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Le triomphe de la vérité

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3ème Forum sur l’aide au développement: Le Bénin reçoit le prix de l’alignement


(Lire le Grand dossier réalisé par l’Envoyé Spécial de l’Evénement Précis au Ghana: Le point des discussions au niveau des neuf tables rondes; Interview de Mme Mama Koité Doumbia; Divergence des défenseurs des Droits de l’homme sur l’Aide aux régimes anti-démocratiques …)

(La délégation officielle béninoise absente lors de la remise du prix)
L’alignement constitue le second principe de la Déclaration de Paris de 2005. Ce principe dit exactement ceci : «les donneurs font reposer l’ensemble de leur soutien sur les stratégies nationales de développement, les institutions et les procédures des pays partenaires». Autrement dit, les donneurs s’alignent sur les stratégies des pays partenaires. C’est le respect et la mise en Å“uvre de ce principe qui a valu au Bénin un prix. Mais malheureusement, la délégation officielle béninoise à la rencontre composée de parlementaires et des cadres du ministère des Finances et de l’économie et du ministère du Développement a pêché en s’absentant au moment de la remise des prix. Les délégués officiels du Bénin n’étaient pas dans la salle au moment solennel où le Bénin a été appelé à la tribune pour recevoir ce prix. C’est une représentante de la Maison de la société civile à Cotonou, Mme Denise M. Diakité qui n’est pas membre de la délégation officielle béninoise qui s’est spontanément présentée pour représenter le Bénin et recevoir ce prix. C’est après que les délégués du gouvernement béninois ou du pays à cette rencontre sont venus rattraper cette étape de la cérémonie de clôture des assises d’Accra sur l’efficacité de l’aide. Il faut dire que c’est un honneur pour cette membre de la société civile qui a pris une part active aux différents travaux ainsi qu’à la conférence parallèle des organisations de la société civile du 31 Août au 1er septembre 2008 toujours à Accra, de représenter le Bénin à la tribune officielle devant des sommités du monde des affaires, de l’économie et du développement à l’échelle de la planète, des ministres des pays développés, des partenaires au développement. C’est d’autant aussi une honte pour la délégation béninoise qui a laissé tout de même une mauvaise impression à la fin du sommet après bien sûr avoir participé aux débats et apporter sa modeste contribution avec les autres pays africains en vue de l’amélioration de l’efficacité de l’aide.
Christophe D. ASSOGBA depuis Accra

3ème Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide
Le point des discussions au niveau des neuf tables rondes

Neuf tables rondes parallèles ont meublé les travaux du 3ème Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide. La première table ronde a porté sur le premier principe de la Déclaration de Paris : l’Appropriation. Au cours de cette table ronde, les participants ont centré leurs propos sur la responsabilité démocratique et la qualité des politiques et des systèmes nationaux. De l’avis général des participants à ce panel, les instances parlementaires, les collectivités locales, la société civile et les organisations du secteur privé doivent être associés plus étroitement aux efforts à travers le renforcement de leurs capacités. Il a été également souhaité l’accès à l’information de développement. De nombreux communicateurs ont insisté sur le fait que les capacités ne se limitent pas aux capacités humaines. Elles dépendent également de la qualité des politiques, des institutions et de la gouvernance. «Il convient de suivre une approche systématique en matière de renforcement des capacités, appuyée par une assistance technique adaptée à la demande et dans laquelle la coopération Sud-Sud et triangulaire peut jouer un rôle crucial». Le débat a aussi porté sur les conditionnalités. Certains participants ont estimé que la conditionnalité est un obstacle à l’appropriation tandis que d’autres ont fait savoir que l’appropriation peut-être renforcée en «liant les programmes d’aide à des principes fondamentaux tels que l’égalité entre hommes et femmes, le respect des droits de l’homme et la démocratie. De l’avis général, les conditions doivent être mutuellement convenus. En ce qui concerne la seconde table ronde sur le principe de l’Alignement, les participants notamment des experts ont fait observer que l’alignement nécessite une relation de confiance et que la conditionnalité était la meilleure preuve d’un manque de confiance. Ils ont aussi estimé que le dialogue, terrain d’entente entre les bailleurs de fonds et les partenaires a été trop limité, superficiel et fragmentaire et ont évoqué la «nécessité de forger une nouvelle relation d’aide fondée sur un véritable partenariat». Au cours des débats, de nombreux participants ont exprimé leur amertume face au refus des bailleurs de fonds d’utiliser les systèmes nationaux. Certains participants se sont déclarés préoccupés par l’insuffisance d’aide fournie. La table ronde 3 ouverte avec un groupe de rock et un film sur le thème défini par les coprésidents Keith Muhakanzi de l’Ouganda et Ingrid Gabriela de l’Allemagne. Les débats ont porté sur de nombreuses questions comme la division du travail, le renforcement des capacités. S’agissant de la division du travail, Talaat Abdel-Marek a déclaré que « l’autoroute du développement est de plus en plus fréquenté et il faut de nouvelles règles de la circulation ». Les participants ont fait constaté que les thèmes tels que les droits de l’homme, l’égalité des sexes, l’environnement ne sont pas pris en compte dans la Déclaration de Paris. Ils ont également soulevé toute une liste de problème d’harmonisation : cadres juridiques divergents, exercice de la responsabilité des bailleurs de fonds, manque de coordination. Dans la salle de réunion 2 de Accra international conférence centre pleine comme un Å“uf, les participants à la table ronde 4 ont échangé sur la gestion axée sur les résultats, un des principes de la Déclaration de Paris. Au cours des discussions, les participants ont été nombreux à considérer que les résultats de développement avaient été étroitement considérés sous l’angle du développement économique, pratiquement sans tenir compte des questions des droits de l’homme et ceux des femmes. Sur le plan de la responsabilité mutuelle, thème de la table ronde 5, Mary Robinson a noté dans son introduction liminaire que les conclusions du rapport d’évaluation de la mise en Å“uvre de la Déclaration de Paris, la responsabilité mutuelle demeure l’élément le moins bien compris de l’efficacité de l’aide au développement. Les participants à ce panel ont été d’accords sur les obstacles au renforcement de la responsabilité mutuelle. Ils ont également défini les mesures spéciales à prendre : renforcer le rôle des pays partenaires et rééquilibrer le rapport de forces entre ces pays et les bailleurs de fonds, localiser la politique d’aide, améliorer la transparence et la régularité des flux d’aide et améliorer la qualité des données utilisées pour les décisions en matière de développement. La société civile était à l’honneur à la table ronde 6. Principale acteur du Forum d’Accra, la société civile a formulé des recommandations spécifiques sur les modalités de collaboration avec elle et les moyens dont ses organisations peuvent bénéficier pour devenir des acteurs plus efficaces. «L’une des caractéristiques du Forum d’Accra a été la large participation des organisations de la société civile», a déclaré Antonio Tujan, président du Groupe de coordination des organisations de la société civile. Les participants à ce panel ont reconnu le bien fondée et le rôle crucial des Osc dans le processus de développement et ont souhaité qu’elle soit pris en compte dans l’architecture de l’aide au développement. S’agissant de la table 7 sur la fragilité et conflit, les participants ont indiqué que les pays qui ont plus besoin d’aide sont les Etats fragiles. Le point de vue général est que l’aide soit être disponible rapidement pour créer une «dividende de paix» en mettant l’accent sur la reconstruction des institutions d’Etats et la nécessité de faire face aux besoins immédiats de survie des pauvres. Consacrée à la mise en Å“uvre de la Déclaration de Paris au niveau sectoriel, la Table ronde 8 présidée et animée par Ricardo Arias du Honduras et Anders Nordstrom de la Suède a attiré une large participation comme celle de la société civile. Au cours du débat animé par un groupe de 11 experts, des exemples ont été examinés dans les secteurs tels que l’éducation, la santé, l’infrastructure et l’agriculture. Les participants ont reconnu que des progrès ont été accomplis dans tous les secteurs sauf dans l’agriculture où l’aide n’est pas plus efficace et a diminué de près de 50% au cours de la dernière décennie. De l’avis des participants à cette table ronde, il faut adopter une approche programme globale pour examiner ensemble tous les secteurs de façon à améliorer la cohérence, à faire des arbitrages et à prendre en compte les facteurs intersectoriels et macroéconomiques. «Il importe également de nouer des partenariats au-delà des administrations centrales, avec les collectivités locales, les organisations professionnelles, les organisations de la société civile et les partenaires privées». Les participants ont souligné avec force qu’une approche sectorielle n’est pas un instrument de financement efficace. La table ronde 9 sur l’architecture de l’aide a permis aux participants d’insister sur le fait que les bailleurs de fonds doivent souscrire aux déclarations et accords internationaux en matière d’aide. Ils ont aussi insisté sur la nécessité d’intégrer les fonds destinés à des programmes d’envergure mondiale dans les plans nationaux et de faire en sorte que ces fonds servent à renforcer les capacités et les institutions dans différents secteurs. Ils ont enfin reconnu que les organisations de la société civile portent plusieurs casquettes et qu’il faut étudier le rôle qu’elle devait jouer dans la nouvelle architecture de l’aide.

Interview de Mme Mama Koité Doumbia, Présidente de l’antenne malienne du Réseau de Développement et de Communication des Femmes Africaines (Femnet)
«Nous voudrions vraiment que les donateurs prennent en compte nos réalités nationales, pour qu’on puisse être intégré dans les programmes d’aide»
Sa position est claire. Impliquer les organisations de la société civile dans la gestion de l’efficacité de l’aide au développement et valoriser les potentialités des Etats africains. Dans cette interview, la présidente de l’antenne malienne du Réseau de Développement et de Communication des Femmes Africaines (Femnet) Mme Mama Koité Doumbia revient sur les attentes de la société civile notamment des femmes lors du 3ème Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide tenu à Accra du 2 au 4 septembre 2008.
L’Evénement Précis: Pourriez-nous ce qui a changé pour les femmes ?

Mme Mama Koité Doumbia: Il n’y a pas grande chose qui a changé. Mais, quand on voit le volume d’aide accorder à nos pays, on voit que la volonté politique est exprimée. Mais il y a un grand fossé qui existe aujourd’hui entre les grandes promesses et les réalités sur le terrain. Il y a très peu de choses qui ont changé dans nos pays. Mais, je crois que le retard est trop grand et il faut chercher des solutions pour le combler.

Dans quel domaine faut-il combler le retard ?
Dans tous les domaines. Il faut d’abord travailler sur la mobilisation des femmes parce que le droit le plus important, c’est de permettre de s’alimenter, se nourrir et avoir une bonne santé pour vivre. Ça, c’est la première des choses. La deuxième chose est qu’il faut renforcer les capacités des organisations qui travaillent surtout sur l’égalité des sexes. Il faut aussi doter les structures telles que le ministère de promotion de la femme des moyens suffisants pour faire face à toutes les attentes. Et il faut prioriser les problèmes. Mais, je crois que si on créait un espace de dialogue entre les femmes, les organisations des femmes, les donateurs et le gouvernement, c’est sûr qu’on pourrait atteindre des objectifs réalisables.

Quelles sont vos attentes ?
Nous sommes venus montrer notre présence pour dire que nous sommes là en tant que femmes et qu’il faut composer avec nous. Dans la Déclaration de Paris, on a ignoré complètement les questions d’égalité de sexe. Quand on voit le volume des fonds de l’aide, la question de pauvreté, les conditions de vie de nos populations, on sent très bien qu’il y a beaucoup à faire. Nous sommes venus dire à nos gouvernements, nous sommes venus dire aux bailleurs de fonds qu’il faut maintenant un regard sur les femmes. Parce que tant qu’on n’autonomise pas les femmes, tant qu’on appui pas les femmes, on ne pourra jamais enrayer la pauvreté dans les Etats parce que nous constituons la majorité de la population. Nous sommes confronté à des difficultés très graves telles que les pesanteurs socio culturels. Nous sommes mère, épouse et aide social. Si on ne nous tend pas la main, je crois que les efforts seront néants.

Quelles sont les stratégies que vous compter adopter pour vous entendre ?
La première stratégie, c’est la participation d’abord. Au début de la Déclaration de Paris en 2005, nous étions quatorze organisations. Aujourd’hui, vous voyez dans la salle, nous sommes près de la moitié. Cela veut dire que cette stratégie de visibilité est importante. Nous avons fait des propositions. Par rapport à ces différentes propositions notamment en ce qui concerne l’Appropriation, nous voulons être impliqué à tous les niveaux. On ne peut pas continuer à donner de l’argent à nos gouvernements et laisser de côté les vrais acteurs. Nous sommes aussi les vrais acteurs. Si aujourd’hui, on n’a pas d’impacts réels sur tout ce qu’on a donné à nos pays, c’est parce que quelque part on a ignoré d’impliquer une partie. Et, on n’est pas comptable de tout ce qui arrive. L’aide aujourd’hui se passe entre les gouvernements et les donateurs. Ils se font eux-mêmes des évaluations. Mais au bout du rouleau, quel est notre part dans cette évaluation. Nous voulons être là au moment où ils élaborent les politiques, les stratégies. Nous voudrions vraiment que les donateurs prennent en compte nos réalités nationales, nos réalités quotidiennes pour qu’on puisse être intégré dans les programmes d’aide. Pour ce qui concerne la responsabilisation, c’est vrai que les Etats et les gouvernements sont responsables mais nous voulons partager cette responsabilité parce que nous avons dit quelque part, on a beau avoir de l’aide, si cette aide n’est pas redistribuée de la manière la plus équitable, il y a problème. On a dit encore qu’il y a des situations de corruption qui existent encore dans nos pays, il faut les combattre. Quand on voit vraiment le volume d’aide qui vient dans nos pays et quand on voit la pauvreté augmentée, il est temps d’arrêter tout cela.. Nous n’allons pas prendre de coupe-coupe pour couper la tête de qui ce se soit mais nous voulons juste être acteur, actrice ce processus. Nous avons une expertise à apporter dans ce débat. Nous avons notre vision et nous voulons ensemble que ce dialogue soit constructif pour qu’on puisse vraiment résoudre cette question d’aide. Nous avons dit qu’au lieu de donner du poisson tous les jours à quelqu’un il faut lui apprendre à pêcher. Il faut nous aider à transformer nos produits sur place, il faut nous créer des entreprises. Il faut moderniser, il faut éviter des conditionnalités de la Banque mondiale, Fmi, de l’OMC. Il faut éviter les politiques de l’APE, c’est des politiques qui sont très graves, qui anéantissent les efforts de développement dans nos pays. Je crois que les bailleurs de fonds ne doivent pas se dire que l’Afrique doit rester dans cet état. Nous devons sortir de cette situation. Nous devons aller de l’avant. Et je crois que les gens le veulent ou non, l’avenir du monde va se jouer en Afrique ici. Et il y a un autre aspect que nous avons dénoncé dans cette aide. Il y a des pays donateurs qui nous aident mais qui sont très regardant sur l’impact de cette aide sur les populations. Mais, il y a une catégorie de donateurs aujourd’hui qui donnent d’une main et reprennent de l’autre main à travers l’assistance technique et l’achat de leurs produits. Ils font tout pour que 80 à 90% de cet argent leur revienne.

Quelques exemples ?
Par exemple, dans le cadre de la coopération française souvent on vous contraint à acheter des produits auprès de leurs entreprises. Ils vous imposent un directeur technique avec un salaire faramineux. Au bout du rouleau, l’aide octroyé se retrouve chez eux. Nous avons connu beaucoup d’exemples. Moi, je suis dans un pays où nous avons connu une crise énergétique. Nous avons essayé de liquider l’énergie. Ensuite, on est parti dans un partenariat avec la France. Bon, le Directeur général est venu avec 7 millions de salaire. Quel est le Malien qui peut prendre aujourd’hui 7 millions de salaire dans une entreprise ? Ce n’est pas possible. Ils viennent. Ils sont logés, ils ont des véhicules. Un autre exemple, l’or du Mali est exploité mais nous ne gagnons que 20% de cette production dans notre pays parce que les entreprises disent que c’est eux qui amènent tout le matériel nécessaire. Lorsque l’or n’est pas vendu sur notre territoire, il est transporté et les fonds sont remis dans des comptes qui ne sont pas au Mali. C’est très grave. Ils sont là, pillent nos ressources à fond, partent avec tout cela et ne laisse que des miettes. Le Mali est l’un des plus grands producteurs de coton. Mais aujourd’hui, plus de 3 millions de personnes vivent du coton. Le prix pratiqué est bas. Au lieu de nous aider à transformer ce coton sur place en produits finis, on nous oblige à le vendre brut moins cher. Le comble, ils veulent qu’on ouvre nos frontières dans le cadre des Accords de partenariat économique avec la France pour venir y vendre tout ce qu’ils veulent.

Qu’est-ce que les femmes peuvent faire pour renverser la situation ?
Nous proposons l’engagement. L’engagement est très fort. Nous sommes prêt à mener le combat pour que les conditionnalités imposer aux Etats africains puissent disparaître, que la dette ne soit plus remboursée parce que on a tellement rembourser la dette. Nous sommes en train de nous battre pour que nos produits locaux soient valorisés parce que on ne peut continuer à être des pays consommateurs des produits venus d’ailleurs. Nous avons des produits dans nos pays. Nous allons dénoncer dans les deux sens du côté des donateurs et de nos gouvernements pour que les choses aillent bien au profit de nos populations. On a trop souffert. On ne peut pas continuer. On ne pas se nourrir seulement que de slogans, de fausses promesses, creuses qui n’ont pas d’impacts sur notre vie. Les problèmes alimentaires aujourd’hui dans nos villages constituent un danger. Les gens vivent très mal. Les gens sont mal nourris. Comment peut-on atteindre dans cette situation, les objectifs du millénaire. Ils se rencontrent à New-York, ils se font de grandes promesses, ils disent que d’ici 2015, qu’ils vont réduire de moitié les gens qui vivent avec moins de 1 dollars. Ce n’est même plus un dollar. Et si on ne sort pas l’Afrique de la pauvreté, ces gens là ne seront pas heureux aussi. On ne va pas les laisser. On va continuer encore à envahir leur continent. Je ne sais pas comment ces gens là sont encore inconscients de la situation. Regarder tous ces jeunes qui partent. C’est pourquoi ? C’est des questions économiques qui les poussent. Quand ils vont là-bas, ils vont manger, ils vont faire manger leurs familles. Tous les africains qui sont là-bas, ils nourrissent des milliers de personnes en Afrique. Tout ce qu’il rapporte à l’Afrique, on ne peut pas les calculer aujourd’hui. La jeunesse a besoin d’emploi. Il faut créer les petites et moyennes entreprises. Il faut aider les jeunes, les femmes, il faut créer des centres de santé, il faut envoyer les filles à l’école. Ils ne sont pas aveugles. Ils savent bien. Mais qu’ils enlèvent les conditionnalités. Aucun pays ne peut se développer sans l’éducation. Aujourd’hui, c’est les écoles privées. C’est les communautés qui cherchent à créer des écoles pour envoyer leurs enfants à l’école. Qu’est-ce que ça coûte dans le cadre du développement, de l’aide, de la solidarité de créer suffisamment d’écoles, de centres professionnelles, de petites et moyennes entreprises, de donner du travail à des jeunes. Mais s’ils le font, on ira plus là-bas.

Que sont devenus les documents de stratégies de réduction de la pauvreté de nos Etats?
Comme je l’ai dit, il y a eu tellement de conférences, de promesses. Ces donateurs disent que avec 0,7% ils peuvent atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté. Quel est le donateur aujourd’hui qui a donné 0,01 de son budget. S’ils s’exécutaient, on ne serait pas là. Ils vont évaluer de 2005 à aujourd’hui toutes les promesses qu’ils avaient faites. Ils n’ont même pas atteint 20%, a fortiori les 71% qu’ils avaient promis. C’est vrai que nous avons des problèmes de gouvernance dans nos Etats au niveau politique, économique et social. Nous avons des problèmes internes. Nous sommes en train de travailler. Pour garantir tout cela, il faut qu’il ait la démocratie sur le continent. Sans démocratie, on n’avancera pas et on n’ira nul part. Mais je crois que, les bailleurs de fonds doivent travailler sur les questions économiques, sur les questions de droits de l’homme. Ils doivent aider les organisations de la société civile à veiller pour que la démocratie soit une réalité sur le continent. Plus il y a la démocratie, la liberté d’expression, plus les gens sont engagés, sécurisés et on peut mettre les dispositifs nécessaires pour favoriser les investissements.

Quelles stratégies vous développez pour le contrôle des fonds de l’aide ?
Nous n’avons pas suffisamment d’espace pour le faire. Nous voulons qu’à travers ce forum qu’on crée cette conditionnalité pour que désormais qu’on est le droit de participer à la mise en Å“uvre des fonds de l’aide. C’est vrai que ce n’est pas nous qui décaissons. Mais nous voulons tout simplement que l’argent qui vient soit vraiment utilisé pour les réels bénéficiaires. C’est cela le problème. Je crois que les bailleurs de fonds doivent veiller à cela. Mais cela n’arrange pas certains bailleurs de fonds parce que eux aussi sont corrupteurs. Ils sont corrupteurs et corrompus. Certains sont corrompus. Certains donnent de l’argent à condition qu’il y a ait de côté tant de % pour leurs affaires ou pour que leurs entreprises viennent s’installer sans payer des taxes. Quand certains décident d’harmoniser, il y a en qui n’ont pas leurs intérêts dans l’harmonisation parce qu’ils veulent continuer à faire le loup derrière les Etats africains. Moi j’étais sidéré un jour quand ils ont dit qu’ils ont donné beaucoup de milliards au Mali mais malheureusement à la date de l’évaluation, le pays n’a pas pu décaisser tout le montant. J’ai crié et demandé au ministre pour quoi ils n’ont pas pu décaisser les fonds mis à la disposition du pays. Il m’a répondu en me disant : madame est-ce que vous savez les conditions dans lesquelles il faut décaisser. Ils mettent tellement de conditions et après ils crient au haro. Ce n’est pas tous les gouvernements qui sont corrompus. Mais tant qu’on ne résout pas les problèmes de pauvreté on ne peut pas éradiquer la corruption.

Très amer. Mais peut-on espérer ?
J’espère. Mais quand on vit il faut espérer. Nous sommes très engagées. Je crois que c’est comme cela qu’on va se tailler de la place. Nous ne sommes plus une société civile qui agresse. Nous contribuons. Nous avons de l’expertise. Aujourd’hui, je crois que le gouvernement et les donateurs ont intérêt à composer avec nous parce que nous sommes à la base. Comment le gouvernement peut accepter que ce soit d’autres personnes qui donnent l’argent pour aller soigner ses malades. Et quand on donne l’argent, il est détourné. De six millions d’aide par exemple, le pauvre à la base ne reçoit que cent francs. Il faut réduire le train de vie de nos Etats. Il faut cultiver la bonne gouvernance dans nos pays. Il faut que les élections soient transparentes. Il ne faut pas accepter que n’importe qui vienne diriger le pays. Je crois qu’il y a espoir. Je crois que un jour viendra,les organisations de la société civile responsables et non crées par les gouvernements serons incontournables dans le processus de l’aide au développement.
Propos recueillis par Christophe D. ASSOGBA depuis Accra

Aide et régimes anti-démocratiques
Des défenseurs des Droits de l’homme partagés

Faut-il accorder des aides à des pouvoirs anti-démocratiques, autoritaires ou pushistes ? Les avis des défenseurs des Droits de l’homme participant au 3ème Forum de Haut niveau sur l’efficacité de l’aide au développement sont partagés sur la question.
L’aide au développement doit-elle être accordée à des Etats ou pays qui foulent au pied les principes de la démocratie prises en compte dans la Déclaration de Paris de 2005 ? Des défenseurs des droits de l’homme ne s’accordent sur cette question. Selon Mme Irabiha Mint Abdelwedoud, l’une des déléguées de la société civile mauritanienne à la conférence parallèle des organisations de la Société civile sur l’efficacité de l’aide et au Forum d’Accra, aucune crise politique ne peut justifier la rupture des aides. «Quelque soit la crise que traverse le pays, rien ne justifie que les partenaires et les bailleurs de fonds coupent l’aide et la prenne comme une arme politique contre les Etats », affirme ce défenseurs acharné des droits de l’homme en Mauritanie. D’après ses explications, au lendemain de coup de force du 6 août 2008 contre le pouvoir démocratique en place, de nombreux pays et organisations internationales comme la France, l’Union européenne et la Banque mondiale, l’Agence intergouvernementale de la Francophonie ont rompu l’assistance financière à la Mauritanie. Actuellement, selon elle, le Programme de renforcement des capacités de la société civile financé par le 6ème FED est bloqué du fait de l’arrêt de l’aide prise par Bruxelles. Aussi en est-il du programme de gestion des ressources naturelles financé par la Banque mondiale qui implique de nombreuses femmes. Selon cette activiste des Droits de l’homme et de l’amélioration de l’architecture de l’aide internationale, les bailleurs de Fonds doivent tenir compte des spécificités des régimes politiques ou des réalités de chaque pays. En ce qui concerne la Mauritanie, explique-t-elle, les bailleurs de fonds doivent faire une distinction entre les aides directes au gouvernement et celles destinées aux populations sans une véritable implication du gouvernement. Elle estime qu’il y avait une crise politique en Mauritanie et que «le régime autoritaire est celui qui avait l’habillage de la démocratie». Elle a lancé une pétition pour la levée des mesures prises par les partenaires au développement contre les putschistes au pouvoir en Mauritanie. Quant à M A. Ercelan du Pakistan Institute of Labour Education and Research, il n’est pas question de soutenir des régimes ant-démocratiques comme le pouvoir pakistanais. Selon lui, sotenir des programmes de développement dans des Etats où la démocratie est absente, c’est sacrifier les intérêts des populations qui doivent bénéficier de ces aides. «La première chose que fait un régime militaire quand il prend le pouvoir est de suspendre tous les droits fondamentaux de l’homme ; il y a une contradiction entre la démocratie et le pouvoir militaire », a-t-il indiqué. D’après ses explications, toutes les aides octroyées au Pakistan de Pervez Musharaf ont été dilapidées par la junte militaire au pouvoir. Selon lui, les Etats-Unis ont donné au Pakistan des milliards de dollars qui ont servi à acheter des armes pour combattre les rebelles Tamoules du Sri Lanka, pour aider la monarchie Népalaise à combattre les mouvements insurrectionnels maoïstes non sans tuer les populations pakistanaises notamment les femmes et les enfants au nom de la lutte contre le terrorisme international et les Talibans. Deux positions à la limite atypiques€¦
Christophe D. ASSOGBA depuis Accra

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