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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La Cour des grands


La troisième mandature de la Cour constitutionnelle s’achève dans une satisfaction relative. C’est une
 mandature qui confirme ce que tout le monde pensait de cette institution. A savoir qu’elle reste le pilier central de notre édifice démocratique, et que ses membres méritent bien le substantif de «sages» par lequel on les désigne souvent. Ce sont pourtant des sages  d’un genre particulier, puisque contrairement aux vieillards de la tradition africaine, ils n’ont pas à jouer la conciliation ou la médiation dans les conflits au règlement desquels on les appelle, mais à trancher définitivement en faveur de l’une ou l’autre partie, et sans état d’me. C’est là toute la différence, infime peut-être mais énorme dans le contexte de notre pays où les écheveaux politiques prennent l’allure de drames nationaux. Arbitre du jeu depuis 15 ans , l’institution a ainsi facilité les différentes  alternances à la tête de notre pays, de même qu’elle a servi à calmer les différentes tensions qui opposent les groupes politiques antagonistes. Cette fonction arbitrale aura surtout été déterminante lors des différentes élections dans lesquelles elle a eu à connaître du contentieux ou à proclamer les résultats.

Malgré quelques bourrasques, notamment aux présidentielles de 2001, on peut reconnaître que
  la haute juridiction a bien assumé ses responsabilités durant ces périodes de turbulence, au regard de l’acceptation presque inconditionnelle de ses différentes décisions par les acteurs impliqués. C’est là en effet que se trouve la force de la haute juridiction qui a bénéficié presque sans discontinuer du respect le plus absolu de la classe politique. Il est vrai, durant la présidence Soglo, certains citoyens stipendiés alors par de vils individus proches du pouvoir, des renégats patentés, ont marché contre la Cour accusée  d’avoir pris des décisions défavorables au gouvernement. On a même enregistré des actes de vandalisme contre le domicile de Maurice Ahanhanzo-Glèlè, membre éminent de cette première mouture de la Cour contestée par les partisans du Chef de l’Etat. Mais la fermeté incompressible de la Présidente de l’institution a alors permis de juguler  ces dérapages jusqu’à la présidentielle de 1996 où, pour la première et unique fois dans l’histoire de notre expérience démocratique un régime a tenté par tous les moyens d’empêcher la divulgation des résultats. Les responsables  de ces actes ignominieux sont curieusement encore dans l’arène et distribuent des cartons de dictateur aux différents régimes installés après leurs forfaitures éhontées et criminelles€¦On peut même dire que le Bénin a cessé d’être l’enfant malade de l’Afrique parce qu’il a une Cour constitutionnelle inflexible, prête à braver tous les obstacles.

Sans cette  rigidité avérée, la Cour n’aurait pas son sens et se heurterait en permanence à la contestation populaire. Il s’agit là d’un héritage lourd pour les sept sages fraîchement installés. D’autant qu’ils incarnent dès maintenant une certaine rigueur et un patriotisme intransigeant qu’ils ont le devoir de manifester dans les faits. Ils ont précisément le devoir d’ingratitude vis-à-vis de leurs anciennes obédiences politiques et de leurs accointances socioprofessionnelles. Face à l’importance de ces liens dans notre pays, il est à souhaiter que nos sept sages, sachent s’élever au-dessus des contingences pour ne dire que le droit, et rien que le droit en s’épargnant toujours les épanchements médiatiques. Il s’agit donc pour le nouveau Président, Théodore Holo, de sauvegarder  l’image d’austérité attachée à la grande muette pour qu’elle continue d’être la pièce maîtresse de l’appareil institutionnel béninois. De cela dépend le succès de sa mandature. De cela dépendent la stabilité de notre pays et la survie de la démocratie béninoise.
Olivier Djidénou

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One thought on “EDITORIAL: La Cour des grands

  1. LA CONSTITUTION EN AFRIQUE

    La Cour Constitutionnelle sortante, présidée par l’excellente Mme Ouinsou, a été très méritante.

    A ce propos, rendez-vous sur LA CONSTITUTION EN AFRIQUE:

    * En guise d’hommage à la Cour Constitutionnelle Ouinsou
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-20253682.html
    ° Le décret sur l’OPM de Tévoédjrè est anticonstitutionnel
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-20215253.html
    ° Quand la Cour Constitutionnelle valide la Cour Constitutionnelle
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-20214852.html
    ° CENA 2008. La Cour Constitutionnelle renvoie à la Cour Suprême
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-16067716.html
    ° Suspension de l’exécution des décisions de justice. Yayi Boni désavoué
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-15744081.html
    ° La Cour Constitutionnelle du Bénin censure une loi constitutionnelle
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-13321088.html
    * Le code des personnes et de la famille devant la Cour Constitutionnelle du Bénin
    http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-12645752.html

    Gageons que la Cour Constitutionnelle quatrième mandature saura continuer à rendre, en toute indépendance, d’éminents services à la cause de l’Etat de droit et de démocratie pluraliste!

    SB

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