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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec Madame Vicentia Boco, Présidente de l’INPF« Le microcrédit devrait être couplé d’une formation obligatoire pour toutes femmes »


Madame Vicentia Boco, Présidente de l’Institut National pour la Promotion de la FemmeDepuis le 14 avril 2010, l’ex-Directrice de campagne du candidat Boni Yayi et ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique Madame Vicentia Boco est nommée Présidente de l’Institut National pour la Promotion de la Femme (Inpf). Et pourtant après sa sortie imprévisible du gouvernement, beaucoup de béninois l’espéraient aux côtés de l’opposition. A travers cet entretien, la Présidente de l’Inpf reprécise le sens de sa nomination à la tête de cette nouvelle structure toujours aux côtés du Chef de l’Etat et sa vision pour cet organe qu’elle espère un outil de grande promotion au service de la femme béninoise.

L’Evénement Précis : Madame la Présidente, quel est le sens que vous donnez à votre nomination à la tête de l’Institut National pour la Promotion de la Femme au terme du conseil des ministres du 14 avril ? Une récompense politique ou un mérite ?

Madame Vicentia Boco : Merci Monsieur le Journaliste. L’interprétation que je fais de ma nomination à la tête de l’Inpf est que le Chef de l’Etat a pensé, dans le domaine où il savait que j’œuvrais déjà un peu, que je pourrai faire ce combat ou tout au moins apporter une contribution dans la réalisation de son souhait de créer un Institut pour la promotion des femmes. Je crois qu’il est à la recherche de compétence dans divers domaines et puisqu’il m’a vu à l’œuvre, il a sans doute estimé que je pourrai l’aider. Ce n’est donc pas une récompense politique.

De la Présidente du Comité d’Installation de l’Institut de la Femme à la Présidente de l’Institut National pour la Promotion de la Femme, votre mission a-t-elle varié ?

Ma mission a évolué. Entant que Présidente du Comité, j’avais à charge de réfléchir afin de faire des propositions pour le type d’institut qu’on pouvait faire. Lorsqu’on observe bien, il y a différents types de structures dédiées aux femmes. Il y a des structures qui se présentent comme des lieux d’échange et de vie pour les femmes qu’on appelle un peu les « Maisons de la femme ». Un lieu où les femmes peuvent se retrouver entre elles, les associations de femmes y ont leur siège, où les femmes peuvent faire différentes activités, recevoir des formations etc… c’est aussi une forme d’Institut. Mais il y a aussi une autre forme d’institut qui est plutôt une instance de réflexion et de prospective. C’est celle-là que nous avons choisie. Un institut qui va beaucoup observer ce qui se passe, identifier les points où l’on peut valablement intervenir, repérer les goulots d’étranglement par rapport à la situation des femmes, attirer l’attention des uns et des autres sur ces goulots d’étranglement et surtout faire des proposition pour des corrections. Donc le Bénin a fait l’option d’un Institut d’étude, de prospective, de recherche et de propositions. Après voir visité quelques instituts de la femme, c’est cette forme que nous avons retenue parce qu’il nous a semblé au regard du niveau des femmes, si on veut vraiment que cela change d’éviter les actions disparates, ponctuelles, non coordonnées. Il nous semble indispensable de concevoir des programmes sur le long terme qui seront exécutés avec échéances de manière à réaliser ce que j’appelle des bonds qualitatifs pour la vie des femmes. C’est ce type d’institut qui a paru à la Commission, la plus pertinente. Toutefois, dans nos réflexions nous avons dit que d’ici quelques années nous allons aboutir à ces « Maisons de la femme » qui devront être réalisées dans tous les départements au moins ou si possible dans toutes les communes. Mais à la date d’aujourd’hui, cela ne constitue pas la priorité à notre niveau. Il y a déjà le ministère de la famille, le ministère de la micro finance qui s’occupent des femmes. Tout ceci un peu de façon disparate. Il y a de bonnes intentions mais quand on se rend dans les villages, la situation des femmes demeure toujours ce qu’elle est. L’Institut aura alors à réfléchir et à proposer des politiques, des programmes, des actions qui seront validés avant d’être proposés pour que le législateur, l’exécutif, les partenaires au développement s’en saisissent pour les faire exécuter.

Est-ce à dire Madame la Présidente, que l’Institut n’exécutera pas les programmes qu’il conçoit ?

Je le précise, l’Institut n’aura pas à exécuter ses programmes. Il va concevoir des programmes qui seront exécutés par les ministères sectoriels et en particulier par les Ong.

Parlant du cadre légal, pensez-vous que cela est favorable à l’accomplissement de votre vision à la tête de l’Institut pour la promotion de la femme ?

Le cadre légal n’est pas un préalable. Mieux je dirai que celui qui ne combat pas n’a aucune chance de gagner. Ce cadre n’existe pas aujourd’hui mais c’est progressivement que nous allons le bâtir pour aboutir au meilleur environnement légal pour la promotion de la femme. Dans certains pays, ces instituts sont affiliés au ministère de la famille mais jouissent d’une très grande autonomie. Or au regard du fonctionnement des ministères au Bénin, nous sommes presque certains que si l’Institut était sous le ministère de la famille, ce serait très lourd à piloter. Dans d’autres pays, l’Institut est directement rattaché au Premier ministre. Ailleurs c’est lié au ministère du plan et du développement. Il n’y a donc pas de solution unique et il faut s’adapter au contexte. Au Bénin, nous avons un passé politique tumultueux caractérisé pour la plupart du temps par une discontinuité dans les actions d’un gouvernement à un autre ou d’un régime à l’autre. Alors pour ce démarrage, le Chef de l’Etat a préféré que cet institut soit sous la direction immédiate de manière à ce qu’il puisse s’impliquer dans ce qui se fera. Nous espérons que ce sera un stade provisoire et que cet institut va évoluer vers une structure autonome à l’image des institutions républicaines comme le Ces, la Haac etc.

Pensez-vous qu’il existe réellement sous le régime actuel plus que par le passé, une politique de promotion de la Femme ?

 Il ne serait pas juste de se livrer à une appréciation comparative des différents régimes et de juger de qui a fait mieux ou moins. Chaque régime a ses priorités. Pour certains régimes, la priorité c’est le développement des infrastructures, pour d’autres c’est le développement de la santé ou de l’éducation. Ce régime a choisi cinq axes prioritaires de développement dont la réduction de la pauvreté qui passe forcément par un mieux-être des femmes. Jusqu’à présent ce régime a posé des actes qui sont censés aller dans le sens de la réduction de la pauvreté. Mais malheureusement, il n’y a un moyen pour quantifier ces efforts. On ne peut donc pas dire qu’il y a échec ou succès pour l’instant encore que quatre ans c’est bien court pour apprécier les impacts sociaux. Vous savez, il n’y a pas d’indicateurs pour apprécier le niveau de pauvreté des femmes. Empiriquement nous constatons que les femmes sont maltraitées, sans pouvoir d’achat et de décision. Les femmes sont privées de certains droits. Et beaucoup d’Ong se sont inscrits dans ce combat, dénonçant en permanence la situation des femmes. Mais ce sont des actions éparses qui ne mènent pas forcément à un résultat global et quantifiable. Donc pour ce gouvernement, le mieux-être des femmes est une priorité et un objectif à atteindre et il a pris des moyens. Le rôle de l’Institut sera alors de coordonner ces moyens, de proposer des réflexions plus cohérentes et plus harmonisées.

Comment concevez-vous la place ou le rôle de la Femme dans la société Béninoise aujourd’hui tant en ce qui est du rapport avec les Institutions républicaines que de leur présence ?

Je sais qu’aujourd’hui, la représentativité des femmes au sein des institutions dépend encore des hommes. Vous constatez par exemple avec moi qu’au plan politique, la place des femmes au sein des formations politiques se résume au poste de trésorière ou de chargée de la mobilisation des femmes. Mais ce n’est pas à ces postes que les grandes décisions se prennent. Et quand il s’agit pour ces formations de proposer des militants à des postes de promotion politique, elles ne songent jamais aux femmes qui malgré les contraintes de ménages, ne sont pas moins actives au sein des groupes. Ce qui décourage les femmes et émousse leur ardeur à militer sur le long terme dans les formations politiques. Donc je pense que l’Institut en permettant, en incitant et en aidant les femmes à être plus combattives, à être plus présentes dans l’arène politique et en priorité dans la gouvernance locale, va beaucoup contribuer à l’amélioration de la situation. La première place que les femmes doivent convoiter est la gouvernance locale car c’est là où les décisions afférentes directement à la vie des populations se prennent. Et progressivement, elles vont pouvoir monter dans l’échelle politique pour occuper des postes plus importants. Donc la meilleure représentativité des femmes au sein des institutions espérée sera un peu plus longue car il faut qu’elles apprennent à militer au sein des formations politiques et à s’y imposer. Aujourd’hui quand on fait appel aux femmes c’est surtout à des postes techniques. Vous aviez remarqué avec moi que lors du dernier remaniement ministériel, le Chef de l’Etat qui avait manifestement besoin des femmes politiques s’est vu confronter à des difficultés d’honorer ses engagements de 30% de femmes au gouvernement. Et j’espère bien que dans un prochain gouvernement au second mandat, les 30% seront respectés.

 Qu’est-ce que vous pensez de la politique de microcrédit en faveur des femmes et son mode opératoire ?

Le microcrédit à mon sens est une bonne chose à condition qu’il soit accompagné. L’Inde qui a été le modèle a commencé à toute petite échelle, à l’échelle de quartier en accompagnant les femmes par une formation et un suivi qui leur permettaient de ne pas dilapider l’argent reçu. Nous nous étions passés directement à la grande échelle. Et à cette échelle, le suivi est plus difficile voire impossible. Donc à mon sens il aurait été beaucoup plus bénéfique pour les femmes qu’en même temps qu’on octroie les microcrédits qu’on accompagne cela par la formation des femmes à une meilleure gestion des fonds. Cela a manqué au processus d’où les ratés observés. Il aurait été plus pertinent d’accompagner l’offre de microcrédit par une formation obligatoire pour toutes femmes. Parce que nous savons tous très bien qu’il y a beaucoup de femmes qui prennent le microcrédit sans jamais les investir dans des activités génératrices de revenus. Ce qui les amène à recourir à d’autres microcrédits pour rembourser le premier. Il faut penser à ces défaillances du programme pour l’améliorer. L’Institut fera des propositions dans ce sens. Certes le ministère de tutelle le fait aussi déjà mais ce sera mieux si nous avons plusieurs cordes à notre arc.

Au terme de votre mandat, quels indicateurs d’évaluation proposez-vous au peuple pour vous apprécier à échéance ?

J’ai déploré tout à l’heure le fait qu’il n’y ait pas d’indicateurs sur la vie des femmes. On parle en général du nombre de femmes dans les institutions mais ces indicateurs traduisent-ils la réelle situation de la vie de la femme au Bénin ? L’une des premières choses que l’Institut aura à faire sera de réaliser des études avec des structures qualifiées telles que l’Insae pour pouvoir avoir des indicateurs de départ sur le niveau de vie des femmes. Et on pourra faire une évaluation tous les cinq ans pour apprécier l’impact de ces différentes actions et programmes sur la vie des femmes dans divers domaines.

 Après votre départ du gouvernement, beaucoup vous annonçaient aux côtés de l’opposition. Mais vous avez accepté continuer travailler avec le Chef de l’Etat Boni Yayi. Une fidélité à l’homme ou à ses idéaux ?

(Sourire). J’avais dit dans plusieurs médias si vous vous en souvenez, que je ne suis pas allée vers le Dr Boni Yayi pour ses beaux yeux. Ça a déplu à certains mais je savais bien ce que je disais. Je suis vers lui à cause des propositions qu’il faisait pour notre peuple béninois et je me retrouvais dans le rêve que j’ai toujours nourri pour ce pays : s’occuper enfin du développement de notre pays. Il m’a semblé qu’il proposait des approches qui me paraissaient convaincantes. C’est vrai que je suis allée au gouvernement de façon très brève, quatorze mois qui ne me permettaient pas de prendre le contrôle du ministère et de faire aboutir ma vision. Donc j’ai vraiment le sentiment d’un travail inachevé. Mais je ne suis pas allée dans l’opposition parce que je demeure dans la dynamique d’apporter ma contribution à cette politique de développement que le Chef de l’Etat essaye de mettre en place. C’est vrai que depuis un certain temps, nous constatons que le développement le préoccupe moins que la politique et je suis la première à le déplorer en permanence mais je ne crois pas qu’il ait renoncé à sa vision de développement. C’est pour ça que je reste fidèle à la vision de développement et que je pense qu’il nous faille l’accompagner pour vraiment réaliser ce développement. Les gens m’ont annoncé dans l’opposition parce que je suis devenue très critique sur certains points. Mais je suis dans mon rôle entant que proche du Chef de l’Etat et partiellement responsable de son mandat. Donc j’essaye d’influencer autant que je le peux, les axes et les décisions qui peuvent être pris. Vous me direz que je suis quelque peu prétentieuse. Mais ce n’est pas de la prétention car s’exprimer et donner son point de vue sur un sujet n’est pas forcément être suivi. Mais c’est déjà un mérite de pouvoir le dire pour que le Chef de l’Etat qui a le pouvoir de décision, ait d’autres angles d’appréciation sur ces choix et pour qu’il ne se retrouve pas dans une bulle où tout le monde l’applaudit. Je ne suis pas allée à l’opposition pour ne pas faire de critique tous azimuts. Je réaffirme que je demeure fidèle à la vision première du Chef de l’Etat et le programme que nous avions défendu devant le peuple et sur lequel il a élu le Chef de l’Etat celui-ci nous jugera au terme du mandat.

 2011 vous verra-t-il aussi impliquer dans la politique que 2006, Directrice de campagne ?

Non je ne pense pas que je serai Directrice de campagne. Mais je serai sûrement impliquée dans la politique. Je me donnerai les voies et moyens, je ne sais pas comment parce que c’est le terrain qui commande. Ma priorité est de me donner une voix qui n’est pas nécessairement la voix monocorde que tout le monde entend. Donc c’est sûr que je serai impliquée. Les formes que cela prendra je ne sais pas mais sûrement pour tirer la sonnette d’alarme afin que nous ne ramenions pas tout à la politique.

 Un mot de fin pour cet entretien

Merci de m’avoir ouvert vos colonnes pour cet entretien. Je souhaite que cet Institut de la femme soit non seulement un instrument pour la femme mais pour les hommes et que les hommes se sentent plus impliqués. Car en fait en travaillant pour le bien-être de la femme, nous mâchons le travail des hommes. Nous permettons aux hommes d’avoir à leurs côtés des personnes capables de les aider et de les soutenir et de comprendre ce qu’ils font. Non pas pour les remplacer mais pour porter à deux les charges de construction de la famille et du pays. Il n’est pas juste de laisser 52% de la population ne pas participer au développement de cette Nation. Je veux donc engager les hommes à défendre ce que nous faisons et à nous aider à réussir cette entreprise de promotion des femmes pour le mieux-être social commun.

Entretien réalisé par Médard GANDONOU

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