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Le triomphe de la vérité

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Modernisation de l’Administration Béninoise: Le Bac béninois à l’épreuve des Tic


(SIOU, le petit gris-gris béninois!)

L’Office du Baccalauréat du Bénin depuis 2005, s’est engagé dans une informatisation accélérée de son administration. Une singularité dans le contexte d’une administration publique béninoise dans sa marche hésitante vers l’adoption des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Des réformes numériques qui ont considérablement remis en cause la tradition séculaire ayant cours dans la gestion du premier diplôme universitaire béninois. Une expérience néanmoins avec des fortunes diverses.
Le Baccalauréat béninois, à en croire le Directeur de l’Office du Bac Alexandre Ladipo, est dans la sous région ouest africaine, l’un des rares dont le soucis de la crédibilité des diplômes a engendré une centralisation exagérée des données. C’est la caution dit-il, pour continuer par faire jouir le baccalauréat béninois des privilèges de reconnaissance dont il est bénéficiaire en Afrique et dans d’autres universités du monde. Mais depuis quelques années, la difficulté de concilier les contraintes de  l’effectif de plus en plus pléthorique des candidats à cet examen et la gestion manuelle de l’organisation afin d’honorer le soucis de crédibilité, est devenue manifeste. Dès lors, l’Office du Baccalauréat béninois a fait l’option de l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la gestion de ses données. Environ trois ans, et on peut déjà s’en référer tant sur le plan national qu’international,  malgré les difficultés rencontrées€¦

Il y a trois ans, une expérience€¦
Estimé en 2008 à environ 61000 candidats inscrits, le Bac béninois s’est révélé, selon l’Office du Bac, comme celui qui examine le plus grand nombre de candidats dans la sous région et où la centralisation des données sensibles y afférant est la plus rigoureuse. Malgré cet accroissement exponentiel de l’effectif et la recherche d’une sécurisation et d’une crédibilité certaine pour le Bac béninois, l’administration en charge s’était longtemps confiée, jusqu’à un passé récent, aux méthodes manuelles de gestion des données et de toutes les autres tches entrant dans le déroulement du Bac. Les résultats sont aléatoires avec des données presque toujours incertaines aboutissant à des statistiques ondoyantes. Ainsi des candidats pouvaient facilement se retrouver sans numéro, d’autres sans convocation et pire certains irretrouvables sur la liste de proclamation des résultats.
Depuis l’édition de 2005 du baccalauréat, l’Office du Bac s’est résolu à faire recours aux possibilités offertes par les TIC. Une marche qui a commencé par donner des fruits concluants après deux ans d’expérimentation. En 2007, l’Office du Bac a opéré une interconnexion entre l’Office et les Huit centres de correction et délibération répartis sur toute l’étendue du territoire national. Cette opération, à en croire le Directeur de l’Office du Bac Alexandre Ladipo, « €¦a permis d’envisager, avec sérénité dès l’année 2008, l’installation de toutes les tches d’organisation de l’examen directement en ligne sur Internet ». Une avancée qui donne au Directeur l’assurance qu’ « on peut désormais, sans possibilité de tripatouillage, gérer en temps réel, le baccalauréat à partir de n’importe quel centre de correction du Bénin en se connectant avec la base de données unique du serveur d’applications de l’Office ».
Cette expérience a permis à l’Office du Bac d’endiguer d’énormes voies de fraudes jadis  utilisées par les candidats. Par exemple cette année, grce à ce système, le problème des épreuves d’éducation physique et sportive a été résolu puisque beaucoup de candidats ignoraient de bonne ou mauvaise foi, le caractère obligatoire de l’épreuve d’éducation  physique et sportive lorsqu’on est apte. Ce dispositif révélait aussi systématiquement les cas de candidats recalés pour diverses raisons aux examens et qui usaient de l’archaïsme des méthodes de contrôle pour passer outre ces contraintes légales. Cette fiabilité de l’instrument a simplement résolu le Directeur de l’Office du Bac à conclure qu’ « il n’y a plus aucune possibilité de passe-droit pour les différents acteurs du bac béninois».
Sur le site Internet qui consacre cette révolution de l’organisation du Bac béninois, l’on se rend mieux compte de l’impact direct de cette nouvelle donne sur la performance des candidats. Ainsi, les candidats peuvent y avoir accès aux conseils d’enseignants chevronnés pour aborder les différentes épreuves de l’examen de baccalauréat. La disponibilité des épreuves de composition des années antérieures, autrefois pénibles d’accès, y est effective ainsi que des conseils pour mieux s’orienter après le Bac.
Des performances que l’Office a bties sur un système d’information unifiée dénommée Siou qui ouvre à l’horizon, d’énormes possibilités tant pour le Bac que pour d’autres examens.

SIOU, le petit gris-gris béninois!
Les prouesses réalisées par l’Office du Bac du Bénin dans la gestion informatique des données relatives au baccalauréat sont exclusivement le résultat de la mise en Å“uvre d’un Système d’information de l’Office du Bac Unifiée dénommée Siou. Ce système développé par Cédric Protière pour l’Office du Bac du Bénin s’est révélé très déterminant pour l’efficacité dans les tches du personnel. Principalement, il assiste le personnel de l’Office du Bac dans les tches de saisie des dossiers de candidature, d’impression des listes pour vérification en format Pdf. La très fastidieuse opération de répartition des candidats dans les centres de composition selon leur série, ge et critères géographiques a pu être résolue par le dispositif Siou qui assure dans le même temps l’impression des convocations et des listes d’affichage et d’émargement en Pdf ainsi que diverses statistiques etc. En outre, les opérations de saisie des notes des candidats et impression des résultats ainsi que leur affichage sur le site de l’Office sont automatisés.
C’est un système d’information dont les potentialités se sont révélées au-delà des limites de l’organisation du Bac. Selon Cédric Protière le concepteur du système, « SIOU a été développé dans l’objectif d’être adaptable à tout pays et tout type d’examen ». Ce qui a été confirmé depuis la mi-mars 2008 où le Siou  est devenu le premier logiciel conçu en Afrique à être admis sous licence Gpl sur demande de l’Agence universitaire de la Francophonie comme logiciel libre. Le Directeur de l’Office du Bac Alexandre Ladipo s’en réjouissait d’ailleurs, s’extasiant face à ces prouesses devant son ministre de tutelle le 17 Juillet 2008 à la veille de la session de Juillet 2008 du Bac : « Ce n’est quand même pas un mince succès que cette innovation qui est reconnue au plan international!..».
Des innovations et des prouesses certes, mais toutes choses qui n’ont  pu empêcher les grandes déconvenues de publication sur Net,  des résultatsdu Bac 2008. Une mésaventure qu’il convient de nommer le « Bug d’Août 2008 » au Bénin.

Le Bug d’Août 2008 au Bénin !
Soirée du Mercredi 20 Août 2008. Le Collège d’enseignement général de Gbégamey, un Collège de Cotonou, cadre traditionnel de délibération des résultats nationaux du baccalauréat, est devenu subitement trop exigu pour contenir le flux des milliers de candidats impatients d’entendre leur numéro dans le mégaphone de fortune. La légère décentralisation de ces résultats dans quelques collèges périphériques de la ville n’a pas beaucoup d’impacts sur l’attroupement. Face à cet environnement qui devient de plus en plus hostile à la réalisation des objectifs des milliers de candidats qui se sont déplacés pour se fixer sur leur résultat, l’on commence  par observer un dégraissage de la masse. C’est l’exode vers les centres cybers. Dans un des plus grands Cybers centres de Jonkey, situé dans un quartier populeux de Cotonou,  le phénomène se confirme. La centaine de postes ordinateurs qui meublent la salle ont tous leurs locataires. Quasiment, tous les écrans affichent les liens de l’Office béninois du baccalauréat puisque l’événement national majeur est la proclamation des résultats. Un candidat au bac, visiblement plus préoccupé sur son écran que sur notre curiosité,  lche à notre  insistance : « €¦J’ai fait confiance à l’office du Bac qui a annoncé la mise en ligne des résultats nationaux. J’attends toujours !€¦ ». Plus que jamais alors, le bac béninois était à l’épreuve des Technologies de l’information et de la communication!
Il sonne 18 heures TU. Un message s’affiche sur les écrans des centaines de candidats entassés dans ce Cyber qui était notre prototype à l’échelle nationale : « Erreur sur le serveur ». Ainsi la quasi totalité des ordinateurs qui ont tenté de se connecter à l’adresse Net de l’Office du Bac  afin d’accéder à leur résultat voyait systématiquement leur demande rejetée. Sur un poste au fond de la salle de navigation, un candidat réalise l’exploit. Sur son écran est apparu le site de l’Office du Bac ! C’est la ruée vers le miraculeux poste dans le rang des candidats fortement stressés. Mais ce n’était qu’une fausse alerte. La page apparue  restera plantée sans aucune possibilité d’accès aux données du site. La désillusion est plus sclérosante. Les milliers de candidats et parents sur toute l’étendue du territoire national et à l’extérieur subissaient impuissants les caprices de la technologie. De 18 heures, le calvaire persistera jusqu’à 23 heures avant qu’à compte-goutte, les candidats les plus endurants commencent à accéder à leur résultat alors même que les épreuves consécutives, réservées aux seuls admis, sont annoncées pour le lendemain.
Et pourtant, quelques jours avant la proclamation des résultats, le Directeur de l’Office du Bac nous  rassurait sur les dispositions prises par ses services pour la mise en ligne à temps des résultats et la fluidité des informations. Pour Alexandre Ladipo, « les partenariats Office du Baccalauréat-Bénin Télécoms et Office du Baccalauréat-Campus numérique francophone de Cotonou ont permis €¦une facilité de connexion démultipliée €¦grce à la mise en service du nouveau serveur Web, directement hébergé par Bénin Télécoms ».
Toutes ces dispositions se sont-elles révélées inopérantes face à l’assaut des dizaines de milliers de candidats sur toute l’étendue du territoire national ? Tout de même, il faudra reconnaître que ce « Bug informatique » qui a eu cours lors des proclamations des résultats du Bac 2008, n’était au regard de tous les exploits enregistrés par l’Office dans l’organisation du Bac, depuis l’établissement des listes, l’interconnexion des différents centres, la convocation des candidats etc., qu’une mineure défaillance.  L’informatisation de la gestion du Baccalauréat béninois serait selon un membre de jury interrogé, « la meilleure chose qui soit arrivée au Bac Béninois à l’épreuve de sa crédibilité en 2008 au regard de l’effectif pléthorique des candidats ». Il certifie que « l’on aurait assisté à un cafouillage monstre dans l’organisation et la proclamation des résultats au cas où l’on continuait  avec le vieux système manuel de gestion ».
Et si l’Office du Bac a échappé de peu au cafouillage, qu’en est-il des autres qui persistent dans la réticence aux nouvelles technologies ?

L’arbre qui cache la forêt !
L’informatisation de la gestion du Baccalauréat béninois est visiblement le maquillage dont se prévaut l’administration Béninoise soumise à une lente marche vers la numérisation. L’Office du Bac qui s’est révélé comme un oasis dans ce désert hostile à toute modernisation, a sûrement opéré une démarcation en marge des dispositions officielles prises par l’Etat pour l’entrée de son administration dans le monde des Ntic.
Et pourtant dans son Document cadre sur la « Réforme administrative au Bénin » publié depuis Juin 2000 à la page 64 et suivant, le Bénin s’est adjugé le défi de « Promouvoir les nouvelles technologies de l’information et de la communication » dans son administration. A cet effet, plusieurs projets de grande envergure ont été recensés et projetés. On pourra à juste titre, évoquer le Projet « Informatisation de la solde » qui vise à payer la rémunération des agents Permanents de l’Etat Civil avec toute la célérité qu’elle requiert€¦puis le projet de « Fichier Unique de Référence (fur) » qui vise la maîtrise de l’effectif et de la masse salariale dans l’administration publique. Des projets et des intentions qui sont demeurés les uns des tigres de papier, les autres sur la voie interminable de leur concrétisation.
Pour le moment, l’Office du Bac nous donne l’espoir d’une administration moderne au Bénin à travers l’informatisation de son système d’administration. Son Directeur Alexandre Ladipo y croit d’ailleurs fermement, nous confiant avec toute l’assurance possible for de son expérience que « €¦la meilleure façon de faire appliquer les lois et les textes au Bénin, c’est de les transformer en programme informatique ».               Médard GANDONOU

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6 thoughts on “Modernisation de l’Administration Béninoise: Le Bac béninois à l’épreuve des Tic

  1. Delphin

    L’Office du Bac nous rassure-t-il sur l’efficacité de son installation pour le bac 2009? J’insiste
    Delphin

  2. DONOU V Félix

    C’est bien. Il faut plutôt dire TIC: Technologie de l’Information et de la Communication que de dire NTIC. Aussi, le mot sommes est oublié sur l’avant dernière ligne.

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