opinion: Scandales sous Yayi: Regards sur un ouvrage scandaleux

livre Scaéndales sou YayiGrâce à son dernier brûlot, Scandales sous Yayi, Wilfried Léandre Houngbédji aura remporté un vrai succès de librairie, immérité du reste à cause des piètres qualités de ce pamphlet. Malgré les « efforts » fournis par l’ « écrivain ».

S’il y a un livre dont le Chef de l’Etat aurait bien voulu se passer, c’est bien le dernier brûlot de Wilfried Léandre Houngbédji. Journaliste au quotidien La Nation où il se plaint d’avoir été mis « au garage » du fait de ses articles dérangeants pour le changement, il a publié début décembre un ouvrage à sensation au titre évocateur : Scandales sous Yayi. La couleur rouge vif de ce titre illustré par une photo  de Boni Yayi pensif, la main au menton, n’est pas ici la moindre des attractions de l’ouvrage. Il s’agit du premier livre volontairement agressif sous un régime du renouveau démocratique, livre qui apparaît comme un coup de pied dans la fourmilière du changement où l’heure est à la glorification du Roi. En choisissant de mettre ce titre sensationnel, Wilfried Léandre Houngbédji a tapé pourtant dans le mille. Il donne à croire que sous ce ciel du changement où l’on proclama à cor et à cri la volonté de lutter contre l’hydre de la corruption, ce ciel où le Chef lui-même marcha avec sueur et  au pas de charge contre les « affaires », ce ciel où il releva le Colonel Zannou de ses fonctions pour ces mêmes « affaires », il donne à penser disais-je que la corruption était devenue un véritable « scandale » plus scandaleux encore que sous les autres régimes. Même si quelques tentatives ont essaimé de-ci de-là,  c’est bien la première fois qu’un Chef d’Etat béninois en plein exercice subit cet affront d’être dénoncé en librairie pour corruption.

Le succès au rendez-vous Il paraît que le livre a connu un grand succès. L’auteur s’est expliqué à la publication du livre début décembre dernier.  Il aurait emprunté trois millions de FCFA à un mécène pour faire paraître son ouvrage, avec l’obligation de rembourser dans un délai de cinq ans. Mais aujourd’hui, il a de quoi se frotter les mains. A peine sorti, le Scandales s’est vendu comme de petits pains. L’imprimeur a dû faire tourner ses rotatives à plusieurs reprises pour augmenter le tirage, le public n’en finissant pas d’en demander créant des ruptures successives de stock. Willéandre comme on l’appelle affectueusement, en est quitte. Il va rembourser ses trois millions.

C’est qu’il a fait montre d’un certain courage puisque son organe de base, La Nation, est l’organe de service public. En d’autres temps, c’était la voix officielle du gouvernement.  Et même aujourd’hui, on peut s’imaginer qu’il ne risque pas une promotion en déversant sur le gouvernement une succession de critiques aussi vertes qu’argumentées. L’auteur a ainsi montré page après page comment l’accession au pouvoir de l’actuel locataire de la Marina a été le fruit d’une attente sociale véritable. La sortie du vieux général, confiné en son palais et incapable de contrôler ses ministres félons, a été surtout marquée par sa volonté de tripatouiller la constitution pour rempiler. Et pourtant, lui-même a été porté au pouvoir par un enthousiasme populaire occasionné par la perte de vitesse du régime Soglo en proie à une fronde politique sévère entretenue par ses opposants dont notamment le plus virulent, Albert Tévoédjrè. C’est lui qui est allé sortir de son bois l’ancien Président réputé caméléon, changeant à souhait et surtout très rusé. Si rusé en tout cas qu’à sa sortie en 2006, il a réussi à cacher à tous son candidat préféré lors de la présidentielle d’alors. Mais il aura échoué à désorganiser le scrutin afin de profiter de l’embrouille créée pour rester en place envers et contre la Constitution.   A cet égard, le livre aura permis de garder la fraîche mémoire de tous ces événements incroyables  de 2005 à début 2006 et qui ont vu des  révisionnistes convaincus comme le Colonel Martin Dohou Azonhiho, Hadja Yassarath Amadou et Kamarou Fassassi s’affronter à des antirévisionnistes non moins  virulents de la trempe de Roger Gbégnonvi, Reckyath Madougou, Adrien Ahanhanzo-Glèlè et les autres. En ces périodes d’incertitude où l’histoire a failli basculer plus d’une fois, 75% des Béninois ont fait confiance à un homme, Boni Yayi, crédité d’un passé de président de la prospère BOAD sous le couvert duquel il a rondement préparé son assise populaire. L’intrus connaissait-il la maison ? Assurément.

Une gouvernance à problèmes
 
Pour pourfendre le régime du changement, l’auteur n‘est pas allé chercher bien loin. Il a plongé sa plume dans les sales caniveaux du pouvoir pour en dénicher non pas des scoops mais les « affaires » que l’opinion publique connaissait déjà : la nébuleuse des GSM, la bulle cotonnière, les patates chaudes de la SBEE, les fumeuses passations de marchés du ministère de la santé et les sales dessous de quelques conseillers techniques  déjà en disgrâce. Pour ce qui est des GSM par exemple, Wilfried Léandre Houngbédji est allé puiser à la source du quotidien La Presse du Jour dont il cite de larges extraits, en prenant courageusement le risque du plagiat. Sur six pages environ, il met à nu les sévères déconvenues du Chef de l’Etat qui, à l’en croire, se serait fait avoir sur ce dossier. Les opérateurs GSM ont en effet réussi à lui extorquer des licences à bas prix assorties de substantiels allègements fiscaux et de contrats à géométrie variable : « Voilà la République versée par terre », conclue-t-il, dépité.
On apprend aussi, on réapprend plutôt, comment a été gérée la question cotonnière, notamment les milliards qui ont été déversés dans ce secteur aux premières heures du régime Yayi. Prenant là aussi à son compte les « révélations » de l’ouvrage d’Edouard Loko, L’intrus qui connaissait la maison, cité là encore sur plusieurs pages, il relève que la détermination initiale de Boni Yayi en faveur des producteurs provenait de promesses de campagne faites à leurs représentants en janvier 2006, quelques semaines seulement avant le déclenchement de la campagne qui devait porter le Président de la BOAD à la tête du pays. C’était aussi un sauf-conduit que s’est donné le Chef de l’Etat pour les échéances électorales futures, notamment les législatives et les communales mais surtout la présidentielle de 2011.
Pour ce qui est des passations de marchés au ministère de la santé, les  révélations « scandaleuses » proviennent pour l’essentiel des publications de l’Evénement Précis, montrant les inconduites de l’ancien ministre Kessilé Tchala dans ce dossier. Rien de nouveau non plus sous ce soleil. On aura retenu tout au moins que la lutte contre la corruption ne fait plus vraiment partie des priorités du gouvernement et que la fameuse marche verte du 16 juillet 2007 a été jetée aux oubliettes. Même au cœur de l’appareil d’Etat, certains conseillers techniques se livrent à des jeux douteux. Comme par exemple lorsque la société As-Samadou fait payer des factures indues à la présidence de la République auprès du ministère des finances ou par le truchement de la Cellule de promotion du changement, entraînant cette pointe d’ironie de l’auteur : « As-Samadou, « La Citadelle Express » et la Cellule de promotion et de gestion du changement seraient-elles des structures siamoises ? »

Un ouvrage pauvre en « révélations »

Malgré ce contenu qui eût gagné en originalité, l’auteur n’a fait que des investigations limitées sur les faits relatés avant de publier son ouvrage.  Il s’est contenté de reprendre (ou de plagier) des articles déjà publiés, allant parfois jusqu’à citer les siennes propres, frôlant par ailleurs le narcissisme. A titre d’illustration, son analyse de l’après-présidentielle du 21 mars 2006 à La Nation, s’y retrouve sur environ deux pages. S’il voulait démontrer qu’il a fait de gros efforts pour publier son document, c’est véritablement raté. Comme si cela ne suffisait pas, il «recopie» des humeurs publiées par des confrères. C’est le cas de la  virulente diatribe servie par Souleymane Ashanti depuis l’étranger dans les colonnes du Matinal en date du 11 juillet 2008. On s’étonne que « l’écrivain » ait pu manquer de délicatesse jusqu’à ce point.

Le « livre » comprend ainsi de graves erreurs méthodologiques qui font douter de sa qualité en tant que document de référence.  La typographie offerte est chargée d’incohérences, les alinéas n’ont jamais été respectés et le traitement des citations d’auteur reste largement défaillant, au regard des normes éditoriales existantes. L’appareil critique est même inexistant tout comme la bibliographie. Pour un ouvrage qui se veut un essai, l’absence d’une bibliographie est une énorme bourde traduisant les fragiles capacités de son auteur. Au demeurant, il semble que Wilfried Léandre Houngbédji ait voulu se dédouaner de la pauvreté de ses sources d’informations.
En effet, les rares sources d’information qu’il a pu réunir, sont les journaux et notamment La Nation abondamment cité, La presse du Jour et le Matinal cité sporadiquement, ainsi que les deux ouvrages publiés l’un par Edouard Loko et l’autre par Chrispel Ogoubi sur le Chef de l’Etat. Que dire par ailleurs de tous ces annexes confus, scannés à la va-vite et qui prennent une place considérable (67 pages en tout)  dans l’ensemble du « livre » ? Ce sont des bourratifs incongrus lorsqu’on pense que les lecteurs ont dû débourser 7 000 FCFA pour acheter ce document en pensant qu’il leur apporterait un éclairage sérieux sur la gouvernance à l’ère du changement.   En fait d’éclairage, le livre est parcouru par une surabondance d’interrogations. L’auteur pose beaucoup de questions au lecteur, comme s’il n’était pas sûr de ce qu’il disait lui-même. A cela s’ajoutent les nombreuses erreurs de style, les non-sens qui pullulent et les fautes  grammaticales qui foisonnent de-ci de-là.
Last but not the least, la faille la plus ubuesque reste cette préface de l’abbé André Quenum. Sollicitée sans doute par l’ « écrivain », elle fait référence au titre originel du document : Boni Yayi : Un banquier au pouvoir, la démocratie en faillite ? (précédé de : Mathieu KEREKOU : Une sortie à pas de Kaméléon). Malgré la précaution prise de mentionner que cette préface date d’avant le changement de titre au « livre », on est surpris de constater que ce quiproquo ait pu figurer dans un ouvrage aussi « sérieux ». Du reste, au regard de tout ceci, l’ouvrage perd de sa valeur pour ne relever que de la basse littérature. C’est un simple pamphlet aux allures vindicatives qui mérite d’être gentiment retiré des rayons pour être revu et corrigé en profondeur.
Olivier Djidénou

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6 comments on “opinion: Scandales sous Yayi: Regards sur un ouvrage scandaleux

  1. GREGOIRE KOUKPAKI dit :

    OLIVIER DJIDENOU . VOUS AVEZ MANQUE POUR LA PREMIERE FOIS DEPUIS VOTRE PIETRE NAISSANCE DE VOUS TAIRE …PARDON VOUS AVEZ MANQUEZ DE NE PAS ECRIRE ! .VOUS AURIEZ PU ECRIRE UN LIVRE A VOTRE TOUR POUR MONTRER QUE VOUS ETES PLUS FORT QUE WILLY HOUNGBEDJI EN LE TITRANT : YAYI BONI , LE PLUS BON PRESIDENT DU MONDE ET MEILLEUR QUE OBAMA ! ] VOUS AVEZ DANS VOTRE RAGE ET VOTRE JALOUSIE MAL PLACEE ECRIT QUE SOUS LE CHANGEMENT , C’EST LA PREMIERE FOIS QU’UN LIVRE VINDICATIF EST ECRIT CONTRE UN PRESIENT EN EXERCICE… OU ETIEZ – VOUS QUAND LE SALOPARD DE JANVIER YAHOUEDEHOU ECRIVAIT DES LIVRES INJURIEUX CONTRE L’AUTRE CANCRE QUI A PASSE LE POUVOIR AU FABRICANT DES ECHANGEURS ? YAHOUEDEHOU A ECRIT DEUX LIVRES INJURIEUX CONTRE KEREKOU , JE CITE LES TITRES :
    - LES VRAIES COULEURS DU CAMELEON …
    - LES BEBETES INFO OU A LONGUEUR D’ANNEES AU POUVOIR , RADIO PLANETE NE FAISAIT QUE VILIPENDER KEREKOU !
    SI VOUS ETES UN ENVOYE SPECIAL OU BIEN L’AVOCAT DES diables de TCHAOUROU , IL VAUT MIEUX CHERCHER UN METIER AILLEUR . LE JOURNALISME NE VOUS SIERT PAS ! VOTRE ANALYSE EST TEINTEE D’AMERTUME , DE REGRETS , DE JALOUSIE DE VOIR L’AUTRE REUSSIR UN LIVRE QUI SE VEND COMME DE PETITS PAINS FABRIQUES A TCHAOUROU . SI LE LIVRE N’ETAIT PAS BON COMME VOUS L’INSINUEZ , POURQUOI LA VENTE A BATTU UN RECORD JAMAIS CONNU AU BENIN ? BANDE DE FILOU DE JOURNALEUX !

  2. CHRYSOSTOME EGOUNLETY dit :

    messieurs de l’evenement , pardon , MESSIEURS DE L’ENERVEMENT IMPRECIS : POURQUOI SUPPRIMEZ-VOUS DES COMMENTAIRES ? BANDE DE JALOUX ET ANTI DEMOCRATIQUES .LA LIBERTE DE PRESSE EST BIEN DIFFICILE .LA LIBERTE D’OPINION EST AUSSI BIEN DIFFICILE .
    VIVE WILLEANDRE HOUNGBEDJI .

  3. zantchede dit :

    C’est seulement au Bénin qu’il est difficile de faire quelque chose sans prendre une bonne douche de ceux qui se refusent de faire avancer la nation. Surtout écrire sur chef d’Etat en exercice, est un sacrilège. Pourtant, et poutrant le Bénin demeure un pays démocratique. Nous, pendant la période révolutionnaire, avions eu la chance d’être persécuté, arrêté, violenté pour que la démocratie soit. Mettons tous la balle à terre. Léandre HOUNGBEDJI, a écrit. C’est sa manière de contribuer à l’émergence du Bénin. Même si c’est un plagia, c’est aussi un art qui n’est pas donné à tout le monde de réaliser. Moi, je n’ai pas lu le livre malgré son succès. Et nous sommes nombreux dans cette catégorie. Cependant, je le félicite pour son courage et pour sa contribution. Cessez les publicités gratuites. Je demande à Olivier Djidonou d’écrire un livre qui prend le contre pied de cet ouvrage « mal écrit » selon ce dernier afin d’aider le Chef de l’Etat. je constate amèrement, depuis un moment qu’il existe une race de sangsue autour du chef de l’Eat qui ne souhaite pas qu’il corrige ses éventuelles erreurs pour conduire la Nation béninoise à l’émergence véritable. Trève de palable et travaillons pour ce pays qui nous a tout donné. Travaillons tous et la République se portera mieux.
    Zantchede

  4. FRANC MACON dit :

    UN ARTICLE A ETE SUPPRIME PARCEQUE OLIVIER DJIDENOU A ETE TRAITE DE JOURNALEUX. C’EST UNE HONTE POUR VOUS A L’ENERVEMENT IMPRECIS DE SUPPRIMER LES COMMENTAIRES DES INTERNAUTES . BANDES DE FILOUX DE JOURNALISTES . ECRIVEZ AUSSI DES ARTICLES ET DES LIVRES POUR ENCENSER LE ROI BONI YAYI . SOUS KEREKOU , ON JURIAIT LE CHEF DE L’ETAT SANS PROBLEME . JANVIER YAHOUEDEHOU A ECRIT CONTRE LE CANCRE DE GENERAL KEREKOU SANS PROBLEME . SA RADIO , RADIO PLANETE INJURIAIT LES POLITICIENS AVEC SA BEBETE INFO SANS ETRE TRAITE DE QUOI QUE CE SOIT . EN 2011 , SI JAMAIS L’ALTERNANCE A LIEU , VOUS VERREZ COMMENT CES PROSTITUES DE JOURNALISTES VENUS DROITS DE TCHAOUROU SERONT CHATIES . BANDE DE JOURNALEUX A L’ENERVEMENT IMPRECIS , PARDON EVENEMENT PRECIS .

  5. koudjènoumè philippe dit :

    je n’ai pas lu le livre, mais je salue tout d’abord notre jeune démocratie qui a permit à ce auteur de s’exprimer librement et en fin je salue son courage et sa détermination à informer l’opinion publique sur ce qu’il appel scandales sous yayi même si à en croire diverses opinions sur ce livre, beaucoup de zones restent à vérifier.
    je souhaite que ce gouvernement qui « accusé » apporte la lumière sur cette affaire et que le débat ai lieu .vive la démocratie

  6. DOSSOU SEVI dit :

    J’ai lu avec beaucoup d’attention les critiques de Olivier DJIDENOU. A mon humble avis, qu’on soit avec ou contre le pouvoir, il faut d’abord situer ce travail dans un contexte scientifique. C’est un ouvrage publié qui a été critiqué. C’est rien d’extraordinaire. Je pense aussi que Olivier aurait pu faire preuve d’humilité et moins de sévérité. Certains commentaires qu’il aurait pu éviter ont entaché le caractère sérieux de son travail. Mais je crois quand même que globelement ce n’est pas méchant;c’est mon avis.

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