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Le triomphe de la vérité

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Professeur Anta Tal Dia, Directeur de l’Institut de santé et Développement du Sénégal: « Notre challenge est que nos recherches soient bien comprises des populations et des décideurs »


Au terme de trois (03) jours de présence à Cotonou, la capitale béninoise, dans le cadre de la première rencontre africaine des acteurs en approche écosystème et santé humaine, le professeur titulaire de santé publique à la Faculté de médecine, pharmacie, odontologie de l’université Cheick Anta Diop de Dakar et Directeur de l’Institut de santé et Développement du Sénégal, Anta Tal Dia livre à travers cet entretien, ses impressions sur ces assises organisées par la Communauté de pratique écosystème et santé humaine en Afrique de l’Ouest et du Centre (Copes-Aoc), explique l’approche écosystème et santé et plaide pour des travaux de recherche accessibles aux populations et aux décideurs en vue de leur appropriation.
L’Evénement Précis: Au terme de cette première rencontre africaine des acteurs en écosanté, quel est votre sentiment ?

Professeur Anta Tal Dia: C’est la première fois que tous les acteurs travaillent ou qui ont l’intention de travailler avec l’approche écosystème santé, ont l’opportunité de se réunir pour échanger. Vraiment, il faut rendre hommage au Professeur Benjamin Fayomi d’avoir pu réussir cette prouesse. Car tous, nous venons d’horizons divers. Vous savez, l’un des piliers de l’approche écosanté, c’est la transdisciplinarité. Donc, cette rencontre a permis de regrouper des acteurs travaillant aussi bien dans la santé, dans l’environnement mais également dans les autres sciences connexes telles que l’agriculture, l’élevage, la climatologie etc. Ce sont des gens qui sont très pris à tous les niveaux, qui ont des postes de responsabilité. Et on a eu cette chance de nous rencontrer ici pour échanger. Je disais que c’est très important parce que ces rencontres ont lieu en général dans l’hémisphère nord. Nous en sommes à la troisième rencontre mais toutes les rencontres se sont déroulées dans l’hémisphère nord. La dernière s’est déroulée au Mexique et la prochaine va se dérouler à Londres. Mais, il était important que nous autres, acteurs africains, que nous nous réunissions pour échanger parce que nous avons en fait le changement climatique qui est global et il doit être envisagé aussi sur le plan régional et non sur le plan local. Et ces trois (03) jours que nous venons de passer ensemble sont d’une importance capitale. Nous avons pu échanger sur les généralités sur les changements climatiques, l’approche écosystémique, la santé…et ce qui est important également, c’est que nous avons pu partager les différentes expériences qui sont menées dans les différents pays aussi bien du côté de l’Afrique de l’Ouest que de l’Afrique centrale. A partir de ces recherches, nous avons initié des démarches d’intégration, c’est l’essentiel. Comme on l’a dit, ce que une personne peut, deux le peuvent encore mieux. Donc, si nous nous mettons ensemble, nous allons former une masse critique de compétences qui permettront de faire des recherches et surtout des recherches qui seront destinées à donner des solutions en terme de changements climatiques et en terme de relation entre la santé et l’environnement.

Ne craignez-vous pas que cette approche ait, à l’instar de celles qui l’ont précédées,  une connotation trop occidentale ?
Vous avez raison. La plupart du temps, les démarche que nous adoptons nous sont parachutées de l’hémisphère nord. Donc, c’est pour souligner une fois de plus l’importance de cette rencontre. Parce que, la démarche va être la suivante. Nous allons à partir des évidences scientifiques essayer de voir quelles sont les démarches qui sont adaptées à notre environnement propre. Ainsi, nous serons à même de prendre de bonnes décisions qui seront les plus adaptées aux pays de l’Afrique subsaharienne. Donc, c’est une rencontre qui est vraiment essentielle parce que la plupart du temps, nous nous rencontrons avec les collègues du nord qui ont plus de ressources et qui sont toujours un peu plus avancés dans la réflexion, sur les démarches, les solutions proposées. Donc, cette fois-ci, nous avons l’opportunité de nous approprier de ces outils et de les adapter à notre contexte, à notre environnement. Ainsi, cette démarche va déboucher sur des solutions. Donc, c’est vraiment une démarche qui est innovante.

Que comptez-vous faire pour susciter l’intérêt des gouvernements vis-à-vis de cette approche ?
Vous savez, depuis le début, nous avons attiré l’attention sur l’importance des communicateurs. Parce que chacun a son métier. Nous, chercheurs, notre métier, c’est de faire de la recherche. Mais il faut maintenant que les résultats de cette recherche soient traduits en terme compréhensible de telle sorte que d’une part, les parlementaires, par exemple, qui ont à charge de cadrer les politiques gouvernementales, qui votent le budget de l’Etat, puissent être à même de comprendre les résultats de la recherche pour qu’ils puissent plaider auprès des gouvernements pour que ces derniers les inscrivent dans les politiques publiques. Et là aussi, c’est un des piliers de l’approche écosanté. Parce que l’approche écosanté se repose sur la communauté. Quand nous faisons des recherches en adoptant l’approche écosanté, il faut que la communauté soit au début des réflexions qui vont porter sur le protocole de recherche. Il ne s’agit pas d’être universitaire, d’élaborer un programme de recherche ensuite de venir convaincre la communauté. Non! Dès la problématique, il faut impliquer les populations. Parce que ce sont les populations qui vivent ces problèmes d’impact de l’environnement sur la santé, du changement climatique sur la santé sont à même de mieux nous dire ce qui se passe et où se trouve le problème parce qu’elles le vivent. Donc, vous voyez la démarche. Donc, tout faire avec les communautés, c’est comme ça que les communautés vont accepter les solutions que nous leur proposons. Avec l’aide des communicateurs, nous allons les rendre plus compréhensibles aux leaders communautaires qui vont le répercuter auprès des gouvernements pour que ces derniers les prennent en compte dans leurs politiques de prise en charge de ces problèmes de santé liés aux changements climatiques et à la dégradation de l’environnement.

Votre mot pour clore cet entretien
Ma conclusion est de dire que le changement climatique est là. Nous le percevons tous les jours avec les catastrophes qui surviennent, les inondations, les sécheresses etc. nous devons faire avec mais pour faire avec, il faut qu’il y ait mobilisation de toutes les compétences, les compétences entre chercheurs, l’implication des communautés et je veux souligner que maintenant notre challenge est que toutes ces recherches qui vont être faites en matière de relation santé environnement soient bien comprises par les populations et par les décideurs. Et là, les communicateurs vont jouer un rôle central.

Entretien réalisé par Jean-Claude DOSSA

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