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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La politisation de la souffrance


Que cela soit clair. Les visites des ministres  dans les arrondissements, les villages et les quartiers sont une bonne stratégie de communication sociale. Elles permettent aux   dirigeants de recenser sur place les problèmes des populations et de trouver avec elles les solutions qui conviennent. Elles rendent tangible la gouvernance de proximité qui, en tant que telle, est la meilleure forme de gestion de nos Etats. Les ministres et les cadres techniques échappent au luxe douillet de leurs bureaux pour vivre les réalités du terrain. En même temps, cette communication sociale tourne à un fiasco communicationnel parce qu’elle est ouvertement et piteusement politisée.  D’autant que la récupération politique qui en est faite dénature ces activités du gouvernement en les faisant prendre pour un autre type de folklore électoral.
Il faut croire que le gouvernement a en tête de faire la promotion des leaders locaux acquis au changement, lorsque les tournées ministérielles sont souvent faites avec ceux-ci à qui l’on donne tout le loisir de parler au nom des populations. Il faut croire aussi que c’est par pur souci d’efficacité que des promesses « fermes » sont faites sur le champ, et que des instructions non moins « fermes » sont données séance tenante pour satisfaire les desideratas des populations. Mais dans les deux cas, le résultat est toujours le même : la population n’est pas prise au sérieux. Elle sera encline, et c’est déjà le cas, à penser qu’on instrumentalise ses souffrances pour faire monter quelqu’un surtout en cette période préélectorale. Elle sera portée à croire que les promesses faites sans calcul, les engagements pris à la légère, ne sont que de la politique politicienne, tout juste bon à abrutir davantage les analphabètes. Ils suscitent de faux espoirs qui discréditent chaque ministre. Désormais en effet, ces commis de l’Etat prennent des colorations politiques qu’ils ne devraient pas avoir pour accomplir leur mission dans la sérénité. Chacun d’eux sera perçu comme un politicien de plus, un marchand d’illusions de plus,   au lieu d’être celui ou celle qui apporte la solution aux maux du terroir. On court vers une déconstruction de l’autorité de l’Etat, une folklorisation de ce même Etat dont les représentants sont vus comme  de fieffés menteurs. C’est un énorme discrédit populaire qui frappe ainsi les appareils dirigeants, à commencer par le Chef de l’Etat. En donnant des « assurances » jamais concrétisées en actes, Boni Yayi lui-même s’enlise dans ce schéma de déliquescence   qui fragilise son gouvernement. On n’est pas étonné d’entendre les syndicats lorsqu’ils clochardisent la parole présidentielle en lui déniant toute force d’exécution, ne comptant alors que sur des actes au lieu des promesses. Ses nombreuses promesses, même lorsqu’elles proviennent d’une volonté sincère de bien faire, ne sont jamais accompagnées que d’une incertitude qui en dit long. Parce que tout est politisé, la communication gouvernementale produit le couac le plus terrible que redoutent tous les experts en la matière : elle parvient à retourner l’arme contre son utilisateur. 
Dans ce contexte, il est nécessaire de changer de fusil d’épaule par une identification claire des ministères à caractère politique et des autres. Sinon, le tout politique conduit inexorablement le régime du changement au tout communicationnel, c’est-à-dire au folklore permanent.
Olivier Djidénou

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