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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La main tendue


52 pays d’Afrique sont allés mendier au Japon. C’est  l’image que donne la 4è conférence internationale  de Tokyo pour le développement de l’Afrique (TICAD).  Presque tous les Etats africains ont été représentés à Yokohama, attirés par le miel japonais. Parmi les sommités présentes, 44 Chefs d’Etats accourus pour prendre leur part du gteau nippon, sûrs que les promesses du Grand Frère de l’Asie, vont les aider à se remettre de leurs difficultés économiques. Il se trouve que le thème même de cette grand’messe peut entraîner vers les cimes ensoleillées du rêve : «Vers une Afrique dynamique : un continent d’espoir et d’opportunités». Le premier ministre japonais n’a pas cru si bien faire  en sortant le grand jeu dès le début des débats : il  va doubler l’aide de son pays à l’Afrique dans les cinq ans à venir.  Chiffrée à environ 600 millions  d’Euros, cette aide  marque la nouvelle remontée  des ambitions de l’Empire du Soleil Levant pour notre continent .

Nul doute que les Boni Yayi, les Paul Biya et autres  Sassou N’Guesso vont roter de plaisir face à une
 telle générosité du Grand Frère. Mais ce regain de générosité du premier ministre Yasuo Fukuda cache des intentions inavouées. Il intervient en pleine concurrence avec la Chine, l’éternel rival qui s’est attiré des sympathies africaines depuis quelques années. Elle (la Chine) est aujourd’hui l’un des principaux partenaires de notre continent, encouragée par l’extraordinaire dynamisme de son industrie. Les Chinois trouvent en Afrique du pétrole, du fer, du coton, du cacao et beaucoup d’autres matières premières dont leurs usines ont besoin pour tourner. Ils se sont lancés eux aussi, comme l’Union européenne, comme l’Inde et finalement comme le Japon dans la diplomatie du carnet de chèques, en organisant leurs sommets Chine Afrique qui attirent à Beijing le gotha des responsables africains. On comprend donc la générosité de Tokyo obligé de mettre  la main à la poche pour ne pas se faire distancer trop fortement dans la course aux matières premières et aux débouchés africains. L’enjeu n’est pas  le développement de l’Afrique mais la conquête d’un marché somme toute stratégique.

Cette concurrence est tout bénéfice pour les   Africains habitués à compter sur l’aumône internatio
 nale.  La stratégie africaine de développement est essentiellement basée sur les lamentations, seuls ingrédients sûrs pour atteindre le cÅ“ur de plus en plus dur des Etats développés. Ils peinent en effet à croire qu’après tant d’années d’aides diverses, l’Afrique reste encore plongée dans les abysses de la pauvreté.  A Yokohama, des conseillers en communication ont dû batailler ferme pour que les Chefs d’Etats africains ne viennent à la tribune déblatérer sur leurs conflits et leurs misères, dans le seul but de pousser les investisseurs nippons vers l’Afrique présentée alors comme une chance à saisir. Mais  il s’est trouvé un Président, le Soudanais Oumar El Béchir,  pour tirer quelques coups de semonce dans les pattes de son homologue tchadien accusé de fomenter la rébellion contre Khartoum. C’est qu’en réalité, comme le dit Jean François Revel, le développement lui-même est un état d’esprit. L’afflux d’aide ne résoudra pas le problème. Aucun pays, ni le japon, ni la Chine ni l’Inde ne se développe en tendant la main. Il faut maintenant, en dehors de la manne financière, la manne technologique, avec la problématique du transfert des connaissances et des technologies. C’est la condition sine qua non de tout décollage de l’Afrique.
Olivier Djidénou

 

 

 

 

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