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Le triomphe de la vérité

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Dah Azondékon, adepte du culte vodoun: « Il faut que notre constitution reconnaisse le vodoun dans toute son entièreté»


dah azondékon 1A l’instar des années précédentes, le Bénin a une nouvelle fois célébré, hier dimanche 10 janvier 2010, la fête du Vodoun. A l’occasion de la célébration de cette fête instituée par le Président Nicéphore Dieudonné Soglo en 1994, le guérisseur traditionnel et adepte du culte vodoun, Dah Azondékon livre dans les colonnes de votre organe ses impressions sur cette manifestation. Le Président des guérisseurs traditionnels du département des Collines fustige à cette occasion le rôle de division des hommes politiques entre les adeptes du culte vodoun.
L’Evénement Précis : Quel est votre sentiment à l’occasion de cette 16ème édition de la fête du vodoun au Bénin ?

Dah Azondékon : Je suis très ravi que chaque année la fête du vodoun soit célébrée parce que ça nous honore. Ça fait que le vodoun a commencé à être connu par le plus grand nombre. C’est très bien que le vodoun soit vénéré ainsi. Mais je pense qu’il reste à approfondir les choses pour que véritablement ça prenne corps et que chaque africain, chaque béninois se sente fils de vodoun quelle que soit sa religion. C’est ainsi que j’entends que la chose se fasse désormais.

Pensez-vous qu’après seize éditions, la fête du vodoun a comblé toutes les attentes ?
Je pense que les attentes ne sont pas du tout comblées. Mais, l’erreur, c’est la chose politique. En principe, nous devons faire en sorte que notre constitution responsabilise quelqu’un pour diriger officiellement les choses. Et ça doit devenir une institution de la République pour que celui là dirige la fête du vodoun. Je pense que si la constitution doit le faire, il faut qu’elle le fasse à temps donc du vivant du président Nicéphore Dieudonné Soglo qui est l’initiateur. Parce que la politique lui a arraché très tôt l’initiative puisqu’il n’est plus aux affaires. C’est lui qui a eu l’idée de créer cette fête du vodoun mais malheureusement il n’a pas eu un second mandat pour atteindre ses objectifs ou pour tracer les vrais chemins pour ceux qui doivent lui succéder. C’est de cette façon que je pense qu’après lui, les choses ont commencé à flotter. Nous pouvons prendre l’église catholique en exemple. Je pense que l’église catholique a conquis  l’Afrique parce qu’elle a su vite prendre le volet éducatif en créant des écoles catholiques sur l’étendue du territoire africain. Moi, je pense qu’au lieu que nos gouvernants nous donnent cinq cent (500) millions chaque année, il vaut mieux qu’ils réfléchissent avec nous les vrais acteurs, parce que ceux avec qui ils discutent ne sont pas les vrais acteurs du vodoun, ceux là ne vivent pas les réalités du vodoun. C’est des gens qui sont proches du pouvoir et qui bénéficient de ce qu’ils veulent sans prendre d’engagement vis-à-vis des vodounsi que nous, nous sommes. Par rapport à ça, il faut que les choses soient décentralisées, qu’on responsabilise quelqu’un et que notre constitution reconnaisse le vodoun dans toute son entièreté pour que des écoles de vodoun soient créées sur toute l’étendue du territoire béninois. Et je pense que c’est de cette seule manière là que nous pouvons sortir le vodoun de sa léthargie pour qu’il puisse rayonner. Je pense que c’est faisable mais il faut associer les vodounsi, ceux qui ont une vision par rapport au vodoun, ceux qui veulent que le vodoun se développe. Mais ceux qui veulent développer leur ventre à travers le vodoun, je pense que c’est ceux là qui sont en vue aujourd’hui, ceux là qui travaillent avec tous les pouvoirs qui passent et ça n’arrange pas. Nous fêtons pour le plaisir de fêter alors que la fête chaque année, doit nous émanciper, doit émanciper nos troupes et doit faire que le vodoun devienne le faiseur de bien, le faiseur de la loi pour que vive effectivement le Bénin.

Qu’est-ce qui explique selon vous les querelles  qui s’observent au sein des adeptes du vodoun dans notre pays ?
Justement, je pense que c’est le politique qui profite de l’analphabétisme des vodounsi pour semer la zizanie en notre sein puisque à plus de 80%, nous sommes analphabètes. Et vous savez que l’analphabétisme est un fléau. La politique profite de cette ignorance là pour nous diviser à tort. Cette division ne vient pas de nous mais elle s’impose à nous parce qu’on utilise notre argent pour venir nous diviser. Et puisque nous sommes analphabètes, nous pensons qu’on est en train de nous donner de l’argent. Alors que c’est l’argent du contribuable béninois qu’on prend pour venir nous diviser nous les vodounsi. Parce que ces hommes politiques ont besoin de l’électorat. C’est tout. Je ne pense pas que le vodounsi, tel que nous nous organisons, tel que nos lois régissent chaque couvent, que nous puissions nous disputer hors du couvent. Ce n’est pas permis parce que c’est sanctionné. Mais la politique a pris un pas sur la culture, sur la loi qui régi notre tradition et nous impose des conflits inutiles. Je pense que la voie par laquelle nous pourrons éradiquer ce fléau, c’est la voie de l’éducation. Si nous créons des écoles de vodoun, d’ici quinze à vingt ans, vous allez voir que la politique ne pourra plus venir nous diviser parce que nous aurons des cadres vodounsi. Aujourd’hui, les cadres que les hommes politiques constituent, fuient le vodoun.  Ce n’est que la nuit qu’ils s’approchent de nous pour leurs intérêts égoïstes. Mais devant la caméra, ils deviennent tous chrétiens et ils nous divisent. Voilà ce qui se passe au fait.

Quel est votre appel à l’endroit des béninois à l’occasion de cette fête ?
Je demande à toute béninoise et à tout béninois, quelle que soit sa religion de prier à l’occasion de cette fête de vodoun pour que la paix, la seule chose précieuse que nous avons au Bénin ne disparaisse. Car les consultations annuelles révèlent que la paix est en voie de disparition. Et les actes que posent nos cadres, nos hommes politiques montrent qu’effectivement la paix est en voie de disparition. Alors que c’est l’or que nous avons au Bénin, je lance un appel à tous les béninois et à toutes les béninoises pour que nous prions. Je demande à chaque chef de culte, de couvent, de temple de prier et de discipliner sa troupe pour que les hommes politiques cessent de nous intégrer à tort pour semer la zizanie afin que la paix disparaisse. Parce que je crois qu’avec la paix, nous aurons la santé et tout le reste viendra.

Entretien réalisé par Jean-Claude Dossa

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2 thoughts on “Dah Azondékon, adepte du culte vodoun: « Il faut que notre constitution reconnaisse le vodoun dans toute son entièreté»

  1. Baba Dowamon VIDO de Bohicon

    L’ensemble des sujets et problèmes abordés par Dah AZONDEKON sont pertinents. Mais le vrai problème n’est pas l’analphabétisme, ni la faute aux politiciens.
    Le Vodoun ne s’exprime pas en Français, ni en anglais. La pratique du culte vodoun se fait dans nos langues traditionnelles et est transmise de façon traditionnellement orale.
    Le vrai problème est la cupidité qui caractérise certains chefs de cultes qui bafouent devant l’argent du politicien, les lois et les comportements qui fondent nos cultes.
    Le Pouvoir temporel et spirituel étant deux doctrines distinctes qui fondent toute nation. Pouvoirs qui ne se mélangeaient pas, mais qui se respectaient.
    Le pouvoir spirituel servant de repère moral à l’autre.
    Aujourd’hui il y a une génération de Chef de culte qui ne sait plus rien de nos lois ou n’a pas été bien initié à la noblesse de la tâche….

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