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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Martin Assogba, président de l’Ong Alcrer: « Il y a encore des complices des responsables de Icc-Services dans l’entourage de Boni Yayi»


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Le président de l’Association de lutte contre le racisme, l’ethnocentrisme et le régionalisme (Alcrer), Martin Assogba ne cache pas son amertume face à la gestion faite actuellement du Bénin. Ainsi, dans cet entretien, il livre ses impressions sur l’actualité nationale notamment l’affaire Icc-Services qui défraie la chronique depuis quelques jours. Il parle également du scandale Cen-Sad, l’affaire des machines agricoles, la refondation de la République…et invite Boni Yayi à la réddition des comptes après cinq années de gestion du Bénin. 

 L’Evénement Précis: Président, quelle est votre appréciation de l’état actuel de notre pays?

 Martin Assogba: Je vais d’abord parler de l’état mental de notre pays. Le pays est dans un état mental de déliquescence totale où les politiciens ont appris aux jeunes qu’on peut gagner sa vie sans avoir travailler. Et c’est ça qui fait le problème aujourd’hui où tous les jeunes même les étudiants laissent leurs études pour aller s’enquiquiner dans des groupes de politiciens ne serait-ce que pour gagner facilement leur vie. Or, la vie ne se gagne pas facilement. ‘’Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front’’, dit l’adage. ‘’Et celui qui n’a pas travailler n’a pas droit au salaire’’. Mais malheureusement aujourd’hui, les politiciens ont tout foutu en l’air et ont donné de très mauvaises habitudes à beaucoup de couches sociales de notre pays. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les gens veulent rouler carrosse mais sans plus rien faire du tout.

 Depuis plusieurs jours, l’affaire Icc-Services défraie la chronique. Que vous inspire cette affaire de vaste escroquerie ? 

Mais, c’est ce que je vous disais tantôt. Je vous ai dit que la morale et l’éthique ont déserté le forum couplé de l’incivisme total et de l’apatridie de certains. Comment pouvez-vous vous-même être d’accord à donner cinquante mille (50.000) francs pour prendre deux cent mille (200.000) francs. Quel est le commerce que la personne va faire pour prendre deux cent mille ou cent cinquante mille francs ? Quel est le commerce que celui chez qui vous avez laissé l’argent va faire pour trouver au moins trois cent mille (300.000) francs avant de vous libérer à vous pour que lui-même puisse faire face à ses charges ? Parce que lui-même a des charges. Moi, ça fait deux ans qu’on m’a proposé la chose. Mais, j’ai dis à celui qui me l’a proposé, «est-ce que tu as bien réfléchis à ce que tu me dis là ? Et puis, toi qui me propose la chose, tu es venu d’Abidjan. Donc, tu n’as pas appris qu’il y a des gens qui étaient restés à Abidjan et qui ont fait ces histoires de placement d’argent et qu’après, ils ont abandonné les populations dans la pauvreté totale ? Moi, je ne vais pas le faire parce que l’argent ne se gagne pas comme ça. Je ne suis pas certain que cette histoire là puisse prospérer et que ce soit une activité correcte».

 N’est-on pas alors fondé, à la lumière de votre passivité depuis le démarrage de cette activité au Bénin et du scandale qui en découle, à dire que la Société civile est complice du malheur des clients de Icc-Services ?

La Société civile n’est coupable en rien du tout parce que, tant que vous n’avez pas encore les preuves de ce que vous alléguez, personne ne vous croira. Et c’est dangereux pour quelqu’un comme moi, responsable d’une Société civile, faiseur d’opinion en qui une frange de la population a confiance. Mais, s’il y a deux ans, j’avais sorti un communiqué pour dire que je veux prévenir les populations, ce sont ces mêmes populations qui allaient se retourner contre moi pour dire que je suis en train de raconter des mensonges, pour me demander des preuves de mon allégation. Et ceux qui sont les initiateurs de cette vaste escroquerie pourraient se retourner contre moi avec les complicités qu’ils ont au haut niveau politique. Ça pouvait me coûter la prison parce que j’aurais avancé quelque chose pour laquelle je ne pourrais pas apporter des preuves. C’est pour cela que je me suis tu. Mais, j’en ai déconseillé à d’autres qui sont allés placés et qui, aujourd’hui, pleurent.

 Pensez-vous comme certains acteurs politiques que le Chef de l’Etat et son entourage ont été complices dans cette affaire Icc-Services ?

Ça c’est un secret de polichinelle. Mais, aujourd’hui les plus proches du Chef de l’Etat aujourd’hui sont interpellés d’une manière ou d’une autre. On n’a pas dit qu’ils ont pris de l’argent mais ils ont collaboré avec ces personnes là. Ils ont donné un certain nombre d’avantage à ces personnes et aujourd’hui vous savez que des têtes tombent pour leur laxisme et parce qu’ils ont accordé davantage de sécurité. Mais, il faut aller chercher ils l’ont fait. C’est une conscience de chacun qu’il soit trempé ou non dans l’affaire. S’il y a des gens qui ne sont trempés dans l’affaire et qu’on les saute de leur poste, la nature règlera le problème. S’il y en a qui sont pas trempés dans l’affaire et qu’on ne les saute pas aussi, la nature aussi va régler ça. Parce que d’une manière ou d’une autre, la nature est toujours juste. Donc, il y a d’autres personnes encore qui sont autour du Chef de l’Etat et qui sont complices de ces gens-là. Ceux qui ont introduit ces gens-là au Chef de l’Etat en audience par deux fois au moins, il faut leur demander quels étaient les mobiles pour lesquels ils se sont battus pour que le Chef de l’Etat les reçoive. Parce que, aller vers le Chef de l’Etat n’est pas chose facile. Il y en a qui demandent depuis des lustres et qui n’en ont jamais trouvé. A part les regroupements des femmes ou des questions nationales autour desquelles le Chef de l’Etat lui-même invite les gens au palais de la présidence, pour aller en audience privée avec le Chef de l’Etat, ce n’est pas une chose facile. Donc, il doit y avoir anguille sous roche.

  Après les nombreux scandales que le régime Yayi a accumulés, est-ce que l’Affaire Icc-Services n’est pas la goutte d’eau qui vient faire déborder le vase ?

Evidemment. Le Chef de l’Etat n’a qu’à prendre ses responsabilités, n’a qu’à faire très attention. Et j’espère que Dieu l’aidera à trouver les solutions idoines pour pouvoir contenir la chose afin que le vase ne soit pas débordé parce que déjà la goutte d’eau est là. Je ne sais pas s’il va essayer de faire monter les bordures du vase pour que la goutte d’eau ne fasse pas déborder le vase. Il n’a qu’à prendre ses responsabilités parce que je pense que dans un pays où ces genres d’activités se font, il faut faire quand même un minimum d’enquête. On a un service de renseignement dans le pays, il faut faire un minimum d’enquête de moralité sur les gens parce que j’ai appris que même les gens qu’on doit nommer, on fait un minimum d’enquête autour d’eux.

 Pensez-vous comme l’honorable Yahouédéhou qu’en lieu et place du limogeage du ministre Armand Zinzindohoué, le Chef de l’Etat doit se démettre lui-même ?

Moi, je n’irai pas jusque là parce que je n’ai pas encore les preuves que le Chef de l’Etat soit impliqué directement dans l’affaire. Mais ce qui est sûr, il a quelque part une lourde responsabilité à pouvoir prendre au sérieux de cette affaire et trouver les voies et moyens pour la régler parce que ce sont ses proches collaborateurs qui sont impliqués dans cette affaire, qui sont en complicité avec les gens. Mais, en tant que premier responsable, il a lui aussi quelque part sa responsabilité qui est entachée. Donc, il faudrait qu’il puisse voir comment il va faire pour régler le problème.

 Donc, pour vous, il ne peut plus dire qu’il est responsable sans être coupable…

Moi, je ne dirai pas qu’il est responsable sans être coupable. De toutes les manières, responsable et pas coupable, moi je ne veux pas savoir mais je sais que nous avons un Chef d’Etat et je sais que ce sont ses proches collaborateurs qui ont donné des facilités à ci ou à ça, je sais que ce sont ses collaborateurs qui ont géré cette affaire avec beaucoup de légèreté. C’est pour cela qu’aujourd’hui, il y a eu pourriture. Et que plus de deux cent mille béninois sont usurpés dans cette affaire. Donc, c’est son électorat qui est en train de prendre un coup parce que même les microcrédits aux plus pauvres pour lesquels il est en train de courir et pour lesquels il est en porte-à-faux avec les députés à l’Assemblée Nationale, une partie des microcrédits est partie dans cette affaire aussi. Parce que les femmes qui ont eu les trente mille (30.000) francs, il y en a beaucoup qui, au lieu d’aller faire leurs petites activités pour les faire fructifier, sont allées faire des placements. Et en plus, certains sont des retraités qui ont mis toute leur fortune croyant qu’ils vont en avoir plus pour vivre mieux. Or c’est le peu qu’ils ont et qu’ils devaient protéger qu’ils sont allés lâcher aux responsables de Icc-Services qui en ont fait ce qu’ils veulent parce que, eux, roulaient carrosse, ils ont des véhicules, de luxe, ils ont construit des maisons, ils entretiennent des maîtresses…ils font ce qu’ils veulent avec l’argent des pauvres. Cette affaire ne pouvait pas durer.

 En tant qu’acteur de la lutte contre la corruption, pensez-vous que le régime Yayi risque de laisser des plumes dans l’affaire des machines agricoles déclenchée par l’honorable Janvier Yahouédéhou ?

Nécessairement. Vous savez que nous, nous sommes là pour la promotion de la bonne gouvernance à travers la lutte contre la corruption et exigeant le respect des textes fondateurs de la République dans tous les secteurs, à tous les niveaux. Mais, comment dire que nous faisons de la bonne gouvernance et que nous ne faisons que du gré-à-gré ? à chaque fois qu’il y a une activité à faire, on dit que c’est urgent, on ne peut pas attendre pour faire un dossier d’appel d’offres (Dao) et qu’il faille aller par mesure d’urgence en faisant le gré-à-gré. Et c’est toujours le gré-à-gré qu’on fait dans tous les domaines. Affaire Cen-sad, on a fait du gré-à-gré alors qu’on savait bien qu’on veut accepter l’organisation de ce sommet ici. Pourquoi, on ne s’était pas préparer d’avance pour lancer les appels à candidature, pour choisir dans la transparence les personnes qui sont capables de faire du bon travail qui doit durer. Pourquoi, on n’a pas fait ça  et on attend la dernière minute pour faire les choses et on dit que c’est pressé. Et que c’est parce que c’est pressé qu’on fait du gré-à-gré. Or le gré-à-gré aussi répond à certains critères. Mais, est-ce que ces critères ont été une fois respectés ? Même pendant les gré-à-gré, les termes des marchés publics obligent à une consultation restreinte avant d’aller à un marché gré-à-gré. On n’a jamais fait ça, on donne les marchés aux amis, aux parents et on leur dit même à l’avance « va créer la société parce que dans cinq, six mois…il y aura telle demande et c’est à toi qu’on va donner le marché. Donc, crée une société par avance. Et c’est ce qui s’est passé dans les affaires des machines agricoles et Cen-sad. Et c’est pour cela que je soutiens le combat de l’honorable Janvier Yahouédehou. Moi, je ne parle même pas de surfacturation mais je parle de la façon dont les marchés ont été passés. Je voudrais qu’à part cette histoire de surfacturation dont l’honorable Yahouédéhou parle, je veux que le gouvernement vienne nous dire les personnes, les entreprises à qui il a donné les marchés gré-à-gré jusqu’à un milliard et plus quand est-ce que ces entreprises là ont été créées, qui en sont les propriétaires et est-ce qu’ils ont pu donner tous les documents exigés par les textes, est-ce qu’il a été mis en place un dossier d’appel d’offres régulier, est-ce qu’une consultation restreinte a été faite, est-ce qu’un dépouillement a été fait, est-ce qu’il y a eu adjudication dans la transparence…il faut qu’on vienne nous dire tout ça. Autrement dit, si on ne vient pas nous expliquer tout ça, nous allons toujours trouver raison à Yahouédéhou par rapport à cette affaire. Et vous savez, lorsque c’est un marché gré-à-gré, il y a toujours surfacturation. Les gens font les prix qu’ils veulent parce que le gré-à-gré signifie que c’est du « Mamadou et Bineta » où chacun doit prendre sa part. Et pour que chacun puisse prendre sa part, il faudrait que le bénéfice soit gros. Et pour que le bénéfice soit gros, il faut surfacturer le prix initial. C’est comme ça. Donc, personne ne va plus nous apprendre quoi que ce soit parce que, eux même, savent ce qu’ils ont fait, ils savent là où ils ont péché. Ils sont conscients de ça que dans cette affaire là, ils ont péché contre le peuple béninois, ils ont abusé des deniers publics pour leur propre aisance.

 Président, l’actualité est aussi marquée par le nouveau concept de refondation de la République mis en branle par le Dr Boni Yayi. Que vous inspire cette volonté présidentielle?

Je voudrais vous dire, vous les journalistes, d’accorder tout cet intérêt aux déclarations de certaines personnes en l’occurrence celle que le Chef de l’Etat vient de faire. Parce que le Chef de l’Etat l’a dit parce qu’il connaît la psychologie des béninois. Ça, c’est un pavé qu’il vient encore de jeter dans la marre pour nous empêcher de traiter des vrais sujets de transparence que nous sommes en train d’exiger de sa part pendant ces cinq ans de gestion des affaires publiques. Il veut détourner notre regard de ces affaires là en mettant en avance une autre affaire qui va nous préoccuper. Et évidemment, les gens ont commencé à être pris à son piège en l’occurrence les journalistes. Au lieu, qu’on se mette à réclamer la transparence qui devrait caractériser la gestion de Cen-Sad, de l’achat des machines agricoles, de Icc-services…au lieu qu’on se mette à réclamer ça à cor et à cri jusqu’à ce que le gouvernement se décide véritablement à nous donner une réponse, on s’attaque plutôt à cette histoire de refondation. Le Chef de l’Etat ne peut pas faire la refondation du Bénin seul. Parce que la refondation signifie le bouleversement total de tout ce qui existait et qui était les lois, les institutions…les différents secteurs de la République. Or, cela ne peut pas se faire par un seul homme fût-il Président de la République. Ça doit être une question d’entente nationale. Ça doit être une question ou le peuple doit s’asseoir pour décider. Ce n’est pas une seule personne qui se lève pour décider parce qu’il est Chef de l’Etat. Ça là, c’est pour nous embrouiller, c’est pour nous détourner notre attention de ce que nous lui reprochons par rapport à la gestion des autres activités. Mais, moi je ne peux pas tomber dans ce piège là et je demande aux béninois d’être vigilants pour que nous puissions continuer à réclamer la réddition des comptes par rapport à la gestion des affaires publiques et après nous allons nous asseoir pour parler de refondation.

 Face à la permanence des tensions sociales et des scandales, pensez-vous que la paix est menacée au Bénin ?

De toutes les manières, je ne serai pas l’oiseau de mauvais augure et je ne serai pas là pour être l’annonciateur de mauvaises nouvelles. Mais, nous devons prendre garde. Nous devons faire en sorte qu’au niveau où nous sommes, qu’il n’y ait pas de débordement, de crash. Et pour qu’il n’y ait pas de débordement, c’est la responsabilité de celui qui dirige le pays. C’est lui qui doit chercher les solutions, les tenants et les aboutissants pour que le peuple reste tranquille. Et c’est lui qui doit reprendre les choses en main quand bien même, il ne lui reste plus que six ou sept mois pour que nous puissions aller à une nouvelle élection.

 Entretien réalisé par  Jean-Claude DOSSA

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One thought on “Entretien avec Martin Assogba, président de l’Ong Alcrer: « Il y a encore des complices des responsables de Icc-Services dans l’entourage de Boni Yayi»

  1. Mondjinnagni

    Par mesure de prudence le président de Alcrer n’a pas voulu dire directement que le chef de l’Etat est fortement impliqué dans cette affaire de ICC Services. Non seulement il est responsable mais il fait parti des coupables. Ce qui importe pour lui n’est rien d’autre que le populisme. Sinon comment ne peut chercher à mieux connaître ou à en savoir plus sur ceux qu’il reçoit en audience. Pire les banques, établissemnts financiers et compagnies d’assurance ont déposé une plainte depuis décembre qui malheureusement n’a pas fait mouche. C’est dommage. Hier j’ai suivi sur africable la conférence de presse des christianistes célestres qui cherchaient à dégager la responsabilité et la culpabilité du chef de l’etat. Mais ils se leurrent car nous sommes plus qu’éveillé qu’avant. Je suis entièrement d’accord avec Mr ASSOGBA quand il dit que le chef de l’Etat veut nous distraire sinon nous endormir quand il parle de refondation.Qu’est-ce qu’il a fondé pour chercher à refonder? Il y a des dossiers brûlants, scabreux et calamiteux; et il laisse tout ça de côté pour nous parler de refondation. Seul le peuple peut en décider et le contexte ne s’y prête pas. Merci

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