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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Les vieilles recettes de Houngbédji


Le candidat Houngbédji me déçoit. Adoubé par l’Union fait la Nation, il apparaît aujourd’hui comme un challenger qui menace les fondements du régime Yayi. Et si tout se passe comme sur des roulettes mathématiques, il prendra sa revanche de 2006. Seulement voilà, il tient encore en main ses vieilles recettes de 2006, alors qu’elles l’ont empêché d’accéder au Palais de la Marina. De quoi s’agit-il ? Au lendemain de son choix en tant que candidat unique de la coalition Union fait la Nation, Me Houngbédji s’est lancé en effet dans une course diplomatique dont on a dit tout le bien qu’il fallait. Il a été reçu par des proches de Nicolas Sarkozy et de Blaise Compaoré. Ces attaches diplomatiques se sont poursuivies à l’intérieur avec la réception la semaine écoulée de quelques diplomates étrangers en poste dans notre pays. Le ballet diplomatique et les relations tissées au cours de ces périples participent au prestige du Président du PRD mais ne nous informent pas vraiment sur son programme d’action. Au contraire, elles viennent montrer que la stratégie des petits gestes politiques et/ou diplomatiques est celle qu’il privilégie pour accéder au cœur des Béninois. Il croit peut-être qu’en se faisant recevoir à l’Elysée, il pourrait créer chez les électeurs béninois un déclic émotionnel favorable. Sous les ors de l’Elysée, il a le temps de se faire passer aux yeux de nous tous comme le choix de la France, la ” mère-patrie ” et d’entrer ainsi commodément dans les calculs géostratégiques de Paris. Il exporte alors la guerre de leadership visant à savoir qui de Boni Yayi, de Bio Tchané ou de lui-même est soutenu par la ” mère-patrie “. C’est une conception qui, pour ne pas être totalement surannée, n’en est pas moins avilissante pour les hommes d’Etat africains. A l’heure où les Etats travaillent à s’arracher au paternalisme colonial, à l’heure où Wade par exemple s’emploie à montrer à la France la respectabilité internationale du Sénégal, voilà notre potentiel futur président qui prend le chemin inverse en donnant l’impression de rechercher la bénédiction de Paris. Cette onction extérieure supposée indispensable le place, lui et son pays, dans un état de sujétion dont on connaît les ravages au cours de ces dernières décennies. Au demeurant, l’histoire politique de notre pays au cours des cinquante dernières années montre une totale indépendance des Béninois, naguère Dahoméens, vis-à-vis de la mère-patrie. Cinq décennies après notre accession à la souveraineté internationale, s’il est encore une chose à sauvegarder, c’est cette fierté nationale qui nous a permis d’échapper à l’emprise infantilisante de la France. Le Bénin n’a jamais fait partie du pré-carré français. Ailleurs, l’ancienne métropole a réduit des Etats entiers à l’état de vassal, simples appendices de sa puissance. Est-ce cette perspective que nous promettent les génuflexions de Houngbédji ? Franchement, les vieilles ficelles du leader du Prd nous montrent combien de fois il a mal appris les leçons de 2006. Il y a quelques années seulement, au lieu de centrer sa stratégie sur la conquête de l’électorat national, Me Houngbédji s’était embourbé dans les mêmes filets françafricains. Après son échec de 2001, il s’est même trouvé une nouvelle virginité auprès du général Kérékou dont le régime prenait pourtant l’eau de toutes parts. Apparemment, Mathieu Kérékou lui avait promis la Marina comme sur un plateau d’argent. Au moment où le peuple souffrait le martyr sous son régime corrompu, Houngbédji n’osa pas lever le petit doigt pour montrer qu’il était avec les petites gens qui souffraient de ces dérives incalculables. Dès 2003, il était devenu le fidèle allié du régime. On connaît les conséquences de cette rupture de lien avec les vrais électeurs. Ils ont rejeté en 2006 un homme assimilé aux autres, qui ne se préoccupe que d’accéder à la présidence. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il laisse penser aujourd’hui que les petits gestes, la politique politicienne et la diplomatie électorale suffiront à arracher le fauteuil de la Marina. Il semble bien que les Béninois ont déjà dépassé cette étape. Ils attendent autre chose de leur classe politique. Non pas le clinquant de leurs hôtes encore moins les discours démagogiques d’hier. Mais des propositions et des engagements clairs pour améliorer leur sort.

Olivier ALLOCHEME

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