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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Sécurité et inefficacité


L’appareil sécuritaire du Bénin a été mis en déroute vendredi dernier. Le braquage de Diamond Bank et EcoBank dans
l’enceinte du marché Dantokpa a montré clairement à tous que les forces de sécurité de notre pays sont une machine inefficace et médiocre. On peut comprendre qu’une première attaque des malfrats ait pu être enrayée et que surtout aucun d’entre eux n’ait été touché et qu’ils soient rentrés tranquillement. Même bredouilles. Encore que là il faut se demander pourquoi aucun de ces hors-la-loi n’a été touché par les balles de nos militaires et comment ils sont repartis comme ils étaient arrivés, par la mer. La deuxième attaque  est apparue pourtant comme une véritable bérézina, un lamentable échec qui a pu montrer à tous que les cadres de nos armées et de nos polices croupissent dans une médiocrité crasseuse. On ne peut pas comprendre que tous les corps habillés de notre pays se soient retrouvés à Dantokpa sans qu’aucun malfrat n’ait été abattu ni blessé au bout de trois heures d’opération. Soit les malfrats étaient plus forts et plus intelligents que tous nos militaires, tous nos policiers et tous nos gendarmes réunis, soit tout ce monde ne constitue en fin de compte qu’une détestable machine sans grande utilité. Le langage d’apaisement utilisé dès lors pour faire croire que  » la situation est sous contrôle  » n’était rien d’autre qu’une poudre aux yeux des citoyens paniqués par tant d’impuissance et de médiocrité accumulées. Ces mots débités par le ministre de la défense comme par celui de l’intérieur sans parler du Chef d’Etat-major, sonnent particulièrement faux dans un contexte où nos forces ont été tenues en respect sur leur propre territoire non pas par une armée régulière mais une bande d’individus surarmés. Et si c’était une armée étrangère ?
Le plus impardonnable c’est que tout se soit passé sept mois après l’attaque du 1er avril. C’est-à-dire que les forces ar
mées savaient depuis lors le mode opératoire de ces bandits. Mieux, les mêmes bandes armées ont repris du service dans la nuit du 27 au 28 septembre dernier dans la ville de Limbé au Cameroun (160 km de Douala), assiégée pendant trois heures d’horloge. Ils  y ont dévalisé trois banques et emporté environ trois cents millions de francs Cfa. Avant cela, ils ont opéré en Guinée Equatoriale et à Bakassi même, presqu’île pétrolifère léguée au Cameroun et qui semble être leur base de repli. Au total, ces braqueurs qui écument la sous-région depuis si longtemps, à défaut d’être clairement identifiés, étaient connus de nos services de sécurité. Leurs actions répétées pouvaient laisser penser qu’ils allaient revenir après l’échec du 1er avril. Et malgré tous ces signaux, rien n’a été fait pour éviter le pire. Ce qui devait arriver arriva.  Tout se passa même à cinq minutes du camp Ghézo censé être le plus grand camp militaire du Bénin. On n’arrivera jamais à expliquer pourquoi personne n’a pu prévoir que les malfrats allaient repartir par la mer et qu’il fallait leur couper la retraite en les interceptant du haut de l’un ou l’autre des trois ponts de Cotonou ou en les faisant prendre en chasse par les vedettes rapides de la marine militaire. On n’arrivera jamais à comprendre pourquoi personne n’a pu installer même à la berge une petite batterie dotée d’un matériel suffisant pour détruire tout au moins l’embarcation motorisée servant à leurs déplacements. Comme on ne comprendra jamais pourquoi les hors-la-loi ont été laissés libres d’intervenir pendant trois heures, alors que les forces de l’ordre auraient pu donner l’assaut à l’aide de fusées éclairantes, matériel élémentaire dont disposent les armées depuis la deuxième guerre mondiale, parce que nécessaire aux opérations nocturnes.
Ce mur de mystères ne converge que vers la confirmation de ce que même le Palais de la Présidence peut être atta
qué à tout moment sans que la soldatesque ignare ne puisse réagir avec efficacité, abritée qu’elle est derrière la métaphysique verbeuse de ses chefs prompts à parler de manque de moyens. Sévir ici en limogeant les hauts gradés impliqués dans cet échec massif ne serait qu’un moindre mal. Il convient, au-delà de tout, de trouver une solution à cette inefficacité titanesque en dotant les forces de police de matériels utiles comme les fusées éclairantes, mais surtout d’images sattelitaires dont la mise à disposition aurait permis par exemple de localiser les bandits et leurs mouvements sur le terrain. De même, à quoi diable peut servir encore le commissariat spécial de Dantokpa s’il n’est doté que de six éléments peu motivés et mal armés dans un marché pris d’assaut par le gratin du crime organisé de la sous-région ? A rien. Les gesticulations des hauts gradés vendredi et samedi derniers, ont servi en tout cas à indiquer la nécessité de repenser la réactivité de nos forces de sécurité en période de crise. C’est un piètre résultat. Comme tout le reste.
Olivier Djidénou

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