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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: De la liberté de presse


La liberté de presse est menacée au Bénin. Exprimé sous cette forme, ce constat frise un coup porté contre le régime du changement. Et pourtant c’est un constat qui date de tous les régimes et qui probablement ne s’arrêtera pas à celui-ci. Parce que le propre de toutes les libertés c’est de n’être jamais totalement conquises, d’être pour ainsi dire toujours en devenir. Il en est de celle-ci comme de la liberté d’expression, surtout dans les démocraties balbutiantes comme les nôtres. Il faut chaque fois lutter pour l’arracher, se battre pour la conserver et plus pour l’élargir. Nous sommes au Bénin dans ce dernier combat, celui de l’élargissement.
Nous sommes en effet dans la période où la presse doit conquérir de nouveaux espaces de liberté, de nouveaux droits parce qu’elle a franchi précisément la barrière des libertés élémentaires sans lesquelles le métier se verrait vidé de toute substance et de tout sens. Nous sommes dans cette période où les libertés conquises par la force de la plume et du micro méritent maintenant d’être dépoussiérées pour que l’on y voit plus clair pour braver de nouveaux horizons. Nous sommes à la croisée des sentiers. De quoi s’agit-il ?
De cette presse qui ne sait plus revendiquer des droits mais des prébendes, qui, comme les politiques, revendique sa part du fameux gteau national. Aujourd’hui, les nombreuses publications qui assaillent les kiosques comme les nombreuses chaînes de radio et de télé qui assiègent les ondes n’entendent plus que la raison de l’argent. Certes, les entreprises de presse constituées souvent sur un coup de tête ou un coup de gueule, mal préparées face à l’impératif  commercial, deviennent trop souvent les caisses de résonance des pouvoirs d’argent ou des puissances politiques qui les manipulent à souhait. A ce niveau se pose le problème de la fiabilité même de ces entreprises htivement constituées sans étude de marché, sans plan managerial et sans perspective sérieuse. Le fallacieux projet consistant trop souvent à ne compter que sur la manne politique (oui la démocratie est porteuse de corruption) ou sur d’hypothétiques annonceurs, ce fallacieux projet donc, tombe rapidement en ruine devant la réalité. Parce que la dégradation poussée de l’image du journaliste et du journalisme en général s’est accompagnée du dévoiement de toutes les prestations de la presse en créant un assèchement plus ou moins prononcé des sources habituelles de revenus des médias dans notre pays. Balzac, déjà au XIXè siècle, pensait que le journalisme est un peu comme une vente aux enchères de la parole, mais surtout d’une parole imbibée de la couleur de celui qui la commande ou la commandite.  Partout dans le monde, il est la proie de manipulations de plus en plus osées, et ne ressort grandi que par des coups d’éclat qui lui donnent la force qu’on lui connaît.
Dans ces conditions, la défense de la liberté n’est qu’un vain mot dans l’océan des maux quotidiens de ce secteur. Parce que la liberté de dire et d’écrire correspond aussi au devoir de survivre  et qu’il est aveugle de passer sous silence cette nécessité commerciale alors que tout montre que l’entreprise de presse est finalement une entreprise comme toutes les autres. La seule liberté qui vaille alors est de faire triompher  non pas la liberté de presse mais celle de réhabiliter cette entreprise-là pour qu’elle cesse de n’être qu’un avatar de la vie politique. C’est ce que je crois.
Olivier Djidénou

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