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Le triomphe de la vérité

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Développement communautaire: Bien gérée, l’eau coule et rapporte gros


Bien gérées, les infrastructures hydrauliques facilitent la vie des populations et rapportent aux communautés rurales. Au Bénin, certaines associations rurales l’ont prouvé, mais nombreuses sont celles qui, minées par la corruption, n’ont pas su relever ce défi.

Peint en ocre rose, le siège de l’Association des usagers de l’eau (AUE) de Ouègbo Gare?Coly, à 62 km au nord de Cotonou, se détache des hangars du marché environnant. Bti en février 2001, ce btiment qui comprend une salle de réunion de 180 places, un magasin et des bureaux fait la fierté des populations. Il est le signe visible de la bonne gestion de leur réseau d’adduction d’eau potable. Celui-ci a été construit en 1990, au lendemain d’une épidémie de choléra. Dans cette localité rurale, il n’y avait jusqu’alors que des citernes et des puits traditionnels aux eaux souillées. Le réseau comprend un forage et une pompe qui monte l’eau dans un chteau d’eau. Ce dernier réexpédie le précieux liquide dans les canalisations. Une soixantaine d’abonnés privés ainsi qu’une vingtaine de borne-fontaines gérées par des particuliers qui revendent l’eau aux populations y sont branchés.
« C’est avec les recettes de la vente d’eau que nous avons construit ce siège estimé à 12 millions de francs CFA (plus de 18 290 Euros) », confie Théodore Amousou, responsable d’exploitation de l’ouvrage. « L’AUE de Ouègbo Gare?Colly est un exemple de réussite dans la gestion des ouvrages mis à la disposition des communautés par l’État « , remarque Élie Gangnido Gai, de la Direction de l’hydraulique (DH). Selon cette direction, qui ne dispose cependant pas de statistiques précises, elle n’est pas la seule à bien gérer ses infrastructures.

 Dans les années 90, 12 000 pompes manuelles, adductions d’eau, forages et bornes-fontaines ont été installés par l’État béninois pour faciliter l’accès des populations à l’eau’ potable. Financées à hauteur de 90 à 95 % de leur budget par celui-ci, le reste étant pris en charge par les bénéficiaires, ces infrastructures ont permis d’augmenter de plus de 30 % le taux de couverture en hydraulique rurale du pays depuis le début des années 90. Il est estimé à 39 % en 2004.
Bien vendre l’eau pour développer les villages.

 La gestion de ces ouvrages, au niveau local, relève des AUE. L’assemblée générale de chaque agence est composée des représentants de tous les usagers de l’eau de la localité qui élisent un comité directeur. Elle collabore avec un exploitant recruté par un cabinet d’étude commis par la DH, chargé de veiller à l’entretien du réseau, de collecter les recettes des fontainiers (les gestionnaires des borne-fontaines) et de les reverser au comité directeur. Ce dernier les utilise pour financer la maintenance et les travaux d’extension du réseau. À la fin de chaque exercice, l’AG décide de l’usage des bénéfices réalisés.

Ce mécanisme fonctionne bien dans les AUE de Glo?djigbé, Kpomassè?Centre, Tangbo Djêvié, etc., au sud du pays. L’AG vérifie le travail du comité directeur qui contrôle l’exploitant lequel, à son tour, veille au paiement régulier des factures par les fontainiers. Cette transparence dans la gestion entraîne l’augmentation des recettes sans pénaliser les usagers. A Ouègbo Gare?Coly, le prix de la bassine de 33 litres a été divisé par plus de dix : 250 Fcfa (0,38 Euro) avant 1990, 20 Fcfa aujourd’hui ! Avec les bénéfices réalisés, l’association apporte une aide annuelle de 1,2 million de Fcfa (environ 1830 E) à la mairie, finance la construction de modules de classes, de centres de santé et « aide les communautés à payer leur contribution aux initiatives de développement prises par certains organismes », témoigne Théodore Amoussou.

« Rompre avec la gestion communautaire…
Ces exemples de réussite sont toutefois peu nombreux. Selon la DH, la plupart des AUE ont mal fonctionné. Les cas de détournement de fonds, de factures impayées et de mauvais entretien des infrastructures sont légion et rendent plus difficile l’accès des populations à l’eau potable. Une contre-performance due à €˜’la mauvaise formation et à la moralité douteuse de ceux qui sont chargés de la gestion », estime Dieudonné Faton, chef service de l’hydraulique des départements de l’Atlantique et du Littoral, au sud du pays. L’État envisage donc, ajoute?t?il, de « rompre avec la gestion communautaire en confiant le travail à des opérateurs privés ».
Une perspective qui enchante peu les AUE performantes. « Cette mesure, si elle est appliquée, pourrait entraîner la hausse des prix de l’eau, craint Joseph Azonmasso, chef d’arrondissement de Houègbo. Avec l’avènement de la décentralisation, l’adduction d’eau est devenue un patrimoine de la communauté rurale et l’Etat ne doit plus s’immiscer dans sa gestion.  »
Kokouvi Eklou

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