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Le triomphe de la vérité

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Une gratuité ruineuse


Tout ce qui est gratuit est mauvais. Plus encore lorsqu’il s’agit d’un domaine ultra-sensible comme l’école avec lequel l’on ne devrait jamais s’amuser. C’est pourtant l’impression que donne la gratuité de l’école maternelle et primaire, mesure décidée il y a un an. Si elle décuple les chiffres de la scolarisation notamment dans les zones rurales, cette mesure accroît de façon exponentielle les énormes problèmes de l’école béninoise. Il ne faut pas se voiler la face, ces problèmes sont plus graves qu’on ne le dit généralement. Ce sont salles de classe aux effectifs démentiels, matériels didactiques inexistants ou hors d’usage, personnels enseignants démotivés qui s’en foutent. Je les vois, ces valeureux enseignants, généralement bien habillés, pimpants mêmes, au milieu de salles sans toits aux sols cabossés avec des enfants hagards, l’air de se demander ce qu’ils peuvent bien réussir à faire dans des conditions aussi médiocres. Tant et si bien que peu d’entre eux, malgré l’entrain visible qu’ils mettent à l’Å“uvre dès le début, se trouvent vite découragés. Que peuvent-ils en effet réussir à faire dans un contexte où la pénurie est la règle ? Que peuvent-ils réussir à faire lorsque, contrairement aux exigences des programmes par compétence actuellement en cours, la majorité des élèves ne disposent pas des cahiers d’activité ni des manuels indispensables à toute activité pédagogique ? Pas grand chose malheureusement. Tout le monde en est si convaincu que rares sont les Béninois des zones urbaines, y compris les enseignants eux-mêmes, qui osent envoyer leurs enfants dans ces abattoirs. S’ils en ont les moyens, ils préfèrent les envoyer dans les privés où l’encadrement est réputé plus sérieux, même s’il s’avère plus onéreux. Et les résultats leur donnent raison chaque année.

Mais il faut s’inquiéter de cette gratuité empoisonnée pour une raison purement sociologique. C’est que cette mesure tend à faire croire que l’école elle-même doit être gratuite, d’autant plus que certains réclament déjà que l’Etat mette gratuitement les ouvrages, les cahiers et autres matériels didactiques à la disposition des enfants. Tout le monde a entendu le plaidoyer compassé qu’en a fait Angélique Kidjo la semaine dernière, comme si, en mettant leurs enfants au monde, les parents ne devraient pas s’occuper de leur éducation ni des frais qu’elle induit. Ils sont réputés pauvres, et donc irresponsables contrairement à l’Etat et aux partenaires extérieurs dont les caisses seraient pleines à craquer. Si ce n’est de l’irresponsabilité, c’est une façon grotesque de se défausser sur les institutions internationales qui ne sont pas des robinets intarissables. Ce faisant, on encourage en tout cas l’irresponsabilité sociale, la natalité anarchique et ses corollaires.

Le vrai problème , c’est que cette gratuité camoufle et surtout empêche les vraies solutions que sont la construction d’infrastructures suffisantes, la formation des enseignants et leur motivation. Last but not the least, il faut nécessairement doter les écoles et les élèves d’un nombre suffisant de matériels pédagogiques, notamment les livres et cahiers d’activité, seuls gages d’une éducation de qualité. Aujourd’hui, tout ceci n’est vraiment possible qu’aux prix d’énormes sacrifices budgétaires dont on se demande s’ils pourront être renouvelés chaque année. En misant sur la gratuité on tombe dans les travers du tout-social qui corrompt les parents et grève les finances publiques.

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