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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Curieux COTEB


Le Complexe Textile du Bénin étonne. Ce joyau de l’industrie béninoise a livré cette semaine des milliers de treillis à l’armée dans le cadre du service militaire, des équipements livrés devant les cameras de télévision. Les téléspectateurs ont ainsi constaté les prouesses d’une unité industrielle de notre pays et rêvé en même temps de voir fleurir bientôt d’autres infrastructures industrielles pour créer de la valeur ajoutée. On s’est rappelé en même temps qu’à sa visite dans cette structure en juillet 2007, Boni Yayi n’a pas manqué de féliciter les travailleurs à qui il a promis beaucoup de choses. Le Chef de l’Etat a laissé entendre que le COTEB serait chargé désormais de la fourniture de tous les treillis des corps militaires. Ce faisant, le Président de la République confiait aux responsables de l’unité un gros débouché capable d’assurer sa survie pour longtemps. On pouvait même se demander si cette promesse allait être tenue compte tenu de la grande rentabilité de ce marché autrefois géré par de grosses sociétés étrangères. Ces multinationales aux dents longues disposant d’une capacité de nuisance non négligeable, on s’attendait à ce que le pouvoir du changement recule pour les laisser paître sur ces pturages gras et verdoyants. On sait aujourd’hui que la pression n’a pas marché, malgré la force de frappe des lobbies tapies dans les rangs des corps habillés. Le COTEB tient bien son marché et son coup publicitaire serait passé avec bonheur s’il n’y avait des grains de sable dans la machine.
C’est qu’en voulant montrer les performances de l’entreprise, le superviseur s’est lancé dans un long verbiage sur ses difficultés comme pour en informer le Chef de l’Etat qui les connaissait certainement déjà. Cette sortie ne permet pas à l’entreprise de soigner son image. Elle rend compte simplement des difficultés de l’industrie béninoise dans son ensemble. Participant pour environ 14% dans la formation du PIB de notre pays, l’industrie béninoise est en face de défis gigantesques illustrés par les problèmes énergétiques et de vieillissement qui l’accablent. En dehors de ce que les débouchés sont minces au regard de la maigreur du marché national, il y a que le pouvoir d’achat est faible. Le potentiel industriel est toutefois largement sous-exploité parce que les pièges dressés sur la voie des investisseurs sont généralement systémiques, difficiles à déjouer parce que d’origine sociologique pour la plupart.
Rares sont en tout cas les unités n’ayant plus de problème de débouché comme le COTEB. Et s’il faut lever d’autres goulots d’étranglement c’est sûrement ceux de l’investissement privé notamment les problèmes fonciers et de ressources humaines qualifiées. Il y a que les responsables de COTEB doivent cesser de compter sur la manne étatique qui a porté l’entreprise à bout de bras jusqu’ici. Bien qu’étant une propriété de l’Etat à travers la SONAPRA, le COTEB devrait fonctionner avec un management du privé en se dotant d’ambitions solides. Avec le marché de l’armée et des corps habillés en général, il tient un monopole de rêve. Il est clair que dans la situation actuelle, les travailleurs de la société devraient être mis devant leurs responsabilités pour arrêter d’attendre que la manne tombe du ciel. Les recapitalisations successives de la société lui donnent aujourd’hui une surface financière de base pour se lancer à la conquête de son autonomie. Le fonctionnariat plaintif et revendicatif arboré de tout temps est en tout cas le prémice d’une nouvelle dégringolade qui risque d’être la dernière. Ici comme ailleurs, il faut saisir les chances de prospérité pour construire l’avenir sur de nouvelles bases.
Olivier Djidénou

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