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Le triomphe de la vérité

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Le Professeur Joël Aïvo critique le discours sur l’état de la nation de Boni Yayi


Joel Fréderic AIVO, Politologue, Membre du PRD   Comme la tradition l’impose, le mois de décembre ouvre le bal des bilans et des points. Chacun fait le point de sa vie personnelle, familiale et professionnelle. Bref nous faisons tous à l’arrivée, le bilan de notre accomplissement social. Mais le bilan peut aller au-delà du cercle restreint de la famille.
Quelques amis PDG et chefs d’entreprise que je me suis faits en un an de présence au Bénin, s’affairent pour leur bilan. D’autres qui ont eu la responsabilité, non d’une entreprise, mais d’une Nation nous ont livré « leur version » de ce qu’ils ont fait de notre pays. Un individu peut se mentir à lui-même et s’auto-encenser. Un chef d’entreprise peut tronquer un bilan de fin d’exercice. Mais un homme politique qui plus est, un Chef d’Etat n’a pas le choix, car son bilan est vécu des citoyens.
Le bilan du Président YAYI est connu des Béninois. Nous le savions déjà puisque nous l’avons vécu. Je pensais qu’au nom de la morale politique, son interprétation ne devrait être qu’une. Je pensais qu’il ne devrait exister du bilan du Président Yayi pour l’année 2007, qu’une seule version.
Mais depuis le 28 décembre 2007, date de son discours sur l’état de la Nation à la tribune de l’Assemblée Nationale à Porto-Novo, je me suis rendu compte qu’il peut y avoir deux versions de ce vécu. Celle du Chef de l’Etat lui-même et celle des Béninois. Et mon impression est renforcée par les vÅ“ux adressés à la Nation le 31 décembre par le Président de la République à la télévision. La version présidentielle est apologique, fictive, coupée du vécu des populations. L’autre version, celle du citoyen ordinaire est concrète, authentique et vraie. Elle fut vécue des Béninois tout au long des 12 derniers mois.
A l’analyse, la version du Chef de l’Etat est complètement à l’opposée de ce que retiennent ses compatriotes. En politique, il ne suffit plus de promettre ni de professer sa foi ou encore de déclamer ses convictions. Il faut faire, il faut réaliser, il faut changer sa société et il faut surtout et absolument changer qualitativement la vie de ceux qu’on dirige.
Penché sur la métamorphose du Président YAYI, elle renvoie l’image d’un « magicien » qui se surprend de ne pas savoir faire des miracles. Le sentiment des Béninois aujourd’hui est celui de déception. La déception qui habite celui qui a payé sa place de spectacle mais qui est face à un magicien qui ne sait pas faire de miracles. On comprend dès lors l’embarras du « magicien » qui promettait monts et merveilles mais qui est incapable d’assurer le spectacle pour lequel il a déjà fait payer des places. Mais le plus dur pour les Béninois, c’est quand celui qui a été élu pour leur proposer des solutions et surtout pour « changer » qualitativement leur vie, les confie à Dieu. Le plus dur, c’est quand le Chef de l’Etat place l’année 2008 sous « le signe de la prière et du jeûne » comme solution aux problèmes du pays.
Un politologue dira que Boni YAYI est atteint du syndrome narcissique qui éloigne et enferme un homme d’Etat dans sa propre contemplation. Un nombrilisme qui amène un Chef d’Etat à tout ramener à lui. Ainsi, les miracles opérés dans les Eglises, dans les couvents seraient le produit de son action, même les prouesses individuelles des citoyens seraient le fait du Chef de l’Etat à l’en croire. Or la vérité est claire
Le bilan YAYI en 2007, comme j’ai pu l’écrire par ailleurs, est un Bilan fait de martèlement d’intentions, d’incantations idéologiques, de profession de foi et de proclamation de vÅ“ux pieux du style « Bénin émergent », « prospérité partagée », « gouvernance concertée » etc. Dans la réalité, le Bénin dont parle le Président YAYI est seulement proclamé « émergent ». La prospérité qui est dite « partagée » n’est « partagée » que par les oligarques du pouvoir. La gouvernance qui est dite « concertée » est en fait une « gouvernance concentrée ». L’action du Chef de l’Etat tout au long de 2007 est vite résumée. Elle est faite principalement de coups médiatiques sans suite ni conséquence positives, de spectacles et de récréation.
Si les partisans du Chef de l’Etat font un petit effort d’objectivité, ils confesseront sans grande difficulté que le bilan 2007 de la Présidence YAYI est un bilan résumé en coup de vent. Et j’avoue que j’ai été particulièrement étonné de voir le Président de la République reprendre dans son bilan des intentions jamais réalisées, des projets mal conduits ou encore des incantations idéologiques dont il a pratiqué le contraire dans la réalité. Un compatriote de la diaspora a même osé le mot qui me tente mais dont je n’ai pas le courage. Il a parlé « d’agrégat de mensonges » (Cf. regardsurlebenin@gmail.comhttp://www.regard-benin.blogspot.com). Et oui je n’en ai pas le courage ! Si j’étais encore à Lyon, peut être. Mais je suis à Cotonou et les temps ont bien changé. Donc je renonce à reprendre mon compatriote dont je loue cependant le courage.
J’invite chacun de nous à reprendre les discours de fin d’année du Chef de l’Etat. Par souci de pédagogie, je prendrai des exemples précis.

CHOMAGE DES JEUNES, SERVICE MILITAIRE
Sur le chômage, personne ne peut objectivement soutenir que le Président de la République a pris une mesure courageuse qui fasse entrevoir des perspectives claires aux nombreux jeunes au chômage. Les formules sont les mêmes depuis les Présidents Soglo et Kérékou. Emplois précaires, précarisant, appauvrissant, clochardisant sans aucune sécurité juridique. Et les Gouvernements YAYI n’ont rien changé à ces formules fatalistes. Le changement attendu par des jeunes gonflés d’espoir en avril 2006 n’a pas eu lieu. Le Gouvernement s’essaie sans succès à un recyclage de vieilles formules usées par le temps et l’inefficacité.
Au lieu d’entreprendre, dans le monde du travail, les réformes souhaitées, au lieu de soutenir les entreprises qui offrent les seuls emplois décents et sécurisés, le Gouvernement offre aux jeunes un Forum qui n’est qu’une palabre de plus, après les nombreuses causeries organisées depuis 17 ans. Au lieu de réformes de fond, le Gouvernement réintroduit, dans un relent marxisant et rétrograde, le service militaire et lui trouve des vertus contre le chômage des jeunes. Ni au Bénin, ni ailleurs, le service militaire n’a jamais eu pour ambition d’aider les jeunes à sortir du chômage. Comment d’ailleurs soutenir vouloir sortir les jeunes du chômage avec 40.000 francs CFA par mois seulement sur 12 mois sans aucune certitude quant à l’avenir. Nos gouvernants l’affirment pourtant et le Président YAYI le reprend. Je le redis, je persiste et je signe, le service militaire n’a jamais eu une vertu économique. Il n’a jamais eu pour but de mettre les jeunes au travail. Il n’a servi à cela nulle part au monde. Il en sera ainsi au Bénin. La réintroduction d’une telle formule avec une facture chiffrée à plusieurs milliards par édition symbolise à mes yeux l’incapacité du Gouvernement à proposer aux jeunes des emplois décents et durables.

LES DOSSIERS SOCIAUX ECONOMIQUES MAJEURS
La hausse des prix et la vie chère. L’incapacité du Gouvernement a été également remarquée sur plusieurs dossiers pourtant majeurs. C’est le cas de la hausse des prix des produits de première nécessité. Cette hausse était pourtant prévisible. Tous les économistes et autres spécialistes de la consommation l’attestent. De ce point de vue, il n’est donc pas tolérable que le Gouvernement qui dispose de tous les leviers, y compris des cadres les plus compétents n’ait pas anticipé cette hausse. Pire, la réponse du Gouvernement fut archaïque car purement bureaucratique. Comment vouloir fixer le prix du sucre, de l’huile voire de l’akassa depuis la salle du Conseil des Ministres ? Le Bénin n’est ni Cuba, ni la Libye, ni l’Ouzbékistan encore moins la Corée du Nord !
Et comme on pouvait s’y attendre les mesures du Gouvernement qui sont propres aux économies marxistes et planifiées, à forces d’être bafouées par les commerçants ont échoué et obligé les Ministres à courir de marché en marché, d’étagère en étagère pour contrôler les prix. La gestion de la hausse des prix ne saurait donc entrer dans un bilan de fin d’année. Si oui, ça ne peut être que dans le passif.
Gestion problématique du Coton. Plus personne n’entend rien. On entend rien du coton parce qu’il n’y a rien à dire. Comme on commence désormais à connaître nos princes, s’il y avait quelque chose à dire, je dirai à vendre, on l’aurait su ou acheté même contre notre gré. Mais là aussi, les fruits n’ont pas porté la promesse des fleurs. Pour la deuxième fois, et malgré les milliards engloutis, malgré les mérites vantés du nouveau dispositif importés des pays modèles comme le Burkina et le Mali, malgré aussi les moyens en ressources humaines déployés, le Coton est mouillé. La production est très loin des objectifs annoncés. Des 600 milles tonnes annoncées, on n’en produit que la moitié. Deux ans d’échec confirmé. Est-ce la fin de l’ge d’or de l’or blanc ou la conséquence d’une succession  de managements approximatifs du secteur ? Sur ce chantier comme sur bien d’autres, le Chef de l’Etat a déjà avalé sa promesse de campagne phare. Ici encore, pas moyen de le mettre dans un bilan. Sauf dans le passif.
Les échecs avoués. Point n’est besoin de revenir sur certains dossiers sur lesquels le Président Boni YAYI a eu l’honnêteté intellectuelle et politique de confesser lui-même dans ses discours son échec. C’est louable. Même si l’issue pour prendre des distances vis-à-vis de la vérité était étroite. C’est le cas par exemple de la crise énergétique qui continue de plonger les ménages dans le noir, et les PME-PMI dans la morosité économique. Le Président YAYI a évoqué lui-même les inondations dont les conséquences sociales et sanitaires sont depuis des décennies mal gérées. Il a évoqué aussi la crise des GSM dont il semble avoir tiré les enseignements élémentaires de management des politiques publiques.
Les échecs inavoués. Hélas, les discours présidentiels de fin d’année ne font pas mention des ratées de la rentrée scolaire, des échecs massifs et mal gérés aux différents examens scolaires ou encore de l’impréparation et de la précipitation de projets jugées pourtant essentiels pour le système éducatif. Ils ne font pas non plus mention de la mauvaise gestion des cadres béninois et des ressources humaines de l’Etat. Cette mauvaise gestion se traduit par le refus de nommer des compétences à des postes dont ils ont pourtant le profil. Les raisons de la discrimination sont parfois politiques, ethno régionalistes, et de plus en plus religieuses. C’est ce qui justifie que les mêmes personnes parfois incompétentes, souvent peu qualifiées pour le poste, soient utilisées par le Chef de l’Etat en moins d’un an pour occuper soit successivement, soit cumulativement trois à quatre fonctions à la fois. J’oserai dire que c’est un vrai gchis. Je dirai même que c’est inacceptable lorsqu’on sait que Boni YAYI a été élu parce que apolitique et donc supposé capable de rassembler au-delà des clivages et de réunir les meilleurs talents, d’où qu’ils viennent, pour développer notre pays.
Comptes occultes et fastes présidentiels. Le Chef de l’Etat aurait également pu lui-même regretter le développement au Bénin depuis son élection de la pratique des comptes occultes, des dépenses inopportunes, somptueuses et fastueuses. Dans un pays qui revendique une gouvernance propre, l’assainissement des finances publiques, je ne suis pas sûr qu’il soit admis que des milliards provenant des escortes de véhicules d’occasion continuent d’échapper au contrôle des finances publiques et de l’Assemblée Nationale. Dans ces conditions, les Béninois ont alors raison de parler de prolifération de comptes occultes et de multiplication de fonds secrets, voire de financements opaques de certaines activités du Chef de l’Etat. Ces qualificatifs s’imposent d’autant que l’Assemblée Nationale qui autorise les recettes et les dépenses de l’Etat, ne connaît ni la localisation de tant de milliards, ni l’usage qui en est fait, ni la nature, encore moins la qualité de ces dépenses. Il faut souhaiter que 2008 fasse tourner la page des dépenses occultes et du financement opaque des activités de l’Etat. La budgétisation des recettes de l’Etat doit rester le principe et les fonds secrets, l’exception.
dre l’engagement de faire baisser les charges qu’occasionnent au budget de l’Etat, ses nouvelles aises. Par exemple son goût de sillonner le pays en hélicoptère ou de faire voyager les rois d’Abomey de Tchaourou à Abomey en avion spécialement affrétés à cette fin. Sa volonté de chercher à tout prix à caser ses « géniteurs » et donc de créer pour ses amis de campagne, ceux qui l’ont fait roi, des institutions creuses et budgétivores comme le Haut Commissariat à la Gouvernance Concertée. J’aurais aussi aimé que le Chef de l’Etat s’engage à ne pas multiplier des Conseillers et des Chargés de mission pour le simple plaisir de remercier. Bientôt comme au Gabon, ou au Cameroun, il ne sera plus possible d’avoir une idée précise des collaborateurs du Chef de l’Etat, tant ils deviennent pléthoriques et inutilement budgétivores.
A l’orée de la nouvelle année, il aurait été aussi souhaitable que le Président YAYI envoie à ses concitoyens qui le croient encore des signaux positifs. Qu’il joigne simplement l’acte à la parole pour continuer à retenir notre attention. Alors qu’il dit vouloir remettre le Bénin au travail, alors qu’il dit travailler pour un Bénin émergent, pourquoi avoir vidé l’administration publique pour remplir un stade à des fins festives ? Comment comprendre que le Chef de l’Etat ait décidé de chômer un Jeudi, jour d’ouverture de l’administration, pour permettre aux travailleurs d’aller assister à un spectacle qui, par ces temps de morosité continue, n’emballe pas grand monde. Mais l’acte n’est pas isolé. Tout au long de l’année, aux jours ouvrés et aux heures de travail, la Présidence de la République a régulièrement invité les populations, par voie de presse à « se rendre massivement » aux poses de premières pierres ou aux manifestations de moindre importance. Quelle drôle de culture d’excellence !

CONSOLIDATION DE LA DEMOCRATIE
Le Chef de l’Etat a revendiqué le renforcement du cadre institutionnel contrairement au bilan qui fut le sien dans ce domaine. Sur le plan politique et institutionnel, le bilan du Chef de l’Etat est fait de violation de la Constitution, de musellement des médias, d’étouffement du pluralisme politique et surtout de tentative de substituer l’Exécutif à tous les autres pouvoirs. La Cour Constitutionnelle vient de rendre une décision qui donne raison aux Magistrats contre le Gouvernement. Comment suspendre unilatéralement l’exécution des décisions rendues par la justice sans mettre en souffrance le sacro saint principe de la séparation des pouvoirs ? Cet acte du Chef de l’Etat était un précédent grave et même une menace pour notre pays si désormais le Président de la République peut sélectionner les décisions de justice dont le Gouvernement doit assurer l’exécution.
Je ne veux pas revenir sur les nombreuses décisions anticonstitutionnelles du Gouvernement, sur ses initiatives juridiquement problématiques, sur ses errements constitutionnels ou encore sur les passages en force juridiques et politiques faits par l’équipe au pouvoir. Bref, la vertu politique attendue du Président YAYI, l’orthodoxie morale et politique dont il doit naturellement être porteur ont, durant ces 12 derniers mois, fait place à une série d’actes moralement indigestes et menaçant notre édifice démocratique.
En fait d’actes moralement indigestes, j’ai le cas de personnes livrées par le Gouvernement à la vindicte populaire. Les unes présentées comme des délinquants économiques, les autres comme des criminels, d’autres encore comme de mauvais gestionnaires. Mais, dans le même temps, le même Gouvernement sollicite leur soutien politique et bénéficie de leurs voix lors des votes à l’Assemblée Nationale. Je ne veux pas parler des Députés « officiellement » recherchés par le Gouvernement mais qui paradent le week-end à Ouidah, à Tori-Bossito, à Toffo ou à So-Ava en meetings et marches de soutien au Chef de l’Etat. Le ridicule est parfois que ces Députés « recherchés » et livrés à l’opinion pour délinquance économique et financière, sont accompagnés de la Première Dame, pour aller rechercher du soutien politique au Chef de l’Etat dans les villes et campagnes. Si ce n’est de la duperie, c’est au moins de l’insincérité politique ou tout au moins un vrai bal masqué politique. Mais je sais que personne n’est dupe. Ni eux, ni les Béninois. Tout cela, ajouté aux options politiques, absolutistes, liberticides et monolithiques, participe des menaces perceptibles sur notre démocratie.
Après les Magistrats menacés dans leur indépendance mais rétablis par la Cour, ce sont les Douaniers qui sont exposés à ce qu’eux-mêmes appellent « la délinquance administrative ». Pourquoi nommer à la tête de la douane béninoise  un retraité, devenu depuis lors un politicien ? Magistrats, Enseignants et Douaniers font les frais d’une gouvernance imprudente. 2007 fut sur ce plan, 12 mois de provocation gratuite du pays, 12 mois de mise à l’épreuve des fondations sensibles de notre modèle démocratique.
Un Editorialiste très célèbre de notre pays a déjà parlé à bon droit de ce « révisionnisme autocratique ». Il pointe, pointe encore et pointe toujours. Il pointe lentement mais sûrement et avec insistance. Si cette autocratie naïve qui feint de s’ignorer, parce que prenant les apparats d’un messianisme politico-religieux, continue de monter en puissance sans résistance et sans contre poids, non pas institutionnel, non pas aussi forcément politique, mais patriotique et citoyen, elle risquerait comme tous les mouvements messianiques de nous conduire vers une destination déjà connue et redoutée.

LE DEBAT REGIONALISTE : VRAI OU FAUX DEBAT ?
Il faut reconnaître que le vocabulaire présidentiel de ces derniers mois s’est enrichi de nouvelles expressions. « unité nationale », « cohésion nationale », « prospérité partagée », « gouvernance concertée », « Nation », « République » « Patrie » etc. reviennent très régulièrement dans le verbe du Chef de l’Etat. J’avoue que je me suis posé naïvement la question de la cause d’un regain d’attachement à ces valeurs.
Mais je ne peux m’abstenir de m’essayer à quelques observations et analyses. La principale observation est en même temps une conviction établie par la méthode YAYI. Le renouvellement du vocabulaire présidentiel, est une opération de charme et de séduction. Car dans le domaine du rassemblement des Béninois et de l’unité nationale, la parole du Président est en conflit avec ses propres actes. La parole présidentielle est aussi soumise à la rude concurrence déloyale des actes et propos de ses collaborateurs les plus intimes.
Avec Boni YAYI, on est tenté de dire que la région et l’ethnie semblent prévaloir sur les compétences et les fonctions.
Tenez. Comment comprendre que sur une question liée à l’agriculture, notamment au coton, que d’autres Ministres se substituent à celui en charge de l’agriculture ? Comment comprendre que le Chef de l’Etat envoie aux cotonculteurs du Nord de notre pays, les Ministres originaires du Nord, pour le simple fait qu’ils soient du Nord. Parce qu’ils sont du Nord, sont-ils pour autant plus compétents, plus autorisés que Roger Dovonou, Ministre en titre de l’agriculture ?
La gestion ethniciste et régionaliste du dossier coton par des Ministres du Nord est peut être une erreur. Je l’admets. Mais les faits sont têtus et tendent à confirmer qu’il s’agit d’une méthode de gestion du pays.
Tenez encore. La fraude gangrène l’Université de Parakou et a infecté toute la Faculté de Droit. Le vice-Doyen est démis de ses fonctions, des enseignants sont limogés et exclus de l’Université. Bref, l’Université est en crise. Pour gérer cette crise ouverte à l’Université de Parakou, établissement sous tutelle du Ministère de l’Enseignement Supérieur, à la suite de Mme Vicencia BOCO, Ministre de l’Enseignement Supérieur, le Gouvernement envoie deux autres Ministres qui ne sont ni concernés, ni compétents en la matière. Mme Sakinatou ALFA OROU-SIDI, Ministre de la Micro Finance, et M. Emmanuel TIANDO Ministre de la Fonction publique. Mais, parce qu’originaires des Départements du Nord où est implantée l’Université, sont-ils pour autant automatiquement aussi compétents sur le sujet que Mme Vicencia BOCO ?
A vrai dire, je pense qu’il s’agit de dérives graves que de faire prévaloir l’appartenance régionale et ethnique sur les attributions que confère une fonction républicaine.
Je ne veux pas revenir sur la supposée lutte contre la corruption qui en vérité est faite à géométrie variable. En dehors d’être une pure opération de communication, parfois un coup de vent, la supposée lutte contre la corruption est fondamentalement sélective et est menée à la tête du client. Je ne veux pas davantage continuer à remuer le couteau dans la plaie. Autrement, j’aurais aimé aussi savoir pourquoi Mathieu Boni a été le seul Général de Division de tous les Généraux nommés par le Président YAYI et pourquoi a-t-on attendu des remous dans l’opinion pour élever précipitamment des mois plus tard le Général Félix HESSOU au même grade de Général de Division que Mathieu BONI ? Mais je renonce à avoir la réponse à cette question.
La parole présidentielle est en conflit avec la conduite des Ministres. Pourquoi certains Ministres et pas des moindres se sentent-ils obligés de retourner dans leur village le week-end pour aller flatter la fierté communautaire des leurs en faveur du Chef de l’Etat ? En remerciement au Chef de l’Etat, plusieurs de ses Ministres ont déjà à maintes reprises, en meeting, brandi, la liste des fils de la commune nommés à divers niveaux de responsabilité par le Président de la République. Pourquoi le font-ils quand on sait que pendant ce temps, plusieurs villages, plusieurs communes et même plusieurs communautés de ce même pays ne sont pas capables d’aligner un seul nom des leurs nommés par Boni YAYI ? N’appartiennent-ils pas à la même Nation que les autres ? Doivent-ils regretter d’être Béninois ? Au total, un tel acte est politiquement dangereux.
Parce que le vocabulaire présidentiel si séduisant et si rassembleur, est en conflit avec les actes du même Chef de l’Etat, je pense que le Président YAYI a tort de penser que la parole vaut l’acte. Je pense qu’il a tort de penser qu’il suffit de parler d’unité nationale pour qu’on le crédite d’y travailler.

DISTRIBUTION FACILE D’ARGENT OU « TRAVAILLEMENT » PRESIDENTIEL ?
Je n’occulterai pas mon étonnement et mon ébahissement devant une pratique nouvelle instaurée par la présidence YAYI qui prétend pourtant vouloir tout changer et assainir les mÅ“urs politiques. En langage festif du « coupé décalé », on parlerait de « travaillement » comme un célèbre musicien ivoirien qui arrose ses admirateurs d’espèces sonnantes et trébuchantes.
Au Bénin, il s’agit de la distribution sans contrôle et sans retenue de billets de banque par le Chef de l’Etat lui-même. Vingt millions par ci, Vingt-cinq millions par là. Sur quel budget ? Personne n’est capable de le dire. Vu la dimension que prend la distribution de billets de banque dans la gouvernance YAYI, il n’est pas interdit de penser qu’elle cache mal l’impossibilité du Chef de l’Etat à changer structurellement le cours des choses comme il l’a pourtant promis. A défaut, il a choisi de proposer à ceux qui sont arrosés d’argent facile, un mirage et la sensation d’un bien-être immédiat mais illusoire.
A défaut de politiques durables et fiables le Gouvernement préfère calmer les populations à coût d’argent frais. Les Zémidjans invités au Palais sont repartis avec des millions frais. Les jeunes, après leur Forum dont ils n’attendent aucun résultat, sont allés prendre des millions frais à la Présidence de la République. Les artistes, par deux fois, ont été arrosés de près d’une cinquantaine de millions pour service rendu au Chef de l’Etat et non aux spectateurs qui ont vite compris que ce spectacle n’avait rien de divertissant.
Après les artistes, ce fut les personnes handicapées qui sont repartis de la présidence avec des millions aussi. Ceux qui ont besoin d’une vraie volonté politique et d’une vraie politique, soutenue par une réelle réglementation de protection sociale et d’insertion socioprofessionnelle, n’ont eu pour toute réponse que la même proclamation de foi et une illusoire enveloppe de quelques dizaines de millions à se partager.  C’est sans compter les plusieurs autres groupes qui ont été arrosés de millions par la Présidence. 2008 s’ouvre et fait entrevoir des échéances électorales proches et lointaines. A qui donc le tour et quelle sera la consistance des nouvelles enveloppes ? Bien malin qui le prédira.
2007 est heureusement derrière nous. Puisse 2008 ouvrir pour chacun et pour notre pays, l’ère d’une gouvernance moins éprouvante et surtout de qualité.

C’est ma conviction profonde

Frédéric Joël AIVO

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