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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Yayi 10 ans !


La cérémonie inaugurale du forum ouest-africain de ‘investissement ouvert lundi a pris les allures d’une fête foraine. Au milieu des groupes folkloriques invités pour le tapage nécessaire à ces occasions, des groupes de femmes en uniformes font une espèce de hourrah particulièrement détonnant à l’heure où il est question de réfléchir (et simplement de réfléchir) aux mécanismes d’investissement dans la sous-région ouest-africaine. Au passage du Chef de l’Etat, les femmes hurlent ” Yayi dix ans ! “, en se pâmant de danses et d’applaudissements. Leurs youyous se perdent dans le vacarme des zangbétos et autres groupes folkloriques installés sur la façade du Palais des Congrès, et dont le rôle semblait être de nuire à la sérénité des lieux. Spectacle banal de la folklorisation et de l’infantilisation des masses pour la gloire de nos dirigeants. A l’intérieur de la salle rouge, une centaine de zémidjans ameutés pour la cause sont aussi venus réfléchir avec les experts de la haute finance sous-régionale. Il fallait entendre les commentaires narquois qu’ils n’arrêtaient pas de murmurer sous le jaune de leur uniforme. Et surtout chaque fois que fuse un slogan, les allusions moqueuses que chacun d’eux faisait sur Boni Yayi lui-même. Quand, à la fin du cérémonial (du cirque !), il fallait sortir, le premier réflexe de ces hommes arrivés là par pur militantisme pro-Yayi, a été de demander à haute voix s’ils allaient rentrer sans les 5000 F qu’on leur a promis chacun. Et j’ai imaginé Boni Yayi aux anges après l’encensement populaire intra et extra muros , après le bain de foule dont on le sait friand. Ceux qui ont organisé cette pâle comédie autour d’un événement aussi sérieux pensaient bien faire. Ils pensaient peut-être montrer au Chef de l’Etat combien son peuple l’adule. Ils pensaient peut-être saper le moral à Abdoulaye Bio Tchané, Président du Forum, et qui s’est retrouvé sur les lieux aux côtés de son prochain adversaire. Mais ils n’ont pas vu le coup qu’ils portaient à l’image du Bénin. En présence des experts venus pour une cause uniquement sous-régionale et même surtout technique, cette foule de gens stipendiés a offert de notre pays l’image d’une dégénérescence politique peu ordinaire. Ils penseront, ces experts, que le Bénin perd radicalement les pédales. Et que les tribunes les moins politiques sont utilisées pour la cause électorale. S’il y avait des investisseurs (comment n’en aurait-il pas ?), ils croiront que ce pays s’apprête à vivre des turbulences dangereuses et peu sécurisantes pour leurs affaires. Abdou Diouf a dû sourire de tout son long en pensant à un Bénin qui répète des expériences éculées qui se sont révélées désastreuses aussi bien au Bénin qu’ailleurs. Il n’y a pas si longtemps, le folklore populiste n’a pu sauver le PRPB de la déchéance. Malgré la dictature monopartite et la militarisation de la société. Il n’y a pas si longtemps les hordes du MPR de Mobutu n’ont pu sauver le régime décrépi du Zaïre passé maître en Afrique dans l’instrumentalisation des foules pour les besoins de la gloire du Maréchal-Président. Et il n’y a pas si longtemps encore, le mélange des genres a emporté le régime Soglo lui-même, lorsqu’au comble de l’irritation face à la popularité de son prédécesseur, il a passé son discours d’ouverture du sixième sommet de la Francophonie à vilipender Mathieu Kérékou en présence de celui-ci, de Jacques Chirac et d’un aréopage de Chefs d’Etats et de gouvernement venus à Cotonou pour le sommet et non pour la politicaillerie interne du Bénin. On sait ce qu’il advint de son régime. Le coup de vernis de lundi peut toutefois avoir une tout autre explication. L’OIF fait partie des institutions d’observation des élections en Afrique. Faire croire à une popularité écrasante de Yayi devant Abdou Diouf aujourd’hui, c’est assurer ses arrières lorsqu’au scrutin de 2011 la contestation électorale aurait nécessité une prise de position de son institution. L’ancien Président sénégalais réfléchira par sept fois avant de condamner Yayi face au soutien ” populaire ” qu’il a vu ” de ses yeux ” lundi. Les slogans de lundi sont ainsi une pure orchestration pour impressionner aujourd’hui afin de vaincre demain. Olivier DJIDENOU

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