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Le triomphe de la vérité

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Lutte pour la conservation de la biodiversité au Bénin: Sauver les tortues marines


Facteur essentiel dans le processus de conservation de la biodiversité marine, la tortue marine se trouve dans une spirale de menaces à l’échelle mondiale. Au Bénin, la raréfaction de cette espèce animale depuis quelques années suscite bien des inquiétudes. Face à l’ampleur des menaces, l’Etat et certaines organisations de la société civile conjuguent leurs efforts pour garantir aux générations actuelle et future la présence de cette espèce sur le littoral béninois.

En cette journée ensoleillée de samedi, le sourire est au rendez-vous  de  toutes les conversations qu’échangent les pêcheurs du Lac Ahémé à Comè, situé à une cinquantaine de kilomètres à l’Ouest de Cotonou. Les nombreuses tortues capturées lors de la battue de la nuit dernière ont toutes été achetées à des prix forts intéressants par les commerçantes de la ville. Comme d’habitude, la capture des tortues marines et le ramassage de leurs Å“ufs ne sont  pas encore  perçus comme une menace à l’équilibre marin des côtes béninoises.
Paré de ses haillons, Vivien Dakpè, filets et paniers en mains, ne manque pas de se féliciter devant ses amis de son exploit du jour. « Il y a bien longtemps que j’ai amassé autant d’argent. Il est vrai que j’ai de plus en plus de difficultés pour avoir de grosses tortues, mais cela est tempéré par leur prix  qui a atteint un niveau assez élevé ces derniers temps. Cela ne peut que nous faire du bien, à moi et à tous mes amis pêcheurs », dit tout fier le jeune pêcheur.
Ainsi, en dépit de la rareté de plus en plus alarmante de cette espèce, ses prédateurs s’adonnent encore à sa traque sans connaissance des risques qu’ils lui font courir.
«Il est fort possible que notre pays ne dispose plus dans ses eaux de tortues marines d’ici quelques années si aucune mesure n’est prise pour sauvegarder leur espèce », s’alarme Joséa S. Dossou-Bodjrenou, naturaliste -vétérinaire. Conservateur du Musée « Nature Tropicale ONG » qui a élaboré un programme pour la sauvegarde de cette espèce animale, Joséa Dossou-Bodjrenou milite avec son organisation depuis 1998 pour mobiliser l’attention des autorités et des populations sur l’urgence d’Å“uvrer à la préservation des tortues marines sur le  littoral béninois et dans la sous région ouest africaine. Déclarées espèce en voie de disparition à l’instar des Lamantins d’Afrique, des baleines et des dauphins, les quatre espèces de tortues marines connues sur la côte béninoise lient leur pérennisation pour l’équilibre de la biodiversité au Bénin à une prise de conscience de toutes les composantes de la société. Dans la réalité des faits cependant, cette réalité semble fort éloignée.

Une espèce menacée
Au Bénin comme dans la plupart des pays africains où elles sont présentes, les tortues marines voient leur survie se heurter à de nombreuses menaces.
Selon les propos du conservateur du Musée Nature Tropicale, ces menaces sont de plusieurs ordres mais surtout anthropiques c’est-à-dire liées aux actions de l’homme.
En effet, dans ses activités de pêche, l’homme met en péril la survie des tortues marines à travers des engins destructeurs tels que l’abandon des filets en mer notamment par les chalutiers autorisés que clandestins. Il en est de même pour la prédation humaine qui consiste pour les populations riveraines à capturer les bébés de tortues marines, les femelles gravides dont les seuls lieux de nidification sont les côtes ou encore à ramasser leurs Å“ufs.
Phénomène non moins dangereux pour cette espèce migratrice, la forte urbanisation observée ces dernières années sur la côte béninoise avec la construction anarchique d’habitations et d’infrastructures touristiques sur les plages et probablement la mise en oeuvre du gigantesque projet de la « Route de Pêche » entre Cotonou et Ouidah pour faire du Bénin une destination touristique de premier choix sur le continent.
De même, les activités de l’homme le long du littoral sont aussi des facteurs à la pollution organique due aux déversements incontrôlés des déchets domestiques et municipaux dans les zones humides et surtout les débris et sacs plastiques ; toutes choses qui ont pour conséquence la présence sur la côte des chiens errants, des porcs et des reptiles, prédateurs qui détruisent les nids des tortues marines et capturent leurs bébés. « Personnellement, je ne sais pas pourquoi certains se préoccupent du sort  des tortues de mer. Comme toutes les autres espèces animales, elles sont à consommer. Et d’ailleurs, sil elles n’existaient pas, comment ferions-nous pour faire survivre nos familles ? », s€˜interroge Gervais Sohouenou, vieux pêcheur de tortues à Grand-Popo, commune située à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Cotonou.
 Par ailleurs, la population des tortues marines est fortement menacée par l’érosion côtière – phénomène considéré à tort comme naturel- qui est causée par le ramassage incontrôlé du sable marin sur certaines plages ; toute chose qui entraîne la dégradation de l’habitat marin. Ces facteurs expliquent les nombreuses craintes des chercheurs et des organisations de préservation de la biodiversité au sujet de la présence des tortues marines dans les eaux de notre pays pendant les prochaines années.
Et pourtant, conscient de l’enjeu que représente la sauvegarde des tortures marines, le gouvernement béninois est partie prenante  à de nombreuses conventions et textes à cet effet.

Sauvegarde des tortues marines, un défi qui nous interpelle tous
Convention sur la Diversité Biologique, Convention d’Abidjan, Convention sur les espèces migratrices (CMS), Mémorandum d’Accord sur les Mesures de conservation des tortues marines de la côte Atlantique de l’Afrique et la Convention relative aux zones humides d’importance internationale particulièrement comme habitat des oiseaux d’eau (Convention Ramsar)€¦ sont quelques uns des textes auxquels a adhéré le Bénin dans la perspective de pérenniser les tortues marines présentes sur sa côte. Cette volonté ne transparaît malheureusement pas toujours sur le terrain de la lutte contre les prédateurs de la chaire de cette espèce migratrice.
D’ailleurs, cette espèce animale continue d’attiser les appétits des pêcheurs et des populations riveraines qui en font pour les uns une source génératrice de revenus pour lutter contre la pauvreté ambiante et pour les autres une source de protéine animale. A ce jour, aucune disposition légale ne permet des poursuites pénales contre les auteurs de la chasse aux tortues marines afin de les dissuader  et de les sensibiliser pour  persévérer dans  les  population des tortues marines au Bénin.
Devant cette situation qui met en péril la survie des tortues marines, le gouvernement a décidé de solliciter l’expertise des structures privées afin de l’épauler dans son combat. Au Bénin, c’est à l’Organisation Non Gouvernementale (ONG), « Nature Tropicale » qu’incombe la responsabilité de la mise en Å“uvre de stratégies de lutte en vue de la préservation de cette espèce animale. A cet effet, les responsables de cette ONG ont conçu au cours de l’année 1998 un programme dénommé « Programme Tortues Marines de l’Atlantique ».
 A travers ce programme, l’ONG Nature Tropicale vise, aux dires de son responsable, à réaliser plusieurs objectifs notamment le renforcement des capacités nationales pour une meilleure connaissance et conservation des tortues marines, l’incitation de la participation du grand public et la responsabilisation des communautés locales pour la conservation des espèces migratrices, la stimulation des initiatives de conservation des tortues marines par le développement des activités de revenus alternatifs pour les populations locales dépendantes de ces ressources, la mise en place d’un système de valorisation et de gestion durable des tortures marines à travers l’écotourisme et aussi d’aires protégées sur la côte et en haute mer.
 Cet engagement se traduit entre autres par la consécration du 8 janvier comme journée annuelle de sensibilisation sur la sauvegarde des espèces menacées de disparition dans notre pays. A cet effet, de nombreuses activités sont organisées pour sensibiliser les différentes couches de la société sur les raisons de préserver ces espèces en vue de sauvegarder l’écosystème béninois. Car de cette prise de conscience des populations, dépendra le mieux-être des générations futures. A cet effet, les propos du  vieux pécheur Sylvain Bossou sont rassurant: «grâce  à Nature Tropicale je connais l’importance des tortues marines». Somme toute, la survie des tortues marines et de tous les mammifères marins en général : dauphins, requins, baleines, lamantins et autres, est un défi du millénaire qui nous interpelle tous’
Jean-Claude D. DOSSA

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