. Du reste, je ne m’explique pas encore cette massive admiration que les Béninois, toutes catégories confondues, ont pour le spectacle des majorettes, malgré l’incident technique qui en a terni l’éclat.  On eût pu concevoir spectacle plus béninois, avec nos propres valeurs culturelles. Mais enfin, il y a des décennies que ces spectacles font partie de l’ordinaire des fêtes au Congo-Kinshasa, en France, aux Etats-Unis, etc.  Ce sont des « chinoiseries » largement apprivoisées et adaptées aux cultures locales. Doit-on couper la gorge aux  Béninois de célébrer leur culture en même temps que celle des autres ?

            Mais l’explication de tout ce noir pessimisme est à rechercher ailleurs. En 2005, Reckya Madougou et son Elan ont placardé des graffitis qui clamaient « Touche pas ma constitution ! » Le temps a permis de découvrir qui finançait cette campagne et dans quel but « désintéressé ». Aujourd’hui, « On a touché le fond » traduit un autre  dessein qui se laisse deviner. Les haleines fétides du landernau politique éclaboussent aussi la société civile déchiquetée entre plusieurs chapelles antagonistes. Et on peut se demander pourquoi elle devrait n’être qu’une appendice de la classe politique, toujours à servir de marchepied au personnel politique, toujours à user de son manteau de neutralité pour faire passer les thèmes des autres,  toujours  à ramper dans la poussière pour les autres…

 Olivier ALLOCHEME

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