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Le triomphe de la vérité

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Professeur Roger Gbégnonvi, ancien ministre: « Le sommet de l’Etat a été atteint »


L’affaire Icc-Services continue de susciter des réactions dans le rang des citoyens béninois. Hier sur la chaîne de télévision Canal 3, le Professeur Roger Gbégnonvi a situé les responsabilités sans oublier de faire des recommandations.

 CANAL 3 : Votre réaction sur l’affaire Icc-Services après les limogeages du Procureur général et le ministre de l’intérieur. Il semble que d’autres têtes vont aussi tomber.

 Roger Gbégnonvi : Rien que ces deux limogeages dont vous venez de parler et surtout le limogeage du ministre de l’intérieur, prouve qu’avec l’affaire Icc-Services nous sommes dans un grave régime parce que dans un  régime on ne peut sauter brutalement le ministre de l’intérieur qui est le second dans l’importance du gouvernement, quand on n’est pas atteint soi-même. Et je crois que quelque part le sommet de l’Etat a été atteint. Or le procureur général de la République et le ministre de l’intérieur ne sont pas des fusibles que l’on peut sauter n’importe comment. On peut peut-être sauter un directeur général de la police mais quand c’est un ministre de l’intérieur, nous sommes dans une crise grave de régime.

 Le limogeage de Roger Gbégnonvi, ministre de l’alphabétisation n’est-il pas la même chose que celui de Armand Zinzindohoué, ministre de l’intérieur ?

Pas du tout. On peut limoger un ministre de l’alphabétisation  mais un ministre de l’intérieur limogé dans les conditions où cela se fait, c’est immensément grave pour notre République. 

Quelle première lecture faites-vous de l’affaire en elle-même ?

Écoutez ! Il y deux semaines où j’ai  rencontré à l’entrée de mon portail, un jeune policier. Et tenez-vous tranquille, qu’est ce qu’il me dit ? Il a dit : « Professeur aidez-moi », il le disait en mettant la main dans la poche. Je croyais qu’il voulait sortir un révolver  quand il a sorti un carnet. Il l’a ouvert, je ne sais quelle page et me faisait comprendre qu’il y a mis toute son économie. « J’y ai mis 900.000 fcfa et je ne sais plus où mettre la tête» mais j’apprends que lui, n’est qu’un individu et qu’il y aurait des municipalités, des institutions, des centres de santé qui sont ruinés aujourd’hui, où sont sur la voie de l’être. Car ils auraient confié leur économie à cet épargne miracle qui s’est révélé être une vaste escroquerie. La formule n’est pas de moi, d’ailleurs je crois qu’elle est d’un membre du gouvernement. 

Suite à toutes les informations que vous avez eu sur l’affaire, vous pouviez en tant qu’éducateur informer quand vous sentez que ça  va mal.

Parce que vous croyez que le rôle de Professeur est celui de la police ? Je vais vous dire quelque chose aujourd’hui, l’argent est fascinant. Et lorsqu’on a fait comprendre à des pauvres gens comme nous dont les salaires sont ce que vous savez, qu’en déposant une certaine somme d’argent vous avez 50% d’intérêt en un très peu de temps, les gens y sont allés pour voir. Ils sont allés parce qu’ils ont vu à la télévision les dirigeants de la société avec nos représentants en qui  ils ont confiance. Voyant ces gens les accompagner, ils ont cru que le gouvernement est là pour les protéger. Ils se sont dits qu’ils ne peuvent pas quand même se montrer en public avec de gens  qui sont venus pour escroquer. C’est maintenant qu’on a sû que c’était de l’escroquerie qui dure depuis 4 ans. Comment a t-on pu laisser faire ? On me dit qu’ils n’ont même pas pris d’agrément. Et là je refuse. Vous organisez une petite tontine entre vous ici. C’est votre affaire. Car l’Etat n’a rien à avoir. Mais lorsque cela se fait au niveau national, et que les gens soient passés de Cotonou à Toukountounan, on est passé nous prendre  nos épargnes, l’Etat doit avoir son mot à dire. Et moi je ne crois pas encore que l’Etat ne leur ait pas donné d’agrément parce que ça serait immensément grave qu’on laisse ces gens prendre nos épargnes sans autorisation.

 Pouvait-on dire que nos dirigeants ont été dupés ?

Je ne pourrai pas dire que depuis 4 ans, les autorités ont été dupées. Si j’acceptais qu’ils ont été dupées pendant 4 ans, je dirai que nous ne sommes pas gouvernés parce que à aucun moment depuis que l’affaire s’est éclatée et que la société civile s’en préoccupe, je n’entends pas parler de mise en accusation. On limogeage et on limogera mais l’affaire serait cours.

 Mais les responsables de Icc-Services sont sous résidence surveillée et  on les  écoute.

Excusez-moi de vous faire comprendre que Adovèlandé n’a pas été mis sous résidence surveillée. Le temps de le dire, je ne sais pas quelle faute il a commise mais on lui a reconnu une faute mais le temps de le dire, l’Etat a les moyens de ne pas mettre seulement en résidence surveillée où de mettre encore de policiers ou des gendarmes à la garde de ceux là mais il peut les mettre quelque part dans une prison où ils seront en sécurité.           

Voulez-vous dire qu’au lieu de la résidence surveillée, qu’il faut les mettre en prison ?

Je le dis parce que c’est grave ce qu’ils ont fait. On s’en ait pris à nos épargnes. Ce pauvre policier de votre âge qui a mis son économie de plus de 900.000 fcfa dedans qui a peut être deux enfants déjà, comment va-t-il s’en sortir ? C’est la corruption à ce niveau. On limoge c’est très bien, ce n’est pas la première fois. On a limogé un ministre des finances dans l’affaire Cen-Sad, ça a été l’arbre qui cache la forêt, la forêt est bien cachée. Je ne sais pas si on limogera quelqu’un dans l’affaire des machines agricoles. On a verbalisé les tenants du ministère et là le limogeage du ministre de l’intérieur ne peut pas être l’arbre qui cache la forêt parce que la forêt ce sont nos épargnes et nous en avons besoin. 100 milliards fcfa pour 25 milliards, nous nous sommes disputés comme des chiffonnés entre l’exécutif et le législatif. Mais nous avons fini par prendre une ordonnance pour 27 milliards fcfa. Et on continue de prêter 30.000 fcfa voire 50.000 fcfa aux femmes  les plus pauvres. Et nous voilà aujourd’hui obligés de récupérer plus de 100 milliards fcfa pour pouvoir rembourser les gens de Icc-Services. Où prendrons-nous  cette somme qu’ils ne versaient pas dans les banques ? Lesquelles banques refusaient de prendre leurs dépôts parce qu’elles ne voulaient pas avoir d’histoire.

 Dites-nous tel que vous êtes ceptique, avez-vous peur ?

Si vous savez, sans être spécialiste de l’économie, que lorsqu’on vous déclare en faillite, vous n’avez plus le capital ni les intérêts. Comment nous allons payer pour des gens qui nous ont volé. Je me demande si on ne va pas vers cela,  ça va être une autre crise.

 L’escroquerie dans l’affaire Icc-Services dure, depuis 4 ans. On est en cause, de pointer de doigt accusateur l’appareil étatique les ministres, le Chef de l’Etat ?

Je ne suis pas membre du corps de la justice mais il faut que justice se fasse. Vous êtes d’accord avec moi que le gouvernement s’est montré à travers plusieurs de ses membres ? Donc c’est dire que le gouvernement était au courant. Je vous assure que je n’ai jamais entendu parler de l’affaire Icc-Services quand j’étais au Gouvernement.

 Alors s’il vous était demandé de donner un conseil au Chef de l’Etat, que direz-vous ?

Je  vais lui dire, monsieur le Président et cher ami, frappez fort.

 Et aux populations qui attendent d’être remboursées ?

Là je suis dans l’embarras comme je l’ai été devant le policier qui m’a présenté son carnet symbolisant ses 900.000 fcfa d’économie qui sont quelque part où il ne sait lui-même. Les journaux diront que l’Etat va vous rembourser et c’est nous contribuable qui allons rembourser ce que les voleurs nous ont volé. Il n’y pas de synonyme en français mais escroquerie n’est pas très loin du vol. D’autres disent que c’est des escrocs.

 Propos transcrits par Emmanuel GBETO

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